L’Avant-Scène Cinéma, un magazine unique !

L’Avant-Scène Cinéma a vu le jour en 1961, autant dire il y a un millénaire. Si l’équipe qui fait vivre aujourd’hui la revue n’était pas présente lors de sa naissance, elle n’en est pas moins fière de perpétuer une tradition. Car l’Avant-Scène Cinéma n’est pas une revue comme les autres. C’est la seule au monde à publier de façon aussi régulière et systématique le scénario de films, parfois des grands classiques de l’Histoire du cinéma, parfois des films plus confidentiels mais qui nous sont chers.


Evénement 41ème Festival de Plein Air de Grenoble en partenariat avec l'Avant-Scène Cinéma

Publié le 18 septembre, 2018 | par @avscci

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Palmarès 41ème édition du Festival du Film court en Plein air de Grenoble

Retour sur le palmarès du 41e festival du Film Court en Plein Air organisé par la Cinémathèque de Grenoble du 3 au 7 juillet 2018.

Grand Prix du festival, Mama Bobo de Robin Andelfinger et Ibrahima Seydi nous emmène au Sénégal. Une vieille femme vient s’asseoir quotidiennement au même arrêt de bus et discute avec ses voisins. Lorsque l’abribus est déplacé, la doyenne perd ses repères. Les habitants du quartier s’organisent alors pour lui donner un nouvel abri afin qu’elle puisse conserver ses habitudes et ses souvenirs. Cette fable sur la vieillesse et la solidarité se situe à mi-chemin entre le conte (les couleurs vives des décors et des costumes) et le documentaire (des acteurs non-professionnels filmés sur leur lieu de vie).

Mama Bobo de Robin Andelfinger et Ibrahima Seydi au Festival de films courts en plein air de Grenoble

La ville et ses évolutions sont également au centre de Cartes sur table de Simon Pochet (Prix d’Aide à la Création), dans lequel plusieurs habitants du 18e arrondissement de Paris racontent leur quartier en dessinant des cartes (de leurs lieux préférés, de leurs trajets réguliers…) qu’ils commentent. La méthode se rapproche de l’anthropologie mais a aussi une dimension cinématographique, visuelle (les couleurs et les formes dessinées) et sonore (les protagonistes, le plus souvent hors-champ, existent d’abord au travers de leur voix).

Africa de Naïm Ait Sidhoum au Festival de films courts en plein air de GrenobleAfrica de Naïm Aït-Sidhoum (Prix Spécial du Jury) ne se déroule pas en Afrique mais dans le quartier de la Villeneuve à Grenoble, où le réalisateur travaille depuis des années au contact de la population.  Avec son titre en trompe-l’œil, Africa parle de la vision biaisée que l’on peut avoir depuis la France du continent africain et de ceux qui y vivent ou en sont originaires : un metteur en scène de théâtre est engagé par une MJC pour mener un atelier avec des jeunes du quartier. Il leur propose de monter un spectacle sur l’Afrique, dans un décor de jungle, mais les adolescents vont contester le dirigisme de l’intervenant et contrecarrer chacune de ses propositions. Le film, qui se déroule presque intégralement dans la salle de spectacle développe un questionnement politique : un acteur est-il une marionnette ou un citoyen libre de ses choix ? L’affrontement entre le metteur en scène –  sincère, rempli de bonne volonté autant que de bonne conscience – et des jeunes qui en ont assez de cette bonne conscience, est une variation autour de la dialectique du maître et de l’esclave (qui domine qui et qui a besoin de l’autre?). Si le monde est une scène, comme disait Fred Astaire, comment composer avec ceux qui ne veulent plus jouer le jeu ?

Africa a partagé son Prix Spécial du Jury avec un film d’animation en volume effectivement très spécial, Raymonde ou l’Evasion verticale de Sarah Van Den Boom : Raymonde est une vieille dame indigne, une vieille chouette – littéralement –, à laquelle la voix de Yolande Moreau apporte toute son humanité. Raymonde, seule dans sa petite maison au milieu de la campagne, fait des rêves érotiques et ses fantasment se matérialisent sous la forme d’une petite sainte et d’une pécheresse (à la manière de l’ange et du démon dans certains cartoons de Tom et Jerry). Cette référence à la religion n’a rien de gratuite au regard de la mystérieuse « ascension verticale » qui donne son titre au film et qui pourrait bien être, en plus de l’envol de l’oiseau, la montée au ciel d’une sainte pas comme les autres.

Voyagers au Festival de films courts en plein air de GrenobleUn film d’animation plus conventionnel mais néanmoins très amusant a, quant à lui, reçu le Prix du Public pour la sélection Jeune public : Voyagers (coréalisé par Gauthier Ammeux, Alexandre Dumez, Valentine Baillon, Benjamin Chaudeny, Léa Finucci, Marina Roger). Le point de départ en est cocasse : un tigre débarque dans une station spatiale et fait l’expérience de l’apesanteur lors d’une course-poursuite burlesque dont le timing comique renvoie aux meilleurs cartoons d’antan. Dommage par contre que ce film d’école pèche par un graphisme et une animation plus conventionnels.

Le Jury Jeune, composé de lycéens, n’a pas choisi la facilité en récompensant deux expériences immersives, dans lesquelles le spectateur plonge sans filet. Une expérience mentale avec le film taïwanais Trunk de Yuan Li (Mention du Jury Jeune) qui nous entraine, à la manière d’Eternal Sunshine of the Spotless Mind ou d’Inception, dans un monde mouvant de souvenirs en recomposition. Une expérience physique avec Petites Mains de Rémi Allier (Prix du Jury Jeune), qui colle au plus près d’un enfant emmené dans les profondeurs de la forêt par son ravisseur. On est à la fois dans le conte de fées et le drame social, car l’« ogre » est en réalité un ouvrier qui proteste contre la fermeture de son usine en enlevant le fils de son patron. Le titre du film a donc un double sens, les mimines de l’enfant et les petites mains travailleuses de l’usine.

Avaler des couleuvres de Jan Sitta au Festival de films courts en plein air de GrenobleOn ne quitte pas le monde du travail avec Avaler des couleuvres de Jan Sitta, qui a remporté deux prix (le Prix Unifrance qui lui garantit une diffusion à l’étranger et la Coupe Juliet Berto, remise par les sélectionneurs du festival). Le précédent film de Jan Sitta, Ceux qui restent debout, abordait déjà des problématiques sociales (l’exclusion, les SDF) sous l’angle du film d’épouvante. Le rapport au cinéma de genre est moins frontal ici mais reste présent de façon diffuse, par exemple au travers de plans de villages déformés, grimaces tragiques qui rappellent L’Opération diabolique (Seconds) de John Frankenheimer. Il est d’ailleurs aussi question de changement d’identité dans Avaler des couleuvres, d’un pacte avec le diable pour s’assurer une vie meilleure. Souad, jeune esthéticienne issue d’un quartier populaire, décroche son premier emploi dans un salon huppé, à une seule condition : changer son prénom maghrébin pour un autre qui sonne plus « français ». Ce racisme ordinaire est le signe d’une uniformisation générale des employés. Le monde du travail est un jeu de rôle où chacun emprunte des identités stéréotypées (nom, uniforme, manières, éléments de langage), un monde artificiel que chacun accepte sans en être vraiment dupe. Pourquoi ? Pour l’argent, nécessaire, mais aussi pour la reconnaissance sociale, pour se sentir exister au-delà de son milieu d’origine. En situant son film dans l’univers exclusivement féminin de l’esthétique, Jan Sitta crée une atmosphère feutrée, où une certaine angoisse sourd derrière les bonnes manières et les lumières tamisées. L’institut de beauté est le monde des apparences et des altérations de l’identité (Souad change de nom et ses clientes viennent modifier leur physique).

Ato san nen de Pedro Collantes au Festival de films courts en plein air de GrenobleDeux prix également pour Ato Sen Nen de Pedro Collantes (Prix du meilleur scénario et Prix du Public), récit d’un choc des cultures aussi extrême que drolatique : la rencontre dans un village espagnol d’une femme solitaire et d’un touriste japonais, aux compétences linguistiques limitées mais à la bonne volonté touchante (Serori, un des précédents films du réalisateur avait d’ailleurs été tourné au Japon). Le film se teinte de gravité lorsque l’on comprend que ces deux individus si différents sont unis dans la même solitude.

De solitude et d’absence, il en est également question dans Zaïna 46, où un vieux travailleur immigré utilise Skype pour renouer avec  son épouse, restée dans leur pays d’origine. Le film raconte la découverte cocasse des prodiges d’Internet par deux personnes peu au fait des technologies en raison de leur âge et de leur culture. Mais Zaïna 46 nous parle surtout de la douleur de l’exil et du manque de présence physique, de cette distance au sein du couple que jamais un écran d’ordinateur ne pourra combler. Ce premier film de Laure Desmazières a reçu le Prix du Syndicat de la Critique (dont les membres, tous critiques de cinéma professionnels, ont délibéré en public lors d’un bel exercice oratoire). Le Prix est doté entre autre d’un abonnement à L’Avant-Scène Cinéma, partenaire du Festival.

Sylvain Angiboust

Tous nos remerciements à l’équipe du festival

Le Palmarès complet est à retrouver à cette adresse :

https://www.cinemathequedegrenoble.fr/actualites/a-la-une/le-palmares-du-41eme-festival-du-film-court-en-plein-air-de-grenoble-7412/

Le lundi 24 septembre 2018 à 19h00, la Cinémathèque Française diffusera quatre films sélectionnés au Festival du Film Court en Plein Air de Grenoble (Les Petites mains, Avaler des couleuvres, Les Vies de Lenny Wilson de Aurélien Vernhes-Lermusiaux, Mama Bobo).

http://www.cinematheque.fr/seance/30205.html

 

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