L’Avant-Scène Cinéma, un magazine unique !

L’Avant-Scène Cinéma a vu le jour en 1961, autant dire il y a un millénaire. Si l’équipe qui fait vivre aujourd’hui la revue n’était pas présente lors de sa naissance, elle n’en est pas moins fière de perpétuer une tradition. Car l’Avant-Scène Cinéma n’est pas une revue comme les autres. C’est la seule au monde à publier de façon aussi régulière et systématique le scénario de films, parfois des grands classiques de l’Histoire du cinéma, parfois des films plus confidentiels mais qui nous sont chers.


Evénement Deyrouth de Chloé Mazlo au Festival Regards sur Courts 2018

Publié le 15 octobre, 2018 | par @avscci

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Retour sur Regards sur Courts, festival de tous les courts-métrages à Epinal

Regards sur courts, nouvelle appellation du Festival International de l’Image qui célébrait sa 57e édition à Epinal, a pour la deuxième année consécutive célébré deux formats a priori différents. Au coeur de cette manifestation depuis ses débuts, le court-métrage photo (anciennement nommé diaporama) se marie désormais avec le court-métrage cinéma, jusqu’à partager une séance destinée à en souligner les convergences. Autour du thème «écrire l’intime» étaient subtilement imbriquées des œuvres d’essence documentaire, inspirées d’expériences très personnelles (dont plusieurs narrées directement par le «sujet» du film) sur la maladie, la guerre, la sexualité, le poids du passé, le deuil d’un proche ou de l’amour.

La réalisatrice Chloe Mazlo était l’invitée d’honneur de cette édition. Ses cinq courts-métrages, tournés en stop motion avec prises de vues réelles, s’inscrivaient dans cette thématique filée de l’intime et de l’universel. Dans Deyrouth, elle évoque l’exil de ses parents, contraints de quitter le Liban au moment de la guerre civile. Dans Diamenteurs, les anecdotes sur le métier de joaillier du père virent à la digression introspective. Dans Les Petits cailloux (César du court métrage d’animation en 2015), elle met à nu, avec malice et tendresse, ses bagages émotionnels. La douleur amoureuse, vécue par tous (hélas), est le point de départ de Conte de fées à l’usage des moyennes personnes, libre adaptation d’un texte de Boris Vian, où la quête de sucre symbolise la quête de l’autre et de soi-même. L’intime est sa source d’inspiration majeure et elle se met souvent en scène dans ses histoires sans dialogues, faisant comprendre ses tourments intérieurs par de multiples trouvailles visuelles et sonores. On ressent ses influences revendiquées que sont, entre autres, Roland Topor, Jan Svankmajer, Norman Mc Laren, Abel & Gordon ou Roy Anderson. Elle mêle, comme eux, le grave à la dérision, la poésie à une noirceur discrète mais bien réelle. Elle signe en creux de belles déclarations d’amour à ses proches, transcendées par un ton primesautier. Son premier court, L’Amour m’anime, basé sur des extraits de son journal intime, peut s’interpréter, a posteriori, comme un prologue du sillon créatif qu’elle trace depuis une petite dizaine d’années.

Pauline asservie de Charline Bourgeois Tacquet

De belles démarches artistiques étaient proposée dans la compétition cinéma, souvent doublées de prises de positions fortes, d’ordre politique, écologique ou social. Les films sélectionnés interrogent la place de l’homme et de la femme au sein de notre époque troublée et/ou dans le cercle privé, le tout avec une vision optimiste mais jamais naïve du monde dans lequel nous vivons. Face aux grands drames et aux petites crises, la lutte, frontale ou métaphorique, est constante. Celle d’un père de famille confronté à la perte de son entreprise dans le magnifique Los Desheredados de Laura Ferres ; d’une petite fille qui apprend à surmonter une violence inacceptable dans Vilaine fille de Ayce Kartal ; d’une jeune femme qui attend (trop) impatiemment un coup de fil de son amant dans Pauline asservie, avec une Anaïs Demoustier hilarante avec son débit de mitraillette ; d’un homme amoureux confronté au poids du défunt mari de sa compagne dans Tedarim d’Uri Margalit ou d’une famille meurtrie par la disparition du père sous la dictature au Brésil dans Torre de Nadia Mangolini. Chacun sa douleur, chacun son combat, mais le même refus de baisser les bras.

Le tigre de Tasmanie de Vergine Keaton

Avec Ligne noire, Mark Olexa et Francesca Scalisi dénoncent une nature meurtrie par le genre humain et redonnent ses lettres de noblesse au travelling en captant la lente avancée d’une femme tentant de pêcher au filet dans des eaux noircies par le pétrole. Dans Le Tigre de Tasmanie, Vergine Keaton a animé en rotoscopie une captation d’un des derniers représentants d’une espèce disparue au milieu des années 30. L’animal tourne en rond dans sa cage, comme s’il essayait de survivre à l’inéluctabilité de son sort. La futilité de son geste est captée en parallèle de la fonte d’un glacier millénaire, dans une danse hypnotique mise en musique par le groupe Les Marquises. Tigre et glacier semblent fusionner, comme pour renaître dans un cosmos régénérateur. Une fusion utopique pour ne pas se laisser annihiler par l’Homme, si prompt à détruire ce qui existait avant son apparition.

A la recherche de Christina de Richard Brown

La Coupe de l’Europe, remise au meilleur court-métrage photo, est revenue à À la recherche de Christine de Richard Brown. L’auteur de ce montage se livre à une enquête prenante et pédagogique pour déterminer l’origine du cliché utilisé pour l’affiche d’une exposition à Londres en 2015, Drawn by light (attiré.e par la lumière). Ce visage fier d’une adolescente de 17 ans a suscité beaucoup d’interrogations. Malgré de faux airs de Jane Asher dans le Deep End de Jerzy Skolimowski, tourné en 1970, la jeune femme sur cette image fut en réalité immortalisée en 1913. La technique employée, l’autochrome, et le temps long d’exposition lui donnent une aura magique, permettant à ce petit chaperon rouge au caractère qu’on devine farouche de transcender son époque et d’encourager les imaginaires encore aujourd’hui.

Retour de Pang Chuang Huang

Dans l’autre compétition, celle des courts-métrages cinéma, le Ruban de l’Image a été attribué à Retour de Pang-Chuan Huang qui relate en photos noir et blanc son voyage en train pour revivre celui de son grand-père lorsqu’il quitta Taïwan pour trouver du travail dans d’autres contrées. Une seule image mouvante vient conclure cette odyssée à travers l’Europe. Ce moyen-métrage déjà remarqué à Clermont-Ferrand (Grand Prix Labo) et Brive symbolise parfaitement la porosité entre ces deux formats.

Mnémosine de Gieffesse Gruppo Fotoamatori Sestesi-

Certains auteurs de courts photo font preuve d’un talent impressionnant, digne des grands noms du 7e Art. Les montages proposés par Diana Belsagrio (Cette Maison, où une femme portant des masques d’animaux attend le retour de son bien-aimé parti à la guerre) ou Gieffesse Gruppo Fotoamatori Sestesi (Mnemosine, un voyage à travers le temps d’une petite fille dans une maison riche en histoires) dénotent un goût pour le mystère et pour des envies esthétiques puissantes. Corentin Le Gall évoque, dans une forme plus classique, le calvaire de milliers de pêcheurs sacrifiés sur l’autel du «toujours plus» par des armateurs sans scrupules dans Faskrudsfjordur, du nom d’une île islandaise près de laquelle des centaines de navires bretons s’échouèrent entre 1850 et 1935. Sa colère d’abord contenue, comme s’il décrivait un fait historique avec détachement, explose pour dénoncer la souffrance universelle des travailleurs d’hier et d’aujourd’hui, d’ici ou d’ailleurs.

Des hommes à la mer de Lorris Coulon

Le jury jeunes a remis son prix cinéma à un film aux idéaux proches. Des hommes a la mer de Lorris Coulon est le récit d’un autre désastre maritime, vécu de nos jours par des marins en situation illégale, confrontés à un enchaînement de drames qui vont les faire dériver du reportage dont ils semblaient être les protagonistes au prologue d’un long-métrage de pirates. Privés de leur humanité, ils s’en emparent à nouveau et retrouvent leur liberté.

Cette édition a confirmé une des ambitions de l’équipe du festival : présenter un éventail du court-métrage au sens large, qu’il soit défini comme «cinéma» ou «photo». La variété des œuvres proposées a ainsi permis de construire des passerelles bien solides, prometteuses pour rapprocher ces formats, sans en nier totalement les différences. Épinal assure, avec cette évolution de l’orientation de son festival emblématique, sa réputation de ville de l’Image, de toutes les images, et on ne peut qu’espérer que l’expression «image d’Épinal» perde sa connotation négative pour inscrire dans la durée Regards sur courts «dans la cartographie contemporaine du court métrage sous toutes ses formes».

Le palmarès complet est à retrouver sur le site officiel :

https://www.regardssurcourts.fr/spip.php?article731

 

 

 

 

 

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