Critique Les Sorcières d'Akelarre de Pablo Aguero

Publié le 28 août, 2021 | par @avscci

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Les Sorcières d’Akelarre de Pablo Agüero

Le précédent film du Patagonien Pablo Agüero, en 2015, Eva ne dort pas, racontait les vicissitudes un peu sordides du corps embaumé d’Eva Peron depuis le milieu des années cinquante. La mise en scène était superbe, inventive, le message politique et culturel complexe, surprenant. Agüero traverse cette fois l’Atlantique et nous transporte dans le Pays Basque du XVIIè siècle pour un sujet qu’il a commencé à construire il y a plus de dix ans. S’affirmant cinéaste féministe depuis ses premiers courts métrages, le cinéaste y raconte les sorcières (ou plutôt les jeunes filles prises comme telles) du point de vue des victimes évidemment innocentes de la haine imbécile des Talibans de l’Inquisition espagnole. Cette haine se double de celle d’une autre étrangeté, celle de la culture. Puisque les jeunes filles parlent une langue que les bourreaux ne comprennent pas, le basque, la langue du Diable bien sûr. Volontairement un peu anachronique, les adolescentes sont filmées comme des filles d’aujourd’hui, délurées, mûres, modernes, face aux brutes encapuchonnées. C’est un parti pris très intelligent. Pourquoi une paysanne basque de 1615, menacée du bûcher et de l’enfer, ne serait-elle pas moderne et vive ? Si Agüero s’est en fait inspiré d’un juge français, Pierre de Lancre, qui sévit de ce côté-ci des Pyrénées, son récit est conforme au fait historique global de la chasse aux sorcières, obsession de conformité, perversion délirante de libidos malades. De Lancre écrivait, à propos des femmes qui dansent : « Ces sorcières pâles renverseront tout l’ordre de l’univers ». Un film intègre, énergique, écrit et tourné du côté des femmes, loin des clichés, du voyeurisme, de la complaisance.

René Marx

Akelarre. Film hispano-franco-argentin, de Pablo Agüero (2020), avec Alex Brendemühl, Amaia Aberasturi , Daniel Fanego, Garazi Urkola, Yune Nogeiras. 1h32.




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