Critique Eté 85 de François Ozon

Publié le 17 juillet, 2020 | par @avscci

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Eté 85 de François Ozon

Dans son opus précédent, Grâce à Dieu, François Ozon avait abordé un sujet parmi les plus délicats, celui des abus sexuels perpétrés par un prêtre sur ses ouailles adolescentes. Il avait pour l’occasion fait montre d’une délicatesse particulière, aux antipodes de certaines des provocations de ses premiers films. Il est vrai que le sujet ne lui appartenait pas et qu’il se sentait sans doute une responsabilité vis-à-vis de ceux incarnés à  l’écran. Rien de tel dans cet Eté 85, qui arpente des terres maintes fois visitées par le réalisateur, qui pour l’occasion revient  à ses premières amours et règle ses comptes avec la famille. En 1985, Ozon avait 18 ans, l’âge de son héros. La tentation est grande sinon de retrouver dans le film le journal de bord exact d’une adolescence compliquée, du moins le reflet d’états d’âme persistants. Le film n’est pas immédiatement identifiable à un genre particulier (et c’est tant mieux). Il se présente dans un premier temps comme la chronique d’une histoire d’amour passionnelle, d’une éducation sentimentale chaotique. Mais très vite Ozon nous lance sur une piste que l’on pense criminelle, noircissant le trait, ajoutant des éclats d’inquiétude. Une piste qui ne tient que partiellement ses promesses, alors que le film n’avait pas nécessairement besoin de tendre son ressort dramatique. Car plutôt que de délecter à peindre les émois des premières amours, Ozon choisit de nimber son propos d’une atmosphère mortifère. Fasciné par les rites funéraires de l’Egypte ancienne, notre jeune héros se serait sans doute régalé  lire Lautréamont ou Edgar Poe. Pour l’heure, il n’hésite pas  faire le mur pour pénétrer nuitamment dans les cimetières. Il est vrai que nous étions prévenus : le film s’ouvre sur une chanson (magnifique) de Cure, In between days, qui date précisément de cet été 85, et reste la pierre angulaire du répertoire du groupe, figure de proue d’un rock gothique que Lamartine aurait évidemment adoré s’il avait vécu un siècle (et quelques) plus tard qu’il ne l’a fait. Le film se repait de quelques outrances romantiques, se plait  cultiver l’ambigüité des caractères (la relation du héros avec sa confidente anglaise, sa première entrevue avec la mère de son ami, interprétée par une Valéria Bruni-Tedeschi  en permanence sur la ligne de crête d’une raison vacillante, etc.). En équilibre (comme il l’a souvent fait) entre les symboles et une certaine rationalité du quotidien, Ozon n’y va en tous cas pas de main morte. La peinture qui est faite des parents de son jeune héros, prolos aux idées pour le moins étroites nous ramène d’une certaine manière à l’époque de Sitcom. On peut ne pas adhérer totalement au film, penser qu’il est moins délicat que Grâce à Dieu, moins ambigu que Jeune et Jolie, moins ambitieux que Frantz. Mais on ne peut pas nier qu’il appartient  une œuvre majeure particulièrement cohérente… 

Yves Alion

Film français de François Ozon (2020), avec Félix LefebvreBenjamin VoisinPhilippine Velge, Valéria Bruni-Tedeschi. 1h40.

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