Critique Douleur et gloire de Pedro Almodovar

Publié le 23 mai, 2019 | par @avscci

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Douleur et Gloire de Pedro Almodovar

Le Festival de Cannes commence à afficher un âge respectable, puisqu’il célèbre cette année sa 72è édition. Faut-il voir une relation de cause à effet dans la sélection des Plus Belles Années d’une vie et de Douleur et Gloire, qui tous deux traitent du souvenir à l’heure où il n’est pas incongru d’effectuer le bilan d’une existence. Le personnage du film de Lelouch et celui du dernier opus d’Almodovar n’ont sans doute pas le même âge, mais nous les cueillons tous deux à un moment où les perspectives sont pour le moins bornées… Salvador Mallo, qui est au cœur de Douleur et Gloire, est cinéaste. Mais les effets conjugués d’un moral en berne, de douleurs physiques, d’une addiction à la drogue pérenne font que son avenir est derrière lui. Jusqu’au jour où une salle madrilène repasse l’un de ses films, et cela fait boule de neige. Notre homme renoue avec le comédien principal du film, avec lequel il était fâché depuis trente ans, qui le convainc de lui laisser interpréter l’un de ses derniers textes à forte teneur autobiographique, ce qui provoque la réapparition inopinée d’un ancien amant avec lequel il avait noué une relation passionnelle, etc. L’enfance est également très présente, avec force flash-backs (ce dont nous ne nous plaindrons pas puisque la mère est interprétée par Penelope Cruz), ce qui est évidemment la moindre des choses quand on tente de cautériser toutes les cicatrices que la vie a pratiquées. Autant le dire, on ne reconnaît pas vraiment Almodovar dans ce film introspectif et douloureux, le cinéaste ayant pris soin de laisser provocations et effets de style (auxquels ses films précédents nous avaient habitués) à la porte. Un peu comme l’a fait Ozon récemment avec Grâce à Dieu. Sans doute faut-il y voir un signe de sincérité, comme s’il fallait se dépouiller des artifices (brillants) pour toucher la vérité ? Cela n’implique pas que le film flirte avec le naturalisme, bien sûr, mais notre émotion est fortement sollicitée. Le personnage central étant cinéaste, il est bien sûr tentant de savoir ce qu’Almodovar a intégralement mis de lui-même et ce qui appartient à une sorte d’autofiction. Son homosexualité, sa brouille avec ses comédiens (Banderas, justement), l’attirance pour les drogues, sa relation avec sa mère ? Au fond, cela n’a pas une importance capitale : le film est indéniablement sincère, troublant, voire bouleversant. Le Festival n’en est qu’à son mitan, mais c’est clairement l’un des films les plus marquants de la sélection. Avec celui de Ken Loach. Comme quoi, quoi qu’en dise Douleur et Gloire, l’âge n’est pas un frein à l’épanouissement du talent…

Yves Alion

Dolor y Gloria. Film espagnol de Pedro Almodovar (2019), avec Antonio Banderas, Penelope Cruz, Asier Etxeandia. 1h53.




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