Critique Dakini de Dechen Roder

Publié le 24 octobre, 2018 | par @avscci

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Dakini Dechen Roder

Les spectateurs français sont des privilégiés, arrivent chez eux (et presque nulle part ailleurs sur la planète) des films du monde entier. Le Bhoutan est un royaume himalayen de 758 000 habitants. La télévision n’y a pénétré qu’en 2000. On n’y fait du cinéma que depuis 15 ans. Dakini est le premier long métrage de Dechen RODER et elle l’a coproduit avec la hongkongaise Esther KOO. L’histoire commence classiquement comme une enquête policière. L’abbesse vénérable d’un monastère a disparu. Taches de sang dans la forêt, « sorcière » de village en fuite, soupçonnée par ses voisins d’un crime. Rien n’est avéré, l’abbesse est peut-être vivante, la « sorcière » ne souffre que de sa mauvaise réputation. Un policier tourmenté, scrupuleux, qui ressemble d’abord à tous les policiers de cinéma du monde, se charge de la fugitive. Tout l’équilibre du film est fondé sur la coïncidence des communications modernes (portables, trafic routier) et de la mémoire culturelle, religieuse, parfois magique, d’un pays longtemps isolé. La mise en scène efficace, habile, des scènes policières du début glisse progressivement, harmonieusement, vers le mystère, le doute, le rappel de valeurs qu’on croyait disparues. Le policier incarne ces incertitudes. Son chef, qui n’est longtemps qu’une voix sortie d’un smartphone, ne cesse de le prévenir. Il ne faut pas se laisser « envoûter ». Ce policier est interprété par Jamyang Jamtsho WANGCHUK, qui fut il y a vingt ans le Dalaï Lama pour Jean-Jacques Annaud (Sept ans au Tibet). La « sorcière » qui « l’éveillera », pour reprendre le vocabulaire bouddhiste, est une comédienne débutante. L’histoire est surprenante, élégamment racontée. Le Bhoutan n’est pas si loin.

René Marx

Film bhoutanais de Dechen RODER (2018), avec Jamyang Jamtsho WANGCHUK, Sonam Tashi CHODEN. 1h58

Critique en partenariat avec l’ESRA.

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