Critique Berlin Alexanderplatz de Burhan Qrbani

Publié le 16 août, 2021 | par @avscci

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Berlin Alexanderplatz de Burhan Qrbani

Une chose est absolument certaine, Burhan Qrbani est un homme courageux. Pour son troisième long métrage, le cinéaste afghano-allemand n’hésite pas, en proposant une nouvelle adaptation du livre d’Alfred Doblin, à se mesurer à la fois à un classique de la littérature allemande, mais également à l’ombre écrasante de Rainer Werner Fassbinder, qui adapta en feuilleton le même roman peu avant sa mort mais, avant cela, cita le dit roman dans presque tous ses films, parfois de manière très littérale. Sans complexe, Qrbani décide de proposer sa propre vision, contemporaine, faisant de Franz un immigré hanté par sa traversée vers l’Allemagne, et non plus un ancien souteneur sorti de prison. L’idée étant bien entendu d’adapter le légendaire calvaire du personnage à la société actuelle, pour pointer à la fois les différences et similitudes. Ce beau programme, assez compréhensible, n’amène pourtant aucune analyse choc ou vision particulièrement osée sur le Berlin des années 2020, un siècle après celui peint par Doblin. Reste néanmoins l’essentiel, la fameuse relation Franz/Rheinold. Mais, ici également, le metteur en scène reste comme paralysé, et propose seulement un regard dont l’efficacité prononcée, mais souvent impersonnelle, évoque davantage une série HBO de luxe que le nouveau traitement d’une histoire déjà filmée. Victime d’un concept plus malin que pertinent, Qrbani reste désespérément à la surface du récit et des protagonistes. Rainer Werner peut lui dormir en paix.

Pierre-Simon Gutman

Film allemand de Burhan Qrbani (2021), avec Welket Bungue, Albrecht Schuch, Jella Hasse. 3h03.




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