Critique Abou Leïla d'Alin Sidi-Boumedine

Publié le 17 juillet, 2020 | par @avscci

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Abou Leïla d’Alin Sidi-Boumedine

Premier long métrage d’Amin Sidi-Boumèdine, Abou Leila replonge dans un temps zéro de l’histoire algérienne, les années 1990, et son climat de tension, dévorant un pays au bord de la guerre civile. Deux amis traversent le désert en quête d’un mystérieux terroriste et d’une vengeance tout aussi imprécise. Dans cette atmosphère lourde, entre le western et Beckett, la violence prend les traits d’un improbable Godot, dont l’attente devient le sujet même de l’œuvre. Le cinéaste prend des éléments de l’histoire de son pays, ainsi que de plusieurs genres cinématographiques, pour accoucher d’un film étonnamment concret et théorique à la fois. Concret dans les paysages, le désert, la virtuosité du metteur en scène dans sa captation de la chaleur, de la terre, de l’aridité. Théorique dans ce mystère qui s’épaissit peu à peu, brise les lignes logiques du récit et place les personnages, qui se croyaient des héros, face à leurs cauchemars et des démons de plus en plus intérieurs. Abou Leila raconte l’histoire d’hommes qui croyaient chasser un ennemi, un monstre peut-être, avant de trouver en eux-mêmes la noirceur et l’horreur. L’auteur tente clairement une métaphore politique sur la violence souvent gratuite et systémique de cette époque, portant le miroir d’un pays poussé au pire par ses propres fantômes. Une certaine lourdeur peut être perçue dans cette vision intellectualisée de sentiments viscéraux. Mais la sincérité du réalisateur reste palpable, dans cette recherche d’une manière à la fois cohérente et originale de tenter de condenser à l’écran en une intrigue, toute l’horreur d’une époque.

Pierre-Simon Gutman

Film franco-algérien d’Alin Sidi-Boumedine (2019), avec Slimane Benouari, Lyes Salem, Azouz Abdelkader. 2h15. 

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