Critique 200 mètres d'Aamen Nayfeh

Publié le 9 juin, 2021 | par @avscci

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200 mètres d’Aamen Nayfeh

La pandémie a peut-être décalé la sortie de ce premier long métrage du Palestinien Aamen Nayfeh, mais elle n’a ainsi fait qu’augmenter sa pertinence, de manière tragique. La reprise violente du conflit israélo-palestinien à Gaza a ainsi rappelé à tous la manière dont cette guerre larvée est une poudrière toujours au bord de l’explosion. Et c’est précisément ce que montre, entre autres, 200 mètres, film dont l’absurde, toujours proche du drame le plus dur, surgit dans le principe même du film : une famille vivant chacun d’un des côtés du mur, de la barrière séparant Israël et Autorité Palestinienne. Seulement 200 mètres, mais que le père ne peut traverser que la journée et uniquement pour travailler. Puis, suite à un accident dont est victime son fils, ce dernier doit absolument traverser cette distance dans le danger, l’illégalité, et coûte que coûte pour rejoindre son enfant. S’ensuit une odyssée de seulement quelques mètres, mais de bien des détours, où le héros partage un bus et croise toutes les situations possibles nées du conflit. La question politique est présente, mais elle n’est ici jamais vu sous un angle idéologique, mais purement pratique, concret : il s’agit de survivre, d’avancer de franchir quelques mètres. Nayfeh pose donc le mélange entre violence et comédie, en maintenant le débat volontairement au ras du sol, à un niveau où on ne pose plus de questions, où l’on vit simplement la situation, son absurdité totale et sa gravité parfois soudaine. Et, bien entendu, tout revient, à la fin, exactement là où le récit avait démarré, rien ici ne bouge et rien n’avance finalement vraiment, et ce maintenant depuis des années.

200 Meters.

Film palestinien d’Aamen Nayfeh (2020), avec Ali Suliman, Anna Unterberger, Lana Zreik. 1h37.

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