L’Avant-Scène Cinéma, un magazine unique !

L’Avant-Scène Cinéma a vu le jour en 1961, autant dire il y a un millénaire. Si l’équipe qui fait vivre aujourd’hui la revue n’était pas présente lors de sa naissance, elle n’en est pas moins fière de perpétuer une tradition. Car l’Avant-Scène Cinéma n’est pas une revue comme les autres. C’est la seule au monde à publier de façon aussi régulière et systématique le scénario de films, parfois des grands classiques de l’Histoire du cinéma, parfois des films plus confidentiels mais qui nous sont chers.


Livres La couverture du livre Sport et Cinéma de Gérard et Julien Camy

Publié le 5 janvier, 2017 | par @avscci

0

Actu Livres – Sport et cinéma – Entretien Gérard et Julien Camy

Les lecteurs de L’Avant-Scène Cinéma auront sans doute été frustrés de ne pas retrouver aussi souvent qu’ils l’auraient souhaité Gérard Camy, éminent membre du comité de rédaction, dans les pages de la revue ces derniers temps. L’explication est simple : notre homme était en train de visionner, en compagnie de son fils Julien, des centaines de films consacrés au sport, l’autre passion des deux hommes (avec le cinéma). Le résultat est un livre somptueux, un album recensant plus de mille films ayant un sport comme axe principal ou sujet attenant. Les sports les plus connus (la boxe, le foot, le vélo) sont bien entendu mis en vedette, mais les auteurs n’ont négligé aucune activité sportive, aussi peu pratiquée soit-elle. Mais l’ouvrage n’est pas un dictionnaire, c’est un livre vivant, qui donne la parole à des dizaines de sportifs et de cinéastes, et parfois des cinéastes sportifs (les sportifs cinéastes sont plus rares, en attendant qu’Éric Cantona cesse de n’être que – bon – comédien pour passer derrière la caméra). Et qui offre pour chaque sport une mise en perspective historique et cinéphile qui ravira tous ceux qui vibrent en voyant Raging Bull ou Coup de tête autant qu’en assistant à une course ou un match en live…

Combien de films avez-vous répertorié ?

Gérard Camy : Environ 1200. 

Vous les avez tous vus ?

Julien Camy : Nous avons dû voir 1800 films, pour en retenir 1200. Nous avons passé des jours et des nuits entiers à visionner ces films, pendant plusieurs années.

G. C. : Julien pouvait m’envoyer un texto à 2h du matin pour me signaler un film sur la pelote basque, et je savais que cela allait me prendre jusqu’à 4h du matin…

Quel a été le critère de choix ? Il est des films consacrés à un champion précisément identifié, et d’autres où le héros du film ira faire quelques balles sur un court de tennis entre deux autres activités…

G. C. : Nous avons retenu les films dont les personnages étaient des sportifs professionnels ou des amateurs éclairés, nous n’avons pas conservé les films où le sport n’était qu’un passe-temps. Les quatre copains de Nous irons tous au paradis, d’Yves Robert, ne font pas partie du panel. Mais nous avons quand même cité la séquence, qui est un peu culte.

J. C. : Par contre, si l’on parle tennis, Match Point fait partie de la sélection. Parce que tout le film est basé sur le suspense de cette balle qui peut retomber d’un côté ou de l’autre du filet. On pourrait penser que c’est du hasard. Mais le hasard n’existe pas en matière de sports.

G. C. : La même question s’est posée pour L’Inconnu du Nord-Express. Nous ne pouvions pas nous résoudre à ce qu’Hitchcock ne soit pas dans le livre. Le plan d’ensemble sur les spectateurs qui regardent le match, et qui tournent la tête au gré des échanges, à l’exception de l’assassin qui ne détourne pas son regard de celui qu’il poursuit, est absolument génial…

La qualité du film était donc un critère de sélection primordial…

J. C. : Mais pas le seul. L’intérêt du film dans son époque et l’intérêt du film dans la représentation d’un sport ont évidemment beaucoup compté. Nous avons veillé à ce que toutes les cinématographies soient représentées. Si nous avions eu connaissance d’un film néo-zélandais sur le baseball, ce qui n’a pas été le cas, nous l’aurions mis en avant plus volontiers qu’un vingt-cinquième film américain sur ce sport, même s’il avait été meilleur…

Votre sélection reste très américaine. Faut-il en conclure que les États-Unis portent un intérêt particulier au sport (et au cinéma) ou bien que nombre de films indiens, mexicains ou égyptiens sont restés hors de portée de votre radar ?

G. C. : Il existe aux États-Unis une vraie culture du sport. Quand on demande aux réalisateurs américains si le film de sport est un genre en soi, la réponse est positive. Ce n’est pas le cas dans les autres pays. Certains films sont codifiés. Le film de collège est à cet égard exemplaire, qui invariablement met en scène des jeunes gens partagés entre le sport, leurs études et une histoire d’amour. Pour ce qui est des cinématographies plus exotiques, il est certain que nous n’avons pas pu voir tous les films mexicains consacrés au catch. Nous en avons vu quatre ou cinq, ce qui nous a permis de faire un article un peu général sur la question. Concernant l’Inde, nous avons cherché ce qui pourrait nous concerner. Nous avons trouvé quelques films autour du cricket. Qui sont d’autant plus intéressants que l’excellence de sportifs indiens en la matière est une autre façon de montrer que le colon anglais n’a plus lieu de rester. Nous avons même trouvé un improbable remake indien de La Bande des quatre, de Peter Yates, l’un des meilleurs films sur le cyclisme.

La question du choix des sports s’est également posée. Autant le vélo, la boxe ou le foot tenaient de l’évidence, autant nous sommes un peu étonnés de trouver le billard ou… les échecs.

G. C. : Nous avons inclus les échecs parce que la fédération internationale demande depuis quarante ans à entrer aux Jeux Olympiques. Il est certain que le badminton, le curling ou le trampoline devaient figurer dans le livre, même si bien évidemment ils n’ont pas la place de la boxe ou du baseball.

J. C. : Nous nous sommes posés la question concernant le tir-à-la-corde, le flipper ou le bras-de-fer… Il existe des championnats pour tous ces sports !

G. C. : Nous avons choisi d’exclure deux sports : la course de lévriers et la tauromachie.

Vous avez cité certains documentaires, comme Pour un maillot jaune, de Claude Lelouch, mais sans jamais leur donner une vraie place…

G. C. : C’est un autre livre. Nous nous sommes centrés sur les longs métrages de fiction. Cela étant dit, les films de fiction sont très souvent émaillés de stock-shots, notamment ceux des années 30. Il n’était pas question de remettre en scène des matchs ayant eu lieu. Nous avons essayé quand c’était possible d’identifier de quels matchs il s’agissait. Pour ce qui est des documentaires, toute la question était de savoir s’il y avait un vrai regard de cinéaste. Ce qui est le cas par exemple du film sur Zidane.

J. C. : Ou des deux documentaires de William Klein, sur Mohamed Ali ou sur le tournoi de Roland-Garros.

Tous les sports ont-ils un impact dramatique équivalent ?

G. C. : Le même sport peut inspirer des comédies et des tragédies. Y compris la boxe.

J. C. : Il faut faire la différence entre les sports individuels et les sports collectifs. Le traitement scénaristique et la mise en scène sont différents. Les sports d’équipe vont volontiers mettre en avant la solidarité du groupe, sa capacité à surmonter les différences. Les sports individuels vont davantage traiter du dépassement de soi. La boxe est sans doute le sport le plus porteur de fiction, qui allie le besoin d’atteindre un horizon, la mise en danger et souvent un enjeu social. Rocky est devenu un mythe parce que la question sociale était au centre.

Sylvester Stallone lève les bras au ciel dans Rocky

G. C. : Il n’est pas rare que le sport soit effectivement un bon moyen de parler de la société. Certains films de baseball des années 60 abordent de front la question des droits civiques. D’autres films mettent en lumière le machisme de certains milieux sportifs face à l’homosexualité, etc. 

Quels sont les sports les plus difficiles à filmer ?

J. C. : Le foot et le rugby. Parce que la balle peut traverser le terrain très vite. Et si l’on ne veut pas reprendre les codes de la télé, c’est très compliqué de faire comprendre la beauté de l’action. Le football américain est plus facile à filmer, parce que ce sont deux lignes de personnes qui avancent l’une vers l’autre.

G. C. : Le baseball ne pose pas trop de problèmes non plus. Parce qu’on ne va pas filmer sur un match de huit heures les sept heures trente où il ne se passe rien.

J. C. : Le cinéma possède une force incroyable. Tout le monde a vu Rasta rocket, alors que le bobsleigh n’est pas pratiqué par beaucoup. Le film a sans doute contribué à donner un peu de lustre à un sport mal connu… Au-delà, se pose la question du sport à la télévision. Jusqu’à il y a peu, le cinéma filmait le sport mieux que la télé. Mais depuis les années 80, la télé possède des moyens que le cinéma n’a pas toujours. Aucun cinéaste ne pourra disposer de quarante caméras… La seule faiblesse des réalisateurs de télé, c’est qu’ils ne rentrent pas sur le terrain. Pour le moment… Aujourd’hui la télé filme le sport, le cinéma se concentre sur l’humain. C’est de cette manière que le cinéma parvient à sublimer l’acte sportif et l’amener au niveau d’un art.

Mais le suspense est sans doute plus fort dans un reportage en direct que dans un film mûrement pensé…

J. C. : C’est vrai. Et les images qui restent le plus profondément gravées en moi depuis des années, c’est le sprint final du Tour de France entre Greg Lemmond et Laurent Fignon. Le Français a 42 secondes d’avance au début de l’étape et il va au final perdre de 8 secondes ! n

Propos recueillis par Yves Alion

Sport et cinéma, de Julien et Gérard Camy. Éditions du Bailli de Suffren. 464 pages.

 

  •  
  •  
  •  
  •  
  •  




Back to Top ↑