L’Avant-Scène Cinéma, un magazine unique !

L’Avant-Scène Cinéma a vu le jour en 1961, autant dire il y a un millénaire. Si l’équipe qui fait vivre aujourd’hui la revue n’était pas présente lors de sa naissance, elle n’en est pas moins fière de perpétuer une tradition. Car l’Avant-Scène Cinéma n’est pas une revue comme les autres. C’est la seule au monde à publier de façon aussi régulière et systématique le scénario de films, parfois des grands classiques de l’Histoire du cinéma, parfois des films plus confidentiels mais qui nous sont chers.


Livres Films à lire - Des scénarios et des livres, dirigé par Mireille Brangé et Jean-Louis Jeannelle

Publié le 31 juillet, 2019 | par @avscci

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Actu Livres – Films à lire – Des scénarios et des livres, dirigé par Mireille Brangé et Jean-Louis Jeannelle

Les scénarios publiés : voilà un sujet qui nous concerne directement ! Le sujet a fait l’objet d’un colloque qui s’est tenu les 13 et 14 octobre 2016, respectivement à l’ENS de Paris et à l’université de Rouen. Différentes interventions ont été mises sous forme d’articles puis réunies dans ce livre. Le gros des intervenants se compose de professeurs-chercheurs, mais on trouve également une scénariste-romancière ainsi que notre cher rédacteur en chef, sans surprise ! Faire une recension de cet ouvrage va donc de soi pour nous.

De nombreux scénarios sont en effet publiés, en dépit de leur statut bâtard : ni œuvres littéraires, ni documents techniques strico sensu, formes majoritairement évanescentes car tombant la plupart du temps dans l’oubli une fois le film réalisé. Pour reprendre la formule de Pasolini : c’est « une forme tendant vers une autre forme », expression que l’on rencontre à plusieurs reprises dans ce recueil. En faire l’étude n’en demeure pas moins intéressant comme le prouve cet ensemble de textes fourmillant d’idées stimulantes et de d’informations précieuses.

Sa première vertu est de couvrir un large spectre, depuis le cinéma muet jusqu’à la création contemporaine.

Sa deuxième est de se pencher sur de multiples thématiques que l’on peut regrouper ainsi :

– des considérations générales sur le scénario, sa fabrication, sa fonction, son statut, sa rédaction, sa publication éventuelle, ses manuels (interventions de Mireille Brangé et Jean-Louis Jeannelle, Cécile Vargaftig, Vivien Bessière) ;

– l’édition de scénarios de films existants (interventions d’Yves Alion, Olivier Curchod, Mélissa Gignac, Marion Brun, Françoise Zamour, Fabien Gris, Margaret C. Flinn) ;

– l’édition de scénarios de films non-existants (interventions d’Ada Ackerman, Elena Vogman, Carole Aurouet, Nadja Cohen, Philippe De Vita, Philippe Met) ;

– la novélisation de films (interventions de Thomas Pillard, Geneviève Sellier, Mélisande Leventopoulos).

Sa troisième est de pouvoir intéresser des lecteurs d’horizons divers.

Les scénaristes pourront s’enrichir des considérations générales de la romancière-scénariste Cécile Vargaftig. Les analyses de Vivien Bessière sur la vision des dialogues changeant d’un manuel de scénario à l’autre pourront également aider de jeunes auteurs à prendre du recul sur certaines prescriptions.

Les historiens de cinéma et les cinéphiles apprendront des choses passionnantes sur les scénarios extrêmement ambitieux du Capital d’Eisenstein, de La Fidélité du surréaliste Jean Ferry ou de L’Histoire de Marguerite et Julien que Jean Gruault avait écrit pour François Truffaut et que Valérie Donzelli a adapté plus tard. Les experts se plongeront aussi avec intérêt sur l’aventure éditoriale de L’Anthologie du cinéma invisible, ouvrage de référence dirigé par Christian Janicot, regroupant les projets de films inaboutis de Boris Vian, Stefan Zweig, Guillaume Apollinaire et autre André Gide.

Le livre détient également un intérêt sociologique à travers l’analyse de novélisations d’un pan méconnu du cinéma religieux français d’après-guerre, du Diable au corps d’Autant-Lara et de celles du Film Complet, revue qui a mis sous forme de nouvelles des milliers de films entre 1922 et 1958. Les choix des rédacteurs permettent d’apercevoir les mutations sociales de la société française, c’est ce que l’on comprend à travers plusieurs analyses percutantes.

Enfin, les amoureux de la langue française pourront s’enrichir de réflexions autour de cinéastes au style bien à eux tels que Marcel Pagnol ou Bruno Dumont. Ces derniers s’émancipent des règles académiques du scénario (privilège des descriptions, behaviorisme, style neutre, indications techniques), pour concevoir des textes personnels qui, s’ils sont utiles à la confection du film, peuvent se valoir comme tel, d’où leurs publications. Différentes sensibilités de cinéastes transparaissent dans l’écriture et la mise en forme. Les scénarios, réalisés ou non, enrichissent ainsi les œuvres de grands artistes comme Jean Renoir à propos duquel on revient sur le scénario de La Règle du jeu et l’anthologie Œuvres de cinéma inédites.

Ce type de texte ne pourrait-il pas être un genre à part entière, « littérairement anobli » ? Ne pourrait-il pas être envisagé comme l’on envisage une pièce de théâtre ? C’est l’une des questions qui parcourent ce riche ouvrage.

Le dernier article signé Philippe Met est en revanche réservé aux personnes ayant un bagage théorique approfondi. Nous tenons par ailleurs à rectifier une erreur à la note numéro 7 de la page 348 : il y a bien un dossier de presse, ou plutôt une revue de presse, dans notre numéro sur Demonlover !

Tancrède Delvolvé

Films à lire – Des scénarios et des livres, dirigé par Mireille Brangé et Jean-Louis Jeannelle. 2019. Ed : Les Impressions Nouvelles. 381 pages.

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