Ciudad sin sueño
Ciudad sin sueño
C’est en s’immergeant parmi la communauté rom d’un bidonville de la périphérie
de Madrid que Guillermo Galoe a trouvé l’inspiration de son premier long
métrage, couronné du prix de la SACD dans le cadre de la Semaine de la critique.
Il emploie le ton de la chronique pour multiplier les récits entrecroisés et
montrer pourquoi un changement de mode de vie serait de nature à menacer
l’harmonie même de ces nomades sédentarisés qu’on s’est habitués à croiser sans
les voir. La scène la plus saisissante du film est sans doute celle au cours de
laquelle une famille désireuse de bénéficier de son propre lieu de vie visite un
appartement flambant neuf et réalise que cette promesse de confort constitue
aussi un acte de trahison caractérisé par rapport à une philosophie de la vie
ancestrale parfois déconnectée de la réalité. Ciudad sin sueño (littéralement
“La ville sans rêves”) nous propose une expérience fascinante qu’on pourrait
qualifier d’immersive, au plein sens de ce terme en usage dès qu’on évoque la
réalité virtuelle et toutes les fenêtres qu’elle ouvre sur le monde. Guillermo
Galoe prolonge là une aventure commencée avec son court métrage Aunque es de
noche (“Malgré la nuit”). Ce documentaire riche en moments de vie arrachés à
l’oubli est donc un témoignage précieux sur un monde en voie de disparition qui
endure du même coup la perte lente de son identité. Le regard que porte le
réalisateur sur ce monde à part dont le folklore musical reste la dernière
revendication culturelle fait toute la différence par sa capacité à tirer de purs
moments de fiction de son sens de l’observation.
Jean-Philippe Guerand
Film hispano-français de Guillermo Galoe (2025), avec Fernández Gabarre, Bilal
Sedraoui, Fernández Silva. 1h37.