Critique

Publié le 31 août, 2025 | par @avscci

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Chronique d’Haïfa

Chronique d’Haïfa

On avait un peu perdu de vue Scandar Copti depuis le succès critique de son Ajami il y a
plus de quinze ans. Un temps de gestation étonnamment long pour finalement enfin
accoucher de son deuxième long métrage, dans un contexte rendu plus brûlant encore
par l’actualité. Le cinéaste palestinien n’a pas cessé de travailler durant ce long
intervalle, mais dans le domaine des vidéos expérimentales, loin de la fiction parfois
spectaculaire d’Ajami. Mais, dès les premières images, les qualités et défauts du
premier film du réalisateur ressurgissent de manière presque identique, malgré cette
décennie perdue. Le foisonnement narratif, la virtuosité des destins croisés qui crée le
portrait global d’un lieu, d’une communauté, cette même manière d’évoquer les
problèmes politiques globaux du conflit israélo-palestinien à travers des
morceaux d’intimité, la politique abordée sous l’angle privé, personnel, ici à travers une
famille palestinienne apparemment sans problème, à Haïfa, loin du cadre plus violent,
proche du genre criminel, d’Ajami. Une virtuosité d’écriture à nouveau un peu gâchée par
une approche étonnamment peu dynamique du regard et de la réalisation. Le metteur en
scène filme l’action et son scénario sans véritable pensée du cadre, de l’espace. Plans
serrés pour les dialogues, larges pour les groupes : approche première d’un cinéaste
surtout scénariste, ce qui fut justement sa récompense à Venise. Mais la démarche
reste bien évidemment pertinente, parfois fascinante, totalement vitale par les temps
qui courent.
Pierre-Simon Gutman
Yin’ād ‘Alīku. Film israélo-palestinien de Scandar Copti (2025), avec Manar Shehab,
Toufic Danial, Wafa Aoun. 2h04




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