Critique

Publié le 11 septembre, 2023 | par @avscci

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Visions de Yann Gozlan

Nous avions quitté Yann Gozlan dans un avion, Boite noire restant un modèle de thriller aéronautique. Et nous le retrouvons dans un avion, son héroïne, incarnée par Diane Kruger étant pilote de son état. Mais si le film joue une nouvelle fois avec nos nerfs et nous entraîne dans des affres délicieuses, la forme est assez différente de celle de Boite noire, dont la quête de sens était somme toute assez balisée (louchant vers le magnifique Blow out de De Palma). Nous sommes cette fois-ci invités à accompagner les dérives psychiques et sensorielles de notre héroïne, prise dans un trou d’air dont on ne voit pas le bout, déstabilisation provoquée par les retrouvailles inopinées de le jeune femme (et bien qu’elle soit heureuse en ménage avec un homme) avec une ancienne amante avec laquelle elle avait brulé des feux de la passion. Comme dans les meilleurs films de Polanski, les personnages sont emportés dans un flot de paranoïa, entre réalité et fantasmes, sans que l’on sache dépêtrer aisément le vrai du faux. Nous nous laissons à cet égard aller avec d’autant plus de délectation que le personnage central est pilote d’avion et qu’il a par définition une obsession manique du contrôle des choses. Mais plus que Polanski, ou plus que de Palma auquel le film adresse également moults clins d’œil, c’est évidemment au maître du suspense lui-même, le signataire du très vertigineux Sueurs froides, Alfred Hitchcock, que le film fait référence. Une référence à priori écrasante, et nous tirons notre chapeau au réalisateur avec d’autant plus d’admiration qu’il s’en sort vraiment avec les honneurs. Il faut dire que Yann Gozlan a soigné la forme avec une rigueur qui le classe vraiment parmi les grands. Sa photo est sublime, qui concoure brillement à effacer les frontières entre le réel et les épanchements de l’imaginaire, et que la bande-son ne l’est pas moins, qui sans crier gare nous agace les nerfs comme autant de craies crissant sur un tableau noir. La tentation serait de conclure à un très brillant exercice de style, et c’est vrai que l’on se surprend à penser que le cinéaste n’était pas loin de succomber à la tentation. Mais pour nous rappeler quand même de façon très régulière que ses personnages restaient de chair et de sang et nous faire partager leurs émois. La barre était très haute. Elle a été franchie.

Yves Alion

Film français de Yann Gozlan (2023), avec Diane Kruger, Mathieu Kassovitz, Marta Nieto. 2h03.




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