Critique

Publié le 16 décembre, 2023 | par @avscci

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The Survival of Kindness de Rolf de Heer

Une femme noire, enfermée dans une cage, est abandonnée en plein désert par des hommes masqués. Autour d’elle, le soleil brûle une terre déjà craquelée par la sécheresse, des fourmis s’affrontent dans des plans quasi horrifiques, la nuit succède au jour sans véritablement apporter de répit, si ce n’est la beauté étourdissante de la voûte étoilée. La femme, pourtant, parvient à s’échapper. Commence alors un voyage intime dans le dédale mental du racisme et de la barbarie, à la recherche d’une réponse à la question : l’humanité peut-elle survivre à l’inhumain ? N’ancrant son intrigue dans aucune temporalité ni géographie déterminées, Rolf de Heer livre une fable cruelle et crépusculaire dont l’ambition philosophique est à la hauteur de la radicalité formelle. Sans dialogue (les rares fois où les personnages se parlent, c’est sans se comprendre, chacun étant enfermé dans la solitude de son propre destin), sans fard (la violence de certains passages coupe le souffle), sans facilité scénaristique (voire avec une certaine confusion), le réalisateur nous confronte au résultat concret d’un système dont notre indifférence hypocrite (au mieux) fait de nous des complices : une société – érigée sur nos actes de lâcheté – que fondent la ségrégation raciale et l’exploitation. Au cours du périple de l’héroïne, les rencontres de passage prennent le pouls de ce monde en décomposition, où règnent tout autant la loi du plus fort que celle du bon plaisir des oppresseurs. Mais où, parfois, surgissent de brefs éclats de compassion et de solidarité, comme cet homme qui inlassablement enterre les morts qu’il trouve dans le désert. Figure éminemment symbolique – et déchirante – de la bonté évoquée dans le titre du film, il est aussi malheureusement le seul embryon d’optimisme dans un récit qui assume jusqu’au bout sa dimension d’allégorie dystopique désespérée, à prendre comme la mise en garde douloureuse, mais nécessaire, de ce qui pourrait advenir.

Marie-Pauline Mollaret

Film australien de Rolf de Heer (2023), avec Mwajemi Hussein. 1h35.




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