Critique

Publié le 9 avril, 2024 | par @avscci

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Rosalie de Stéphanie Di Giusto

Stéphanie di Giusto nous a séduits il y a huit ans, en signant un biopic inspiré, La Danseuse. Soit le portrait de Louïe Fuller, l’une des artistes les plus originales de la Belle époque, dont l’invention scénique tenait de la magie. Rosalie entretient beaucoup de points communs avec ce premier film : nous plongeons une nouvelle fois dans le temps (1870) pour nous intéresser au destin d’une jeune femme pas comme les autres. Car Rosalie possède une pilosité qui la range aux yeux du plus grand nombre au rang des phénomènes de foire. Cette histoire vraie est évidemment l’occasion de poser des questions sur l’acceptation de la différence. Acceptation de la part de la jeune femme elle-même, qui assume sa barbe aux yeux de tous comme on fait un bras d’honneur ; de la part de celui qui l’a épousée sans savoir qui elle était, et qui après une période de rejet brutal, se fait peu à peu plus tendre ; de la part des villageois, qui oscillent entre mépris et violence. Impossible de ne pas penser au Mari de la femme à barbe (Marco Ferreri, 1964), avec Ugo Tognazzi et Annie Girardot, velue à souhait. Mais le futur auteur de La Grande Bouffe y allait au bazooka pour dénoncer l’hypocrisie d’une société sans âme (le mari n’ayant qu’une idée, celle de tirer profit pécuniaire de la particularité de son épouse) alors que Rosalie est beaucoup plus en demi-teinte, jouant sur la séduction trouble de Nadia Tereszkiewicz, nous invitant nous aussi à céder peu à peu à son charme, à l’instar de son mari, porté par un Benoit Magimel proprement époustouflant tant il nous laisse partager les sentiments contraires qui l’assaillent…

Yves Alion

Film français de Stéphanie Di Giusto (2023), avec Nadia Tereszkiewicz, Benoit Magimal, Benjamin Biolay. 1h55.




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