Critique Petit Pays d'Eric Barbier

Publié le 3 septembre, 2020 | par @avscci

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Petit Pays d’Eric Barbier

De Hôtel Rwanda à Un dimanche à Kigali, en passant par Shooting Dogs et Opération Turquoise (liste non exhaustive), le génocide rwandais a su intéresser le cinéma, débouchant assez souvent sur des films âpres, aussi solides sur le plan artistique que sur celui de la pédagogie. Mais s’il se range sans rechigner parmi les procureurs de cette tragédie africaine, Petit Pays se situe un peu en marge des films cités plus haut. Parce que le cœur de l’action ne se situe pas au Rwanda, mais chez son voisin, le Burundi, qui ne reste pourtant pas indemne quand se déchaîne la haine entre Hutus et Tutsis. Parce que le personnage principal du film est un adolescent, le fils métis d’une femme d’origine rwandaise et d’un expat belge. C’est à travers ses yeux que nous prenons conscience d’un chaos progressif et mortifère. Eric Barbier est un expert de ces zones grises où chacun cherche à trouver sa place dans les tumultes du monde. C’était le cas des personnages de La Promesse de l’aube, adapté des mémoires de Romain Gary. Ça l’est encore ici. Petit Pays n’est sans doute pas aussi carré que les films qui ont précédé, comme s’il était indispensable que nous restions partiellement dans le flou, pour mieux coller à la perception des personnages, toujours en retard d’une étape, en quête d’information. La violence, la mort ne sont pas pour autant absentes, mais elles surviennent le plus souvent hors-champ. L’angoisse, l’attente qui se prolonge priment sur les moments où tout dérape. Nous ne comprenons pas vraiment l’entêtement à rester sur place de ce Belge qui se pense sans doute hors d’atteinte eu égard à son passeport européen, mais nous compatissons à la dévastation de cette famille qui voit son horizon se noircir un peu plus chaque jour. Le film ne produit sans doute que peu de scènes qui roulent des mécaniques, mais le désespoir profond qui l’imprègne nous déstabilise durablement.

Yves Alion

Film franco-belge d’Eric Barbier (2019), avec Jean-Paul Rouve, Djibril Vancoppenolle, Dayla De Medina. 1h59.

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