L’Avant-Scène Cinéma, un magazine unique !

L’Avant-Scène Cinéma a vu le jour en 1961, autant dire il y a un millénaire. Si l’équipe qui fait vivre aujourd’hui la revue n’était pas présente lors de sa naissance, elle n’en est pas moins fière de perpétuer une tradition. Car l’Avant-Scène Cinéma n’est pas une revue comme les autres. C’est la seule au monde à publier de façon aussi régulière et systématique le scénario de films, parfois des grands classiques de l’Histoire du cinéma, parfois des films plus confidentiels mais qui nous sont chers.


Numéro Couverture de l'Avant-scène Cinéma 638, 21 nuits avec Pattie d'Arnaud et Jean-Marie Larrieu

Publié le 5 janvier, 2017 | par @avscci

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Numéro 638 21 nuits avec Pattie d’Arnaud et Jean-Marie Larrieu

Couverture de l'Avant-scène Cinéma 638, 21 nuits avec Pattie d'Arnaud et Jean-Marie Larrieu 4ème de couverture de l'Avant-scène Cinéma 638, 21 nuits avec Pattie d'Arnaud et Jean-Marie Larrieu

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Dossier 21 nuits avec Pattie d’Arnaud et Jean-Marie Larrieu

Arnaud et Jean-Marie Larrieu de A à Z

Comme nous l’avions fait auparavant avec Philippe Lioret, Pascal Thomas, Jean-Pierre Améris, Benoit Jacquot, Emmanuelle Bercot, Olivier Assayas, Jérôme Bonnell et Robert Guédiguian, c’est par vingt-six petites touches successives que nous nous proposons de brosser le portrait des frères Larrieu, vingt-six flashs impressionnistes pour éclairer une œuvre parmi les plus cohérentes qui soient, sur le fond comme sur la forme…

A comme Amalric

La Brèche de Roland, Un homme, un vrai, Les Derniers Jours du Monde, L’amour est un crime parfait. Mathieu Amalric est apparu quatre fois dans les films des Larrieu. Ce qui met les frères à égalité avec Otar Ioselliani et Arnaud Despleschin dans la filmo de l’acteur. Amalric est évidemment l’alter-ego, le miroir, le double fantasmé des frères, qui trouvent en lui une étrangeté un mélange de retenue et de prise de risque, une séduction qui leur sied bien. Et à nous donc…

« Mathieu occupe une place particulière dans nos films. Nous avons aujourd’hui assez de bouteille pour nous permettre d’être sur le fil avec les acteurs. Surtout quand nous travaillons avec de très grands comédiens. Dans nos premiers films, nous tournions parfois avec des copains, qui parfois se plantaient. Avec Mathieu ce qui était beau c’est qu’il était comme un copain qui trouvait le courage de rentrer dans les plans. Avec lui ce n’était pas gagné d’avance, mais la dernière prise était superbe… » (Jean-Marie)

B comme Baba Cool

Depuis leur tout premier long métrage, Fin d’été, qui mettait en scène un ancien soixante-huitard réfugié à la campagne, les Larrieu n’ont jamais levé le soupçon d’une certaine attirance pour l’univers baba cool. Leur enracinement pyrénéen, leur rejet de toute contrainte moralisante, leur inclinaison pour des modes de vie hors des sentiers battus, leur appétence pour la nudité sont autant de pistes convergentes…

« Nous conservons une certaine affection venue de l’enfance pour les babas cool, que nous fréquentions pendant les vacances. Nous allions nous baigner avec eux. Notre rapport à la nudité vient de là. Mais cela reste lié à l’enfance. Aujourd’hui les babas cool m’énervent, leurs discours m’insupportent, parce qu’ils ont perdu leurs racines libertaires. » (Arnaud)

C comme Courts métrages

Les Larrieu sont de ceux qui n’ont pas rechigné à réaliser plusieurs courts métrages pour se faire la main avant de passer au long. La plupart ne sont d’ailleurs pas cosignés, même s’ils sont évidemment l’un et l’autre derrière chaque projet. Les durées varient, la sophistication et le budget ne sont pas les mêmes d’un film à l’autre, mais l’empreinte des frères est patente de Court Voyage (1987) aux Apparitions (1993)…

« Nous avons tourné des courts métrages pour raconter des choses, nous n’avions pas en tête d’en faire des cartes de visite qui pourraient un jour nous permettre de faire des longs. Mais le court reste l’école du long. On apprend à faire en faisant. » (Jean-Marie)

D comme Djian

Deux films des Larrieu sont adaptés de romans : Les Derniers Jours du monde provient d’un livre de Dominique Noguez et L’amour est un crime parfait est issu de l’œuvre de Philippe Djian, l’auteur du mythique 37°2 le matin, jadis immortalisé pour le cinéma par Jean-Jacques Beineix.

« L’adaptation du livre a débouché sur l’évidence de son adaptation. Mais ce n’est pas n’importe lequel de ses livres. L’action se déroule à la montagne… Nous avons tout aimé de ce livre. Le style indirect de Djian, nous l’avons traduit en dialogues, ce qui permettait de faire écouter sa langue. Je crois que nous sommes restés fidèles à l’atmosphère du livre, alors que nous avons tendance à être plus solaires qu’il ne l’est. Sans l’alibi du livre, nous n’aurions sans doute pas été explorer certains thèmes. Idem pour le bouquin de Noguez : nous n’aurions pas choisi le thème de l’apocalypse de nous-mêmes. » (Jean-Marie)

E comme Empire des sens

Chez les Larrieu, les cinq sens sont constamment en éveil. Les cinéastes nous donnent constamment à voir, mais leurs bandes-son sont des plus sophistiquées, qui nous procurent également de délicieuses sensations sonores. Leurs films témoignent enfin d’une gourmandise de leurs personnages pour ce qui est des choses de l’amour, sans aucune contingence morale ou sociale de surcroît.

« Le désir est comme une forge où les identités sont plus mouvantes, où les règles sociales tombent d’elles-mêmes. C’est un lieu où l’on trouve du féminin et du masculin en chacun… Dans nos films, le désir se libère, les cartes sont rebattues et chacun reprend sa chance en dehors de toute contrainte sociale. » (Jean-Marie)

Arnaud et Jean-Marie Larrieu

F comme Frères

Avant eux il y a eu les Taviani, les Coen, les Dardenne. Les Wachowski, qui sont désormais sœurs… Les fratries (au sens large) du cinéma ont bien du talent.

« Beaucoup de cinéastes travaillent en équipe. Le fait d’être frères n’est pas fondamental. Simplement nous avons un creuset commun qui fait que nous sommes sans doute plus proches que deux types qui viennent de se rencontrer. Il ne faut pas croire que nos films sont le fruit d’une identité commune négociée au trébuchet. En réalité nos films s’inventent au fur et à mesure, et nous sommes simplement à deux sur le pont au lieu d’être seul. (Arnaud)

G comme Générations

Les films des frères ne sont pas à proprement parler générationnels, dans le sens où ils ne cherchent pas le moins du monde à être les porte-parole d’une tranche d’âge quelconque ni d’exprimer des idées au seul motif qu’elles sont dans l’air du temps. L’âge des personnages n’est pas pour autant indifférent : si Mathieu Amalric est un double (de leur âge), André Dussollier ou Daniel Auteuil, qui comptent quelques printemps de plus, peuvent être vus comme une projection (idéale ?) d’un avenir pas si lointain…

« Au moment où nous faisons nos films, nos personnages ont le plus souvent l’âge qui est le nôtre, avec des exceptions. Mais nous ne sommes pas les porte-parole d’une génération. En revanche nous ressentons qu’il existe des générations de cinéastes. La plus visible est celle de la Nouvelle Vague, mais toutes les autres ont une identité qui leur est propre. » (Jean-Marie)

H comme Homme

Qu’est-ce qu’un homme ? Les Larrieu se posent manifestement la question sur les différentes manières d’exposer sa part de virilité. Le film qui les a lancés a pour titre Un homme, un vrai. Vaste question, on en conviendra. Mais ils n’ont depuis lors jamais cessé de creuser avec autant de subtilité que d’ironique bienveillance ce (très fertile) sillon.

« Le premier titre d’Un homme, un vrai était Un garçon très féminin. Nous aimons croire que chacun recèle sa part de féminité. Nous faisons volontiers intervenir Sergi López et Mathieu Amalric dans nos films, qui n’ont pas précisément la même image. Mais nous ne serions pas touchés par de purs machos. » (Jean-Marie)

I comme Image

Catherine Pujol, Christophe Beaucarne, Thierry Arbogast, Guillaume Deffontaines, Yannick Ressigeac. Les frères ne sont pas fidèles à leurs directeur de la photo. À moins que ce ne soit l’inverse…

« Nous avons une contrainte que tous les cinéastes n’ont pas quant au choix du directeur de la photo : Arnaud cadre. Ce qui fait que nous ne pouvons travailler qu’avec ceux qui sont prêts à lâcher le cadre pour se consacrer uniquement à la lumière. » (Jean-Marie)

J comme Jeu

Il y a une dimension profondément ludique dans le cinéma des Larrieu, qui jonglent avec les genres, avec les codes et se régalent de laisser les comédiens se prendre au jeu. Aux antipodes d’un certain cinéma ronronnant…

« Dussollier dit adorer regarder le sport à la télé, parce que rien n’est écrit à l’avance. Et il nous donne le sentiment qu’il joue aussi pour se surprendre lui-même. Il fait le vide en lui afin d’être en situation de ne pas savoir ce qui va se passer la seconde d’après. C’est ce qui s’appelle jouer. » (Arnaud)

K comme Katerine

Chanteur pour le moins décalé, Philippe Katerine est omniprésent dans la première moitié de la carrière des Larrieu, qui n’ont jamais eu de réticence (pour le moins) à ce que leurs films soient visités par l’ange du bizarre. Katerine est donc au casting d’Un homme, un vrai, Peindre ou faire l’amour et Le Voyage aux Pyrénées. Et il signe en parallèle la B.O. des deux premiers…

« Il fait très sérieusement quelque chose qu’il est difficile de nommer. Nous aimons la façon dont il mélange les genres. Et quand nous le voyons sur un plateau télé où il ya de vrais fous, c’est lui qui remet un peu d’ordre sur le plateau ». (Arnaud)

L comme Lourdes

Les Larrieu sont nés dans la ville de Bernadette Soubirous et de Philippe Douste-Blazy. Ne pas chercher pour autant une empreinte religieuse dans leurs films. Reste qu’ils ont consacré un court métrage à la ville : Madonna à Lourdes et qu’ils menacent de ne pas en rester là…

« C’est la ville de notre enfance. Nous sommes en train de nous documenter sur son histoire pour les besoins de notre prochain film. La vie de Bernadette est passionnante, qui parle de beaucoup de choses, de la religion, de la misère, de la province, des classes sociales, etc. » (Jean-Marie)

Les frères Larrieu sur le tournage de 21 nuits avec Pattie

M comme Montage

Autant les directeurs de la photo se succèdent chez les Larrieu, autant ils sont d’une fidélité absolue à leur monteuse, Annette Dutertre. Il est vrai que celle-ci partage par ailleurs la vie de Jean-Marie. Ils ont deux enfants, qui vont bien, merci. Diplômée de la Fémis, cette collaboratrice essentielle a également exercé ses talents chez Anne Fontaine, Mathieu Amalric, Noémie Lvovsky ou Michel Leclerc. Elle a également signé un très émouvant film documentaire sur le montage de Adultère (mode d’emploi), le dernier film de Christine Pascal, sur lequel elle était assistante monteuse.

« Nous aimons beaucoup l’étape du montage. Nous la pratiquons à trois, avec Annette. On pourrait penser que mes liens avec elle pipent un peu les dés, il n’en est rien. Les débats ne sont jamais scellés d’avance et toutes les combinaisons sont possibles quand a lieu un désaccord. Quand on est trois, il y en a toujours deux contre un. » (Jean-Marie)

N comme Nature

Les films des Larrieu sont sensuels, panthéistes, écologiques. La nature est omniprésente, elle frisonne, nous engloutit, nous écrase, nous embrasse. Le Renoir de Partie de campagne, du Fleuve et du Déjeuner sur l’herbe aurait adoré…

« La nature est mystérieuse. Notre rapport avec elle est constant et pourtant elle reste constamment étrangère. Mais pour nous il est évident que l’homme n’est pas au centre du monde. Dans un décor naturel réside le naturel du décor, qui va s’imposer naturellement à une certaine heure et un certain endroit. » (Arnaud)

O comme Ours

L’ours du Voyage aux Pyrénées est un comédien vêtu d’une peau de bête. Mais ne sommes-nous pas tous, nous autres humains, un peu ours ? Vous avez, cher lecteur, deux heures pour répondre à la question. Nous ramasserons les copies à l’heure dite.

« L’ours du Voyage aux Pyrénées est un ours de fantaisie, qui nous permet de jongler avec la fable. Mais nous avons été les premiers à filmer le dernier ours natif des Pyrénées, dans un film de commande pour le Parc National des Pyrénées, avant que d’autres ne soient réintroduits. » (Jean-Marie)

P comme Pyrénées

Les Larrieu ont fait deux infidélités à leurs chères Pyrénées : Peindre ou faire l’amour et L’amour est un crime parfait ont les Alpes pour cadre…

« Il n’est pas possible que nous restions tout le temps d’un film, trois mois, dans un lieu où nous n’avons pas envie d’être. Tourner dans les Pyrénées est une évidence. C’est là que nous sommes bien. Mais nous avons également tourné dans les Alpes. C’est donc la montagne qui nous inspire, même si les sensations sont différentes dans les Alpes, où il y a plus de panoramas. Les Pyrénées sont davantage encaissées. Cela dit, nous habitons tous les deux à Paris ! » (Arnaud)

« Nous avons d’autant plus de plaisir à tourner dans les Pyrénées qu’il existe au fond assez peu d’images, si l’on compare aux Alpes. Et il existe un pyrénéisme, comme il y a un alpinisme. Selon Beraldi, à la fin du XIXè siècle, sa définition, c’est “Ascensionner, sentir, écrire”. Tout est dit. » (Jean-Marie)

Q comme Quinzaine des Réalisateurs

Les frères ne font pas partie des abonnés incontournables des grands festivals. Mais ils n’oublient pas que c’est la Quinzaine des réalisateurs qui leur a mis le pied à l’étrier…

« Nous avons été invités à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes avec La Brèche de Roland. Puis nous avons été en compétition pour Peindre ou faire l’amour. Ce sont de grands souvenirs. Mais nos derniers films ne sont pas passés par Cannes. Nous les avons montrés dans d’autres festivals. » (Jean-Marie)

R comme Rural

Corollaire logique de leur engagement pyrénéen, les Larrieu ne sont décidemment pas des cinéastes de la ville. Ce n’est pas si courant dans le paysage cinématographique…

« Le monde rural est très abstrait dans nos films. Le seul rural de nos films est André, qu’interprète Denis Lavant dans Vingt et une nuits avec Pattie. Nos autres ruraux sont souvent des bobos déplacés. Mais comme nous sommes nés à Lourdes et que la ville est presque vierge de bobos, nous avons fini par leur trouver un certain charme. » (Arnaud)

S comme Son

Le mélange des genres et une certaine fantaisie dans la description des personnages pourraient laisser à penser que les films des Larrieu sont empreints d’une certaine désinvolture bon enfant. Il n’en est rien. Les images sont cadrées, les comédiens aussi… De fait aucun aspect de leurs films ne leur échappe, ne serait-ce que d’un iota. Il n’est qu’à écouter la bande-son…

« Le son, c’est des sensations. On ne peut pas montrer la nature si l’on n’est pas rigoureux sur l’habillage sonore. On ne met pas n’importe quel insecte à n’importe quelle heure… Nous travaillons depuis toujours avec la même monteuse son, que la nature n’intéresse pas beaucoup, qui vit la nuit… et son travail est impeccable. » (Arnaud)

« Le son, c’est l’inconscient d’un film. Les sons sont autant de madeleines, depuis le chant d’un oiseau l’été jusqu’à la chanson que l’on a entendue lors d’une boum. » (Jean-Marie)

T comme Talent

Ce n’est sans doute pas à eux de le dire, mais le talent des frères est ce que l’on peut appeler une évidence. Même si comme pour tout créateur l’inspiration est souvent synonyme de transpiration…

« Le talent donne le sentiment qu’il se suffit à lui-même et que l’inspiration est secondaire. Ce n’est pas à nous de juger de notre éventuel talent. Mais disons que nous attendons d’être inspirés… L’inspiration demande un peu de méthode. » (Arnaud)

U comme Université

Les Larrieu ont de toute évidence parcouru les Pyrénées dans tous les sens, avec un sac à dos. Mais ils ont également fait des études. Et leur sensualité n’écarte aucunement la réflexion, voire un côté cérébral.

« Nous nous sommes sentis très bien en compagnie du personnage de prof d’université incarné par Mathieu Amalric dans L’amour est un crime parfait. Nous lui avons réécrit ses cours, ce n’est pas du Djian. Nous faisons partie de ceux qui ont vécu les études avec un grand bonheur. » (Arnaud)

« Nous avons eu l’un et l’autre le coup de foudre pour la philosophie. Il nous semble que tout le monde philosophe, éventuellement sans le savoir, comme Monsieur Jourdain faisait de la prose. Peut-être ces études ont-elles renforcé notre capacité à douter et à mélanger les genres. » (Jean-Marie)

V comme Viard

Le côté naturel de Karin Viard sied naturellement à la nature profonde des Larrieu…

« Karin Viard est présente dans nos trois derniers films. Peut-être est-elle celle qui porte le mieux notre univers, à égalité avec Mathieu Amalric. Nous avons assez envie de retravailler avec elle, nous n’avons pas été au bout du chemin. » (Arnaud)

« Nous constatons que notre plaisir de travailler avec les comédiens grandit à chaque film. Nous avons commencé notre carrière en considérant qu’ils faisaient partie du paysage. Et aujourd’hui, nous nous régalons à leur donner une place qu’ils n’avaient pas… » (Jean-Marie)

W comme Weltuntergang

Le W est évidemment un passage toujours délicat dans notre abécédaire. Aussi avons-nous choisi de décliner en allemand cette apocalypse qui est au cœur des Derniers Jours du monde. Une incitation à l’exportation ?

« Unheimlich est le premier mot qui nous vient à l’esprit, quand on nous parle allemand. C’est pour nous ce qui n’appartient pas à la maison, mais cependant y demeure. L’étude de cet objet ramène à Freud et à la psychanalyse. » (Jean-Marie)

X comme XXL

La taille des êtres et des choses est au cœur des films des Larrieu, qui n’aiment rien tant que filmer les êtres et les montagnes. C’est la taille intermédiaire qui souvent en pâtit. Mais ceux qui ont choisi de « filmer les corps comme des paysages et les paysages comme des corps » (cf. Karin Viard) ne peuvent que nous émouvoir.

« Nous ne confondons pas la nature et la paysage. Pour Vingt et une nuits avec Pattie, nous avons eu un peu peur d’étouffer dans la forêt. Il n’y a presque aucun paysage. Sauf à la fin… Quand Caroline rejoint son mari au parking, tout le monde respire… Mais nous aimons confronter l’immensité à l’intime. C’était déjà le cas de Mathieu dans La Brèche de Roland. » (Arnaud)

Y comme Yeux

Tout est question de regard au cinéma. Mais peut-être le personnage de Sergi López dans Peindre ou faire l’amour, qui est aveugle, est-il celui qui voit le mieux dans le cœur des hommes…

« Certains ont trouvé un peu scolaire d’avoir un plan noir pour figurer la cécité de Sergi López dans Peindre ou faire l’amour. Mais la scène se déroule la nuit ! Nous pensons au contraire que le pire aurait été de mettre quand même un peu de lumière, alors qu’il n’y en avait pas. Nous étions excités à l’idée de faire un plan-séquence impossible, de respecter cette continuité par le noir qui nous permettait d’aller d’une maison à l’autre. » (Jean-Marie)

Z comme Zygomatiques

Ce n’est évidemment pas leur objectif premier, mais les Larrieu nous font régulièrement rire. Un rire de qualité, un rire qui n’est pas nécessairement consensuel, un rire qui se mérite, mais un rire délicieux.

« Dans la vie il y a des tas de gens qui sont plus drôles que nous. Nous ne cherchons pas spécialement à faire rire nos interlocuteurs. Mais si nos films provoquent le rire, ou même le sourire, nous n’avons rien contre. Reste à savoir si le rire est un rire léger ou un rire de survie. Il existe des milliers de rires différents ! » (Arnaud)

Propos recueillis par Yves Alion

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