Critique Le sel des larmes de Philippe Garrel

Publié le 17 juillet, 2020 | par @avscci

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Le Sel des larmes de Philippe Garrel

Étonnante trajectoire que celle de Philippe Garrel. Ce jeune prodige du cinéma post-soixante-huitard érigé à ses débuts comme le seul héritier digne de Godard s’est fait remarquer à travers des films résolument underground avant d’évoluer, lentement mais sûrement, vers l’ascèse pure et simple. Il répète longuement, tourne à l’économie et privilégie aujourd’hui la pureté du noir et blanc pour s’approcher au plus près de l’intime. Comme s’il désirait rattraper le temps perdu et projeter à l’écran les états d’âme d’une jeunesse qui n’est ni la sienne ni même celle de ses coscénaristes chevronnés, hier Marc Chodolenko, aujourd’hui Jean-Claude Carrière, avec depuis plus de vingt ans la discrète Arlette Langmann. Le Sel des larmes s’attache à un jeune menuisier provincial venu à Paris passer le concours d’entrée de l’école Boulle qui va croiser sur sa route plusieurs femmes et entrevoir autant de perspectives d’avenir, tout en restant complice de son père si bienveillant. Il émane de cette trajectoire sentimentale une profonde tendresse de Garrel pour ses protagonistes. À commencer par ce personnage intègre dont il fait son héros, candide menacé par le cynisme qui semble préservé de la tentation du mal par son éducation et la pureté du cœur. Le Sel des larmes est la chronique universelle de l’âge des possibles et de toutes les hypothèses qu’implique celui-ci. Un magnifique film d’apprentissage dominé par la force tranquille de Logann Antuofermo, les caractères féminins que campent Oulaya Amamra et Louise Chevillotte, et surtout la magnifique figure paternelle habitée par André Wilms dans un emploi qu’aurait sans doute tenu naguère Maurice Garrel.

Jean-Philippe Guerand

Film français de Philippe Garrel (2019), avec Logann Antuofermo, Oulaya Amamra, Louise Chevillotte. 1h40.  

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