Critique Last words de Jonathan Nossiter

Publié le 23 octobre, 2020 | par @avscci

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Last Words de Jonathan Nossiter

L’Américain Jonathan Nossiter fut l’auteur en 2004 de Mondovino, un documentaire présenté à Cannes, qui a laissé un souvenir très fort à ceux qui l’ont vu. Ses deux films suivants étaient passés à peu près inaperçus, le dernier datant de 2014. Depuis, dans la logique de la forte prise de conscience écologique montrée dans Mondovino, Nossiter est devenu agriculteur non loin de Viterbe. Mais il préparait depuis six ans l’adaptation de Mes derniers mots, le roman publié en 2015 par Santiago Amigorena. Les deux exergues du roman étaient « Nous ne sommes apocalypticiens que pour avoir tort. Que pour jouir chaque jour à nouveau de la chance d’être là, ridicules mais toujours debout. » (Günther Anders) et « Cependant l’horizon recule, et le monde, qui semblait fini, recommence. » (Marcel Proust). Nossiter a tourné son film en quatre longs mois en Italie (notamment à Pæstum) et au Maroc. Le film a été terminé avant l’arrivée de la Covid-19 dans notre univers. Et il raconte entre autres comment les dernières communautés humaines encore présentes sur la Terre en 2086 s’éteignent à cause d’un virus caractérisé par des toux violentes… Cette fin du monde est imaginée et montrée par un cinéaste qui est allé loin dans sa méditation sur ce qui nous menace. Un jeune homme privé de toute mémoire historique (le débutant Kalipha Touray) croise la route d’un très vieil homme (Nick Nolte) qui a su préserver au fond d’une grotte les dernières pellicules 35 mm. L’échange entre ces deux consciences fait la puissance du message de Nossiter. D’autres personnages les entourent, représentant chacun une part de ce qui reste de l’humanité. Nossiter a déclaré récemment : « On ne parle pas assez de l’énormité de ce que cette crise sanitaire représente pour l’avenir, de son lien avec le dérèglement climatique et avec la dévastation de la nature. Les choix qui sont devant nous sont énormes. Cet événement terrible, si on réussit à le transformer en repensant notre monde, en mettant la culture et l’agriculture au cœur de la réflexion, sera un bien pour l’humanité. Sinon, c’est le tocsin qui sonne. » Visuellement, plastiquement, le film est élégant, convaincant. Philosophiquement, politiquement, il porte haut la réflexion sur notre monde de 2020. Le maverick Nossiter fait ainsi à nouveau irruption, à un moment crucial de crise, crise du cinéma, crise des consciences.

René Marx

Film italo-français de Jonathan Nossiter (2019), avec Nick Nolte, Kalipha Touray, Charlotte Rampling, Alba Rohrwacher, Stellan Skarsgård. 2h06

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