Critique La femme qui s'est enfuie de Hong Sang Soo

Publié le 1 octobre, 2020 | par @avscci

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La Femme qui s’est enfuie de Hong Sang-soo

Parler d’épure pour évoquer les derniers longs métrages de Hong Sang-soo est une litote. La simplicité revendiquée (et bien évidemment complexe) du cinéaste se joue à bien des niveaux. Celui de la durée par exemple, d’à peine 1 heure 17 minutes. Celui de la représentation également, ayant évacué le sexe et l’ivresse qui occupaient souvent les plans de ses premières œuvres. Celui de la mise en scène, la caméra se posant pour regarder les personnages à hauteur d’homme, sans mouvement, zoom ou gros plan. Les protagonistes sont justes face à nous, et vivent. Ils ne vivent même pas de moments virtuoses ou révélateurs. La conversation est souvent presque plate, roulant sur des sujets du quotidien, des préoccupations apparemment basiques. « Tout ce qui est excessif est insignifiant » avait dit Talleyrand, maxime qu’avait fait sienne le héros de Hong, Éric Rohmer. Nous y sommes ici de plain-pied, dans un cinéma qui revendique une dimension totalement non événementielle. Et pourtant, que de choses passent sans que la caméra ait l’air d’y toucher. La jalousie, les regrets, la solitude, le sexe, la vieillesse, et le trajet d’une femme bien plus perdue que ce qu’elle veut admettre, en fuite d’elle-même et en probable quête des autres. Tout se passe entre les lignes, mais le non-dit total n’empêche pas l’ampleur des sentiments et du vécu. Hong ne filme ici pas simplement le quotidien, il tente de capter par ellipse un souffle vital secret, pudique mais essentiel, qu’il est en passe finalement d’attraper.

Pierre-Simon Gutman

Domangchin yeoja. Film coréen de Hong Sang-soo (2020), avec Kim Min-hee, Seo Young-hwa, Kwon Hae-hyo. 1h17.

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