Critique

Publié le 16 avril, 2024 | par @avscci

0

Knit’s Island de Ekiem Barbier

S’inscrivant dans la veine désormais bien installée du Machinima, ces films se déroulant dans un univers vidéoludique, le trio de réalisateurs Ekiem Barbier, Guilhem Causs et Quentin L’helgoualc’h nous emmène à la découverte de Day Z, jeu multi-joueurs immersif dans lequel l’objectif est tout simplement de survivre le plus longtemps possible dans un monde postapocalyptique. Construit comme un documentaire classique, alternant séquences de déambulation et témoignages face caméra, Knit’s Island dérive peu à peu vers quelque chose de moins balisé, qui donne à comprendre ce qui anime les joueurs au-delà de l’aspect purement ludique et codifié du jeu. Beaucoup aiment prendre des chemins de traverse, se concentrant par exemple sur l’exploration des lieux (l’un des protagonistes emmène même les réalisateurs visiter une grotte spectaculaire, cachée dans un recoin de la carte) ou la construction de communautés très soudées. On est ainsi touché par les personnages qui gravitent autour du Révérend, ou par ce couple qui joue en duo, trouvant dans le virtuel une manière de prolonger leur complicité IRL [in real life : dans la vraie vie]. Bien sûr, le film ne peut s’empêcher d’enfoncer quelques portes ouvertes sur la porosité entre le jeu et l’existence des joueurs, ou encore sur l’amitié bien réelle qui naît entre certains protagonistes. Mais lorsqu’il sort de ce type d’analyses un peu attendues pour se perdre véritablement dans les multiples couches de réalités du jeu, il parvient à capter avec beaucoup de justesse et de sensibilité l’essence de cette expérience collective si spécifique.

Marie-Pauline Mollaret

Film documentaire français de Ekiem Barbier, Guilhem Causs et Quentin L’helgoualc’h (2023), 1h36.




Back to Top ↑