L’Avant-Scène Cinéma, un magazine unique !

L’Avant-Scène Cinéma a vu le jour en 1961, autant dire il y a un millénaire. Si l’équipe qui fait vivre aujourd’hui la revue n’était pas présente lors de sa naissance, elle n’en est pas moins fière de perpétuer une tradition. Car l’Avant-Scène Cinéma n’est pas une revue comme les autres. C’est la seule au monde à publier de façon aussi régulière et systématique le scénario de films, parfois des grands classiques de l’Histoire du cinéma, parfois des films plus confidentiels mais qui nous sont chers.


Critique Affiche Happy End de Michael Haneke

Publié le 14 octobre, 2017 | par @avscci

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Happy end de Michael Haneke

Les familles bourgeoises s’effondrent, la pourriture qui les dévore de l’intérieur a raison de leur soi-disante solidité. Leur effondrement précède celui de notre civilisation et prépare apocalypse et rédemption. Encore cette année, avec Aronofsky, Lanthimos, Östlund, Haneke, les films de la cuvée 2017 se suivent et racontent, mal ou bien, la même histoire. Avec Happy End, Haneke réalise surtout un nouveau film de Claude Chabrol (1930-2010). Tout y est, même Isabelle Huppert, l’actrice qu’il aimait. Hypocrisie, entreprise familiale maintenue à flot quoiqu’il arrive, fils dévoyé, domestiques bafoués, sourire crispés, petits arrangements sexuels, enfants ravagés, prolétaires déshumanisés. Et même l’humour, qui était plus puissant chez Chabrol, est présent chez Haneke (voir le titre, et, justement, la fin du film, remarquable et dont on ne dira donc rien). Ce qui distingue le cinéaste autrichien c’est une maîtrise particulière de ses cadres, le mélange des images, le recours toujours à bon escient aux captures d’écrans de téléphones ou d’ordinateurs, aux plans moyens et larges qui mettent les personnages à distance. La construction jamais bavarde d’une intrigue implacable démontre une force qui lui valut deux Palmes d’Or et que certains critiques commencent aujourd’hui à mettre en doute. C’est la force de ce Happy End : la rigueur de sa construction, la maîtrise jamais en difficulté du narrateur Haneke, qui suggère d’ailleurs que l’effondrement n’est peut-être pas si proche que cela. La puissance aussi de ses acteurs : Huppert est pour une fois en retrait, laissant la place à un Kassovitz impressionnant, un Trintignant impérial et une jeune Fantine Harduin qui porte sur les épaules avec aisance un rôle quasi impossible. La limite du film, c’est de ne rien ajouter à ce que Chabrol, justement, a raconté à la perfection. On voudrait du nouveau au cœur de ce discours déjà entendu. Mais le film vaut largement le détour proposé.

René Marx

Film Franco-germano-autrichien de Michael Haneke (2017), avec Isabelle Huppert, Jean-Louis Trintignant, Mathieu Kassovitz, Fantine Harduin. 1h 47

Critique en partenariat avec l’ESRA.

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