Critique Enorme de Sophie Letourneur

Publié le 3 septembre, 2020 | par @avscci

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Enorme de Sophie Letourneur

A travers ses courts métrages, puis ses moyens métrages, et enfin ses longs métrages, nous avons le sentiment de suivre Sophie Letourneur à la trace, à travers les méandres de son itinéraire de vie. Sans savoir quelle est la part de fiction ou d’autofiction que révèlent ses films, on se dit que la cinéaste est aujourd’hui parvenue à un moment où la question de la maternité devient brulante. Mais elle traite le sujet avec un recul certain. D’abord parce que la femme enceinte que le film nous fait découvrir, incarnée par Marina Foïs, n’a pas tout à fait son âge (nous abordons les rivages d’une grossesse atypique). Ensuite parce que c’est essentiellement à travers les yeux du père que le film se voit, la paternité étant en l’occurrence bien plus angoissante que la perspective d’être mère. Le film évoque à cet égard assez régulièrement 9 mois, une comédie déjantée signée Patrick Braoudé (qui eut suffisamment de succès en son temps pour donner aux Américains le désir d’en faire un remake). Enfin parce que le titre d’Enorme ne se rapporte pas seulement au ventre de notre héroïne, qui gonfle plus que de raison, mais aussi à la forme du film, qui visite les rives du burlesque à plusieurs reprises. Pourtant le film ne se laisse pas facilement circonscrire, son ton primesautier n’étant pas pérenne et l’émotion venant se nicher là où on ne l’attendait pas. La scène de l’accouchement est particulièrement étirée, détaillée, douloureuse pour renverser notre impression première. Les ruptures de ton n’ont rien pour nous déplaire, mais concernant Enorme nous sommes en présence d’un tel dénivelé que l’on en vient à se pincer. Ce n’est pas toujours confortable, mais, quelles que soient par ailleurs certaines facilités ou quelques zestes de mauvais goût, le plaisir d’être en présence d’un film au final peu formaté l’emporte.

Yves Alion

Film français de Sophie Letourneur (2020), avec Marina Foïs, Jonathan Cohen. Jacqueline Kakou. 1h41.

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