Critique Phantom Thread de Paul Thomas Anderson

Publié le 13 février, 2018 | par @avscci

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Phantom Thread de Paul Thomas Anderson

On attendait d’autant plus des retrouvailles de Paul Thomas Anderson et de Daniel Day-Lewis, dix ans après There Will Be Blood, qu’ils ne tournent jamais pour ne rien dire et que l’acteur a annoncé mettre là un terme définitif à une carrière exceptionnelle qui ne comprend guère plus d’une trentaine de rôles. Caractériel, fantasque et imbu de lui-même, Reynolds Woodcock est un créateur de mode en vue du Londres des années 50 sur lequel rien ni personne n’a de prise, sinon sa sœur dont il semble inséparable. Jusqu’au moment où surgit une femme fatale à tous les sens du terme. Sous son emprise, les certitudes du couturier vont vaciller et son autorité va être mise à mal. Phantom Thread offre à Daniel Day Lewis le rôle peu propice à l’empathie d’un homme de pouvoir prisonnier de sa tour d’ivoire et perclus de névroses qui va s’ouvrir au monde au moment où on le croyait perdu. Le talent de Paul Thomas Anderson consiste à provoquer cette bascule en misant sur le potentiel de Daniel Day Lewis qu’il connaît mieux que personne. Il est peu d’acteurs qui auraient relevé pareil défi et moins encore qui seraient parvenus à exprimer une révolution aussi intime. Il faut pour cela refuser de chercher à plaire et être disposé à se mettre en danger, quitte à exposer ses fêlures voire à s’effacer au profit de ses partenaires, ce qui est le cas lorsqu’apparaît l’étourdissante Vicky Krieps, la révélation de ce film magistral qui ne cherche pas davantage à se faire aimer que son personnage principal.

Jean-Philippe Guerand

Film américano-anglais de Paul Thomas Anderson (2017), avec Daniel Day-Lewis, Lesley Manville, Vicky Krieps. 1h56.

Critique en partenariat avec l’ESRA.




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