Critique Affiche de Oh Lucy ! d'Atsuko Hirayanagi

Publié le 31 janvier, 2018 | par @avscci

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Oh Lucy ! d’Atsuko Hirayanagi

Les Japonais le reconnaissent eux-mêmes : l’interdiction de montrer ses émotions cause de vraies souffrances dans la société. La confrontation avec des Américains ou des Européens extravertis les trouble et parfois les libère. La réalisatrice Atsuko Hirayanagi a étudié le cinéma à New York et ce choc culturel inspire visiblement son premier long métrage. Humour et imagination écartent tout danger de mélancolie ou d’autobiographie larmoyante. Le premier rôle est tenu par la star Shinobu Terajima, issue d’une dynastie d’acteurs Kabuki, qu’on a vue chez Wakamatsu et Zhang Yimou. L’employée de bureau solitaire et timide qu’elle interprète devient par miracle le personnage le plus drôle de cette saison. Exfiltrée de sa mélancolie fatale, elle crève l’écran et sa bulle de pudeur. Josh Hartnett en sauveur sexy et perturbé, Kaho Minami en sœur casse-bonbons, Koji Yakusho en amoureux improbable et Shioli Kutsuna en Lolita égarée forment un quatuor de choc autour de l’héroïne. Si la gravité n’est pas très loin, le film célèbre surtout cet adage salutaire des voisins chinois : « Il est avantageux de traverser les grandes eaux ». La comédie est une contrainte que s’est créée la cinéaste, qui craignait un propos trop sombre. Elle relève génialement le défi, pour une succession de séquences folingues, baroques, ce que le Japon peut faire de meilleur quand il malmène les bonnes manières et déménage les pudeurs délétères.

René Marx

Film américano-japonais d’Atsuko Hirayanagi (2017), avec Shinobu Terajima. Josh Hartnett, Kaho Minami, Koji Yakusho, Shioli Kutsuna. 1h35.

Critique en partenariat avec l’ESRA.




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