L’Avant-Scène Cinéma, un magazine unique !

L’Avant-Scène Cinéma a vu le jour en 1961, autant dire il y a un millénaire. Si l’équipe qui fait vivre aujourd’hui la revue n’était pas présente lors de sa naissance, elle n’en est pas moins fière de perpétuer une tradition. Car l’Avant-Scène Cinéma n’est pas une revue comme les autres. C’est la seule au monde à publier de façon aussi régulière et systématique le scénario de films, parfois des grands classiques de l’Histoire du cinéma, parfois des films plus confidentiels mais qui nous sont chers.


Critique Affiche Les Estivants de Valeria Bruni Tedeschi

Publié le 12 février, 2019 | par @avscci

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Les Estivants de Valeria Bruni-Tedeschi

Après son très décoiffant Un château en Italie, Les Estivants est sans doute une petite déception pour ceux que le cinéma de Valéria Bruni-Tedeschi fait frémir. La narration est plus lâche, la fantaisie moins débridée, la douleur moins ostentatoire. Pour autant l’essentiel demeure, cette capacité à passer du coq à l’âne sans que cela ne sente le maniérisme, cette appétence manifeste pour un cinéma qui s’invente au fur et à mesure qu’il se déroule, cette impudeur parfois masochiste (allant jusqu’à mettre en scène son passage devant une commission du CNC qui lui reproche de toujours faire le même film) où la comédienne (et cinéaste) se met à nu comme personne. Le film est évidemment à clé pour ceux qui seraient coutumiers des pages people des magazines. On sait que Valéria a une sœur, qui se nomme Carla, qui reste l’épouse d’un ancien président de la République… Fort de cela, il n’est pas incongru de reconnaître Nicolas Sarkozy et sa douce et tendre sous les traits de Pierre Arditi et Valeria Golino. A ceci près que les comédiens ne ressemblent pas à leurs modèles et qu’il n’est aucunement question ici de politique. Même si, on le devine à mi-mot, le personnage incarné par Pierre Arditi n’est pas de gauche. Mais au fond tout cela n’est qu’accessoire tant Valeria Bruni-Tedeschi prend plaisir à pêcher le faux pour dire le vrai et à brouiller les pistes à l’intérieur d’un huis-clos qui jamais ne cherche à provoquer le moindre courant d’air. On rit beaucoup, mais le film n’en est pas moins profondément mélancolique, qui nous parle des amours perdus, du temps qui passe et de la mort qui guette. Si la réalisatrice n’était pas douée d’un sens de la dérision qui frise le génie, nous pourrions naviguer dans des eaux bergmaniennes. Mais cette fantaisie qui parfois paraît forcée (pour s’imposer dès la scène suivante comme profondément authentique) nous met mal à l’aise tout en nous réconfortant. Cela pourrait paraître contradictoire, mais il faut voir le film pour comprendre que ça ne l’est pas. Et que Valeria Bruni-Tedeschi est, derrière la caméra, de celles avec lesquelles il faut compter.

Yves Alion

Film français de Valeria Bruni-Tedeschi (2018), avec Valeria Bruni-Tedeschi, Valeria Golino, Pierre Arditi. 2h08.

Critique en partenariat avec l’ESRA.

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