L’Avant-Scène Cinéma, un magazine unique !

L’Avant-Scène Cinéma a vu le jour en 1961, autant dire il y a un millénaire. Si l’équipe qui fait vivre aujourd’hui la revue n’était pas présente lors de sa naissance, elle n’en est pas moins fière de perpétuer une tradition. Car l’Avant-Scène Cinéma n’est pas une revue comme les autres. C’est la seule au monde à publier de façon aussi régulière et systématique le scénario de films, parfois des grands classiques de l’Histoire du cinéma, parfois des films plus confidentiels mais qui nous sont chers.


Critique Le Chant du Loup d'Antonin Baudry

Publié le 22 février, 2019 | par @avscci

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Le Chant du loup d’Antonin Baudry

Amis claustrophobes, rien de tel qu’un film de sous-marin pour procurer des frissons dont on se souvient longtemps. La solitude au fond des mers, lorsque le moindre craquement devient une menace potentielle est riche en suspense. Surtout quand une guerre nucléaire est dans les tuyaux… Le Chant du loup se range ainsi parmi les films de sous-marins qui restent gravés dans les esprits, aux côtés de Vingt Mille Lieues sous les mers, de A la poursuite d’Octobre rouge ou du Bateau… Le film est produit par Alain ATTAL, le grand triomphateur de l’année écoulée (on lui doit Le Grand Bain et Pupille), qui n’a visiblement pas lésiné sur les moyens pour nous enfermer avec leurs marins dans deux fiers bâtiments de la Marine nationale. Malin celui qui peut dire à la vision du film de quelles facilités l’équipe a pu profiter de la part des gradés de la Marine et quelle est la part des scènes faites en studio et des effets numériques, mais force est de reconnaître que nous marchons. Que ce soit à l’intérieur des deux bâtiments ou dans les couloirs sans fin et autres abris secrets entretenus par la Grande muette, nous avons le sentiment d’entrer dans un monde étranger (du moins pour plus de 99% de la population) dont dépend pourtant toute l’humanité. Car ce Chant du loup nous parle de guerre nucléaire, un sujet qui était pourtant passé de mode depuis la fin de la Guerre froide. De fait nous retrouvons des sensations qui étaient les nôtres dans les années 60. Nous ne pouvons pas ne pas penser à Point limite, le superbe film de Sidney LUMET, dans lequel Henry FONDA incarnait le président des Etats-Unis, qui du fond de son bunker était acculé à un désespérant poker menteur avec ses homologues soviétiques. Ou bien sûr au Docteur Folamour de KUBRICK. Une façon de mesurer au passage l’esprit de sérieux du film de BAUDRY. On ne trouvera pas dans son film la moindre once d’antimilitarisme (ce n’est plus à la mode !). C’est au contraire l’esprit de sacrifice de ces hommes exemplaires qui est mis en avant. Les marins du Crabe-tambour de SCHOENDOERFFER n’auraient pas à rougir de la comparaison. Le seul personnage qui n’est pas totalement taillé d’une seule pièce est celui qu’incarne François CIVIL (un patronyme paradoxal en l’occurrence), « oreille d’or » qui est capable de reconnaître la provenance du moindre son venu d’ailleurs. Le réalisateur, Antonin BAUDRY signe ici son premier film. Il n’avait jusqu’ici figuré dans un générique que par son apport au scénario de Quai d’Orsay de Bertrand TAVERNIER. Il faut dire que dans une vie antérieure notre homme était diplomate de profession. Raison pour laquelle il n’est pas interdit de penser que l’engrenage monstrueux que décrit son film n’est peut-être pas tout à fait une vue de l’esprit.

Yves Alion

Film français d’Antonin Baudry (2018), avec Omar Sy, François Civil, Reda Kateb, Mathieu Kassovitz. 1h55

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