L’Avant-Scène Cinéma, un magazine unique !

L’Avant-Scène Cinéma a vu le jour en 1961, autant dire il y a un millénaire. Si l’équipe qui fait vivre aujourd’hui la revue n’était pas présente lors de sa naissance, elle n’en est pas moins fière de perpétuer une tradition. Car l’Avant-Scène Cinéma n’est pas une revue comme les autres. C’est la seule au monde à publier de façon aussi régulière et systématique le scénario de films, parfois des grands classiques de l’Histoire du cinéma, parfois des films plus confidentiels mais qui nous sont chers.


Critique Affiche La Favorite de Yorgos Lanthimos

Publié le 12 février, 2019 | par @avscci

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La Favorite de Yorgos Lanthimos

Tout le monde connaît la reine d’Angleterre, Elisabeth II, dont la longévité défie toutes les statistiques. Tout le monde se souvient de la reine Elisabeth première du nom, et de la reine Victoria qui ont en leur temps incarné l’une et l’autre et avec vaillance toute la superbe de l’empire britannique. Mais peu connaissent l’existence de la reine Anne, qui régna sur le perfide Albion au début du XVIIIème siècle. Une reine malade, isolée, frivole et lunatique, qui tomba enceinte dix-sept fois sans jamais enfanter. En un temps où la cour devenait sa propre caricature… On comprend qu’un cinéaste ait été tenté de croquer à belles dents cette décadence à la fois pittoresque et riche de sens, faisant assaut de cruauté sans avoir à en rajouter. N’oublions pas que ce siècle de toutes les élégances fut par chez nous celui de Laclos, Marivaux et Sade. Et que Patrice Leconte a su jadis nous régaler avec Ridicule le bien nommé des turpitudes de la cour de Versailles. Le réalisateur de La Favorite ne s’est pas privé quant à lui et sans trop trahir la vérité historique de mettre en lumière les tentations saphiques de la souveraine et l’arrivisme cynique de ses courtisanes lorsqu’elles savaient toucher leur reine au point sensible. Le tableau est impitoyable autant que d’une sécheresse qui ne laisse aucune possibilité de rédemption à quelque personnage que ce soit. Sous les dorures, les ordures. On ne serait pas loin de certains films de Peter Greenaway si La Favorite s’était laissé aller à un vertige esthétique intégral, ce qui n’est pas le cas. Car, et il est temps de le révéler, le signataire de cette œuvre se nomme Yorgos Lanthimos, le cinéaste grec dont la carrière empreinte de bizarrerie a pris une ampleur internationale depuis The Lobster. Mais à la différence de ce film, et plus encore de celui qui a suivi, Mise à mort du cerf sacré, La Favorite n’a pas besoin d’en rajouter dans l’étrange ou le symbolique pour atteindre sa cible. Ce tableau au vitriol des mœurs d’antan est de toute évidence le plus abordable par un large public de tous les films du cinéaste. Un virage qui n’est d’ailleurs pas pour nous déplaire. Pourquoi dans ces conditions avoir tenté de glisser quelques afféteries inutiles  dans la mise en scène, abusant du fish-eye ou de certains ralentis ? Est-ce pour nous dire qu’il ne faut pas se laisser trop absorber par le sujet ou le jeu des actrices (toutes remarquables) et qu’il s’agit bel et bien d’un film d’auteur ? Franchement ce n’était pas la peine de nous prendre ainsi par la main, nous n’en avions pas besoin. Une faute de goût qui évidemment ne remet pas en cause la réussite de ce film hors norme mais en limite néanmoins la portée…

Yves Alion

The Favourite. Film anglo-américain de Yorgos Lanthimos (2018), avec Olivia Colman, Rachel Weisz, Emma Stone. 2h.

Critique en partenariat avec l’ESRA.

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