Critique Deux moi de Cédric Klapisch

Publié le 24 septembre, 2019 | par @avscci

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Deux moi de Cédric Klapisch

Après avoir fait un pas de côté à la campagne (Ce qui nous lie), pas de côté qui coïncidait en l’occurrence avec une orientation plus classique, plus dramatique aussi de son cinéma, Cédric Klapisch revient en terrain plus connu, réunissant deux jeunes adultes, une fille et un garçon, interprétés par Ana Girardot et François Civil (qui déjà faisaient partie de la fratrie de Ce qui nous lie), pour les entrainer dans une comédie sentimentale à priori classique mais qui prend peu à peu des couleurs nouvelles pour nous entraîner sur un terrain au fond pas si balisé. Parce que Deux moi nous parle de solitude, de notre incapacité à nouer de véritables relations, et cela en dépit de très performants moyens de communication (tout le monde vit, dort, mange avec son téléphone portable) qui semblent nous faire un bras d’honneur à chaque fois qu’ils entérinent l’absence de lien. Le lien, la tentation du lien, la difficulté de l’établir, le ballotement dans lequel nous sommes installés entre les brulures de l’individualisme et le fantasme du collectif, constituent sans doute l’axe central de l’œuvre de Klapisch. Deux moi est incontestablement un film introspectif, parfois douloureux, qui laisse la part belle aux psys (qui en l’occurrence perdent de leur pittoresque et gagne en humanité). C’est aussi un film sur Paris, que Klapisch peint avec tendresse, un Paris nostalgique qui aimerait tant ressembler à celui de René Clair ou de Jacques Becker… Mais malgré tout, le film reste heureux, parce que le signataire de L’Auberge espagnole possède une fantaisie formelle (et pop) qui permet de prendre du recul, s’amusant en particulier avec le spectateur qui attend avec impatience que les deux personnages, pourtant voisins, se rencontrent enfin, comme dans toute comédie sentimentale qui se respecte, et affiche une empathie réelle pour ses personnages qui fait chaud au cœur. Vingt-cinq ans après Le Péril jeune, son créateur ausculte d’une certaine manière la génération suivante, mâtinant son propos de certaines trouvailles initiées dans Paris, film choral s’il en est, adressant au passage force clins d’œil aux amoureux de Chacun cherche son chat. Le résultat est délicieux.

Yves Alion

Film français de Cédric Klapisch (2019), avec Ana Girardot, François Civil, François Berléand, Camille Cottin. 1h50.




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