L’Avant-Scène Cinéma, un magazine unique !

L’Avant-Scène Cinéma a vu le jour en 1961, autant dire il y a un millénaire. Si l’équipe qui fait vivre aujourd’hui la revue n’était pas présente lors de sa naissance, elle n’en est pas moins fière de perpétuer une tradition. Car l’Avant-Scène Cinéma n’est pas une revue comme les autres. C’est la seule au monde à publier de façon aussi régulière et systématique le scénario de films, parfois des grands classiques de l’Histoire du cinéma, parfois des films plus confidentiels mais qui nous sont chers.


Critique Cats de Tom Hooper

Publié le 8 janvier, 2020 | par @avscci

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Cats de Tom Hooper

Jouée des dizaines de milliers de fois à travers le monde depuis sa création en 1981, la comédie musicale Cats est un des très grands succès publics du genre, ce qui suffit à justifier son adaptation cinématographique. Au début des années 1990, Steven Spielberg avait essayé d’en produire une version en dessin-animée, d’où la présence du logo de sa société de production Amblin au générique de cette version 2019 conçue, de façon plus actuelle, comme un hybride de prises de vue réelles et d’images de synthèse.

En dehors du marketing, adapter Cats au cinéma ne va pourtant pas de soi. Le spectacle (qui met en scène des chanteurs et des danseurs grimés en chats et évoluant dans des décors disproportionnés) repose sur un fil narratif ténu, avec peu de péripéties : les chats participent à un grand bal et viennent l’un après l’autre chanter une chanson qui parle d’eux. Un principe idéal pour un récital, mais moins pour une superproduction hollywoodienne. Les chansons d’Andrew Llloyd Webber, dont l’utilisation du synthétiseur et de la guitare électrique faisait à l’époque souffler sur scène un vent de nouveauté, nous semblent aujourd’hui avoir bien mal vieilli (exception faite du tube « Memory », autrefois merveilleusement chanté par Barbra Streisand).

Cats le film est réalisé par Tom Hooper, récompensé aux Oscars pour Le Discours d’un roi, un cinéaste rigoureux et doté d’un certain sens pictural, comme en témoignent le beau Danish Girl ou sa version, également musicale, des Misérables. Des qualités qui ne se retrouvent absolument pas ici : les numéros musicaux semblent découpés à la va-vite, sans rythme ni grâce.

Le manque de tenue visuelle du film est encore plus patent lorsqu’on s’arrête sur ses effets spéciaux, pourtant essentiels pour donner vie à ce monde fantasmagorique. Moqués dès la diffusion de la bande-annonce, les trucages de Cats ont-ils souffert d’un manque d’argent ? De temps ? Plus vraisemblablement d’un manque de cohérence et de maitrise des techniques utilisées lors du tournage, qui s’est répercuté tout au long de la postproduction, au point de rendre certains plans impossibles à sauver. Les corps des stars sont remplacés par des doublures numériques qui manquent de pesanteur et ne s’intègrent pas toujours bien dans les décors (les félins donnent parfois l’impression de flotter à quelque centimètres au-dessus du sol sur lequel ils sont censés marcher !). Et ce n’est encore rien comparé au ballet des cafards mutants, où des têtes humaines sont collées sur des rangées d’insectes en images de synthèse.

Cats est l’exemple même d’une catastrophe industrielle, où tous les professionnels impliqués (à grands frais) semblent se tirer mutuellement par le bas. Le résultat navrera les amateurs de comédie musicale mais pourrait bien amuser les cinéphiles pervers à la recherche d’aberrations filmiques de tous poils.

Sylvain Angiboust

Cats. Film américano-britannique de Tom Hooper (2019), avec Francesca Hayward, Judy Dench, Ian McKellen, Idris Elba. 1h 50

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