L’Avant-Scène Cinéma, un magazine unique !

L’Avant-Scène Cinéma a vu le jour en 1961, autant dire il y a un millénaire. Si l’équipe qui fait vivre aujourd’hui la revue n’était pas présente lors de sa naissance, elle n’en est pas moins fière de perpétuer une tradition. Car l’Avant-Scène Cinéma n’est pas une revue comme les autres. C’est la seule au monde à publier de façon aussi régulière et systématique le scénario de films, parfois des grands classiques de l’Histoire du cinéma, parfois des films plus confidentiels mais qui nous sont chers.


Critique Au nom de la terre d'Edouard Bergeon

Publié le 5 octobre, 2019 | par @avscci

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Au nom de la terre d’Edouard Bergeon

Fils d’agriculteur, Christophe Rossignon a connu l’un de ses plus beaux succès en produisant le premier long métrage de Christian Carion, lui aussi fils d’agriculteur, Un hirondelle a fait le printemps, chronique tendre et mélancolique d’une mort annoncée, celle du monde paysan. On imagine que c’est avec la même délectation et sans doute la même obligation morale qu’il s’est lancé dans l’aventure de Au nom de le terre, premier film d’Edouard Bergeon, fils d’agriculteur lui aussi. Le film raconte une histoire vraie, et les images de home movies qui accompagnent le générique de fin nous le rappellent à l’envi. A un moment où nous sommes naturellement bouleversés par le drame qui s’est noué devant nos yeux. Celui d’un homme qui sombre après avoir rêvé de pouvoir faire vivre l’exploitation agricole que son père lui a léguée. Ce n’est pas faute d’y avoir mis toute sa foi et toute son énergie. Mais des règles légales draconiennes, un mauvais sort persistant et les sacro-saintes lois du marché se sont unis pour le brider avant de l’enfoncer chaque jour davantage… La force du film n’est sans doute pas de nous proposer une mise en scène révolutionnaire (était-ce le lieu ?), mais bel et bien de parvenir à brosser une chronique familiale faite de hauts et de bas, à laquelle nous adhérons sans rechigner tout en tenant un discours subtil (mais en creux, le film ne cherchant jamais à nous imposer quoi que ce soit) sur un monde qui décidemment repose sur des fondations de plus en plus de guingois. Il faut également tirer son chapeau aux interprètes : Anthony Bajon (qui interprète le rôle du cinéaste quand il était encore ado, assistant à la lente dégringolade de son père), le jeune interprète lumineux de La Prière et de Tu mérites un amour ; et bien sûr Guillaume Canet, chauve et moustachu, qui s’est tellement bien glissé dans la peau de celui qu’il incarne que sa dépression (dont on dit qu’elle l’a atteint pour de bon à force de la rechercher) nous atteint à notre tour. Poignant.

Yves Alion

Film français d’Edouard Bergeon (2019), avec Guillaume Canet, Veerle Baetens, Anthony Bajon, Rufus. 1h43.

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