Critique Blackbird de Roger Michell

Publié le 26 septembre, 2020 | par @avscci

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Blackbird de Roger Michell

L’argument est emprunté à Silent Heart (2014), un film danois réalisé par Bille August et demeuré inédit en France. Sachant sa fin imminente, une mère (Susan Sarandon) réunit ses proches autour d’elle afin d’essayer de laisser derrière elle une famille apaisée. Le fossé qui sépare ses deux filles est cependant un abysse. L’aînée (Kate Winslet) est castratrice, la cadette (Mia Wasikowska) vit avec une jeune femme qui a l’âge de son neveu. Le père (Sam Neill), lui, observe ce petit manège avec humour, mais n’est pas dupe pour autant. Tout l’enjeu de Blackbird réside dans un scénario en huis clos qui lorgne clairement du côté de la fameuse règle des trois unités et assume son caractère théâtral. Son intérêt repose sur la qualité exceptionnelle de son interprétation qui donne un précieux supplément d’âme à cette mécanique fort bien huilée qui doit une bonne part de son efficacité à la mise en scène fonctionnelle de Roger Michell. Le réalisateur de Coup de foudre à Notting Hill joue ici les dompteurs de grands fauves en jonglant avec les égos et met sa mise en scène au service d’un texte réglé comme du papier à musique. L’enjeu cinématographique proprement dit est quant à lui réduit à sa plus simple expression, avec en filigrane un sujet de société tabou : la fin de vie dans la dignité. Blackbird s’impose par des dialogues qui ont déjà fait leurs preuves et des interprètes qui n’évitent de sombrer dans les numéros de singes savants que grâce à la maestria d’un cinéaste “à l’ancienne” qu’on qualifiera de tâcheron sans le caractère péjoratif associé couramment à ce terme.

Jean-Philippe Guerand

Film britannique de Roger Michell (2019), avec Susan Sarandon, Sam Neill, Kate Winslet, Mia Wasikowska. 1h37.

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