Critique Benedetta de Paul Verhoeven

Publié le 12 juillet, 2021 | par @avscci

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Benedetta de Paul Verhoeven

Depuis qu’il a quitté les Etats-Unis pour revenir à ses premières amours européennes (rappelons que notre homme est hollandais de naissance), Paul Verhoven poursuit son objectif de faire un cinéma qui vise le grand public tout en introduisant des éléments dérangeants, voire provocateurs. Mais ceux-ci n’étaient pas au centre de ses films hollywoodiens (ou du moins pas immédiatement perceptibles), Basic Instinct ou Robocop pouvant plaire à tous les publics. Ce n’est plus le cas lorsque le cinéaste nous offre Elle ou Benedetta… En se penchant sur le personnage de cette religieuse italienne du XVIIè siècle, folle de Jésus, mais ouvertement lesbienne, le cinéaste savait qu’il n’allait pas se faire que des amis. D’autant qu’il n’est pas un adepte de la litote et se plait à appuyer là où ça fait mal. Opposant la foi et l’Eglise, notre homme ne fait pas de cadeaux à ceux dont l’hypocrisie est à la hauteur d’une cathédrale. La scène (presque) inaugurale, au cours de laquelle les parents de Benedetta négocient le prix de l’entrée de leur fille au couvent avec la mère supérieure évoque des maquignons sans foi (ni loi)… Et le nonce du pape, incarné par Lambert Wilson, n’est pas non plus piqué des hannetons. Plus ambiguë (et plus réussie) est la question de la foi de notre héroïne. Rien ne permet de dire s’il s’agit d’une mystificatrice ou d’une élue (un peu particulière) de Dieu (elle semble provoquer des miracles). Verhoven se garde bien de trancher et joue avec les croyances, un peu comme l’a fait Buñuel avant lui… Mais le problème du film est de vouloir tout traiter en mélangeant les genres sans retenue. Il est des moments où Verhoven fait mine d’emprunter au lyrisme des Diables, de Ken Russell (qui lui aussi posait la question de la sexualité des nonnes), d’autres où il semble approcher les Monty Python (sans que l’on soit certain qu’il pratique vraiment le second degré). Au final le film est plus bourratif que réellement délectable. D’autant que la veine provocatrice ne donne pas vraiment dans la subtilité. Certains s’amuseront de l’homonymie entre God et gode. D’autres iront peut-être s’agenouiller devant les salles de cinéma en criant au blasphème… Ainsi va le monde.

Yves Alion

Film français de Paul Verhoeven (2019), avec Virginie Effira, Lambert Wilson, Daphné Patakia, Charlotte Rampling. 2h06.

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