L’Avant-Scène Cinéma, un magazine unique !

L’Avant-Scène Cinéma a vu le jour en 1961, autant dire il y a un millénaire. Si l’équipe qui fait vivre aujourd’hui la revue n’était pas présente lors de sa naissance, elle n’en est pas moins fière de perpétuer une tradition. Car l’Avant-Scène Cinéma n’est pas une revue comme les autres. C’est la seule au monde à publier de façon aussi régulière et systématique le scénario de films, parfois des grands classiques de l’Histoire du cinéma, parfois des films plus confidentiels mais qui nous sont chers.


Actus DVD 610 Playtime, de Jacques Tati © Les Films de Mon Oncle

Publié le 19 mai, 2014 | par @avscci

Actu DVD – Février 2014

Tout Tati

L’époque est décidément faste pour les cinéphiles adeptes du Blu-ray. Après Alain Robbe-Grillet et surtout Éric Rohmer, c’est au tour de Jacques Tati de se voir consacrer un coffret… qui va jusqu’à inclure la version anglaise de Mon oncle (ce qui était le cas de l’édition précédente)Cette caverne d’Ali Baba aux joyaux pour la plupart sublimement restaurés est un pur bonheur aux surprises inépuisables dont la découverte dans son intégralité, parée de suppléments aussi ludiques que pédagogiques, permet de mesurer l’exigence ultime de son auteur. Il suffit pour s’en convaincre de confronter les trois versions de Jour de fête : celle de 1947 en noir et blanc, celle de 1961, constellée de touches de couleur ajoutées au pochoir, et celle, intégralement en couleur de 1995, miraculeusement réchappée du néant… sauf pour son réalisateur qui ne parvint jamais à voir ce qu’il avait tourné, en raison d’une défaillance technologique des laboratoires. C’est dire combien les copies sont magnifiques et qu’on peut enfin voir réunis les principaux courts métrages de Tati, jusqu’alors dispersés pour des raisons juridiques : le rarissime Gai dimanche ! (1935) dans lequel il a pour partenaire le clown Rhum, On demande une brute (1934) et Soigne ta droite (1936), deux variations autour du même thème, la boxe, ainsi qu’Oscar, champion de tennis (1932), chaînon manquant entre sa carrière de mime sportif et une scène mémorable des Vacances de Monsieur Hulot (1953), et L’École des facteurs (1947), véritable ébauche de Jour de fête (1949).

mrhulot
© Carlotta

L’arsenal de bonus, supervisé par Stéphane Goudet et mis en scène par Macha Makeïeff, est par ailleurs pertinent et impressionnant qui passe à la moulinette cette oeuvre plus moderne que jamais, dont le diamant noir, Playtime (1967), demeure l’un des films les plus prémonitoires de tous les temps. Affleure aussi la profonde douleur d’un cinéaste martyr de sa folle ambition. André Putman, Jean Nouvel, David Lynch, Wes Anderson, Patrice Leconte, Michel Gondry et Jean-Claude Carrière passent la poésie géométrique de Tati à la moulinette de leur érudition, en soulignant le fait qu’elle n’avait rien de réactionnaire, mais collait à son époque comme le fameux sparadrap du capitaine Haddock. On peut vérifier à quel point ce cinéma s’interdisait de diriger le regard du spectateur, en dissimulant parfois des gags en arrière-plan ou en utilisant des sons confectionnés de toutes pièces. Difficile d’imaginer ensemble plus cohérent que ce coffret dont l’arborescence ressemble à la carte du Tendre d’un génie de la comédie dont les chefsd’oeuvre n’ont pas terminé de dévoiler leurs secrets magnifiques.  Jean-Philippe Guerand
StudioCanal

Jeune & Jolie

L’édition du DVD de Jeune & Jolie nous procure, à L’Avant-Scène Cinéma, une sensation particulière, puisque cette sortie est postérieure au numéro qui avait été consacré au film. Ce n’est pas la première fois, puisque les revues portant sur Ma part du gâteau, Polisse ou Les Émotifs anonymes (entre autres) étaient dans le même cas. Nous avons d’autant plus le sentiment d’être en terrain connu que nous sommes un peu structurés comme le sont les DVD, le découpage étant un reflet du film alors que le dossier s’apparente aux bonus. Or, si le DVD qui nous est ici proposé offre à voir des images mouvantes et à entendre des sons (ce que nous ne pouvons pas faire), les têtes de chapitre sont parfois concordantes. C’est ainsi que sont proposés des entretiens avec François Ozon, Géraldine Pailhas et Marine Vacth (seule cette dernière était absente de nos pages), des entretiens qui reviennent bien sûr sur la genèse du film et les conditions de tournage. Dans le même ordre d’idées, nous avions publié le scénario de cette fameuse cinquième saison que François Ozon avait choisi de couper au montage. Or le DVD nous permet de découvrir les images de la séquence fantôme. Ainsi que d’autres scènes, dont le film a été délesté pour des questions d’équilibre. De façon plus futile, mais le plaisir est au rendez-vous, nous avons le loisir d’assister aux essais de costumes et au rituel de la présentation à Cannes (notamment la montée des marches et le photocall). Reste le film lui-même, ce vertigineux portrait d’une ado qui se prostitue sans que l’on en saisisse les raisons profondes. Un nouveau chapitre de l’oeuvre d’Ozon, toujours passionnante, bouillonnante, dérangeante, qui nous interroge sur notre relation aux autres et dynamite nos certitudes sur l’équilibre des relations familiales.  Yves Alion
France TV Distribution

Cinq films français récents

Nicolas Bary possède de toute évidence un univers qui lui est propre, un univers graphique qui doit beaucoup à un certain cinéma anglo-saxon (Terry Gilliam) mais qui laboure également avec constance le terrain de l’enfance. C’était le cas de son premier opus, Les Enfants de Timpelbach, dont l’action se déroulait dans un village de conte. C’est également le cas  d’Au bonheur des ogres, dont le cadre nous est plus familier, puisqu’il s’agit de Paris aujourd’hui. Quoique… En fait, Bary a le chic pour fantasmer un décor, le trafiquer pour lui donner les couleurs du récit initiatique. Il n’est qu’à voir comment il a su transformer la Samaritaine, une mue qui n’a rien à envier à celle que Carax lui a fait subir dans Holy Motors. Au bonheur des ogres est adapté d’un livre de Daniel Pennac, qui, lui aussi, a souvent mis son talent au profit d’une idéalisation de l’enfance. On le constate dans l’interview croisée et le making of du film, tous deux présents dans les bonus : Pennac et Bary sont sur la même longueur d’ondes, ils affichent une complicité qui n’est pas de façade. Le making of est assez percutant tant les effets spéciaux ont dans le film une part importante. Nous sont ainsi dévoilés les fonds verts sur lesquels viennent s’incruster certaines images (aucune girafe n’est entrée à la Samaritaine, c’est triste mais c’est ainsi), mais aussi les nombreux trucages. Tous les chefs de postes sont également interrogés, qui donnent le sentiment d’une harmonie au sein de l’équipe, dont l’énergie est palpable. Quant à la comparaison entre le storyboard et les images du film [voir ci-dessus], elle est classique mais passionnante. De la belle ouvrage.

Grand Central n’insiste pas de la même façon sur les trucages et transparences. Mais il est évident que le film en regorge : on ne tourne pas au coeur d’une centrale nucléaire comme on le fait dans une cuisine. Grand Central est le second film de Rebecca Zlotowsky (après Belle Épine), qui se penche sur le sort des ouvriers du nucléaire, qui travaillent dans des conditions de sécurité (sociale et personnelle) pour le moins précaire. Vient se superposer une histoire d’amour un peu mystérieuse mais ardente. Il est vrai que les deux protagonistes sont Tahar Rahim et Léa plus cotés du moment. La grande qualité du film est de nous faire entrer de plain-pied dans les entrailles de la centrale, en mariant de façon paradoxale le quotidien de ceux qui y travaillent et une dimension nécessairement fantastique et hors normes. Les suppléments se résument à quelques scènes coupées, que nous découvrons avec plaisir.

La Vie domestique est sans doute moins spectaculaire, mais le quotidien des personnages qui s’y ébattent mérite que l’on s’y penche. Le sujet est l’aliénation ordinaire d’un groupe de femmes, jeunes, belles et intelligentes, mais dont la vie confortable est pour le moins aseptisée. Une sorte de Desperate Housewives à la française, sans le côté baroque et romanesque. Emmanuelle Devos est en tout cas remarquable dans la peau de cette femme frustrée mais consciente de l’impasse dans laquelle elle s’est engouffrée. D’autant plus remarquable qu’elle est aux antipodes du personnage de Violette Leduc, figure centrale du film de Martin Provost, Violette, dont elle est également l’égérie. Quelques mois seulement après avoir brillé dans Le Temps de l’aventure, le dernier (très bel) opus de Jérôme Bonnell. Quelle année !

violette

Violette est le portrait tout en retenue d’une femme qui ne l’était pas, habitée (souvent de manière douloureuse) par le démon de l’écriture. Amie de Simone de Beauvoir, Violette Leduc n’a pas rencontré le succès qu’elle ambitionnait, mais a vécu une existence de passions diverses. Le biopic de Martin Provost ne fait pas l’erreur d’accumuler les repères historiques, mais tente de saisir l’âme de son héroïne. Le décor, les costumes des années cinquante ne sont pas ostentatoires, scolaires, mais ils prennent part à la mélancolie qui nimbe le film. Martin Provost a connu un très grand succès avec Séraphine, un autre biopic sur une femme ordinaire qui se révèle par le biais de l’art. Le diptyque sera-t-il un jour triptyque ?

Intrigant est le dernier film de cette sélection, Jimmy P., signé par Arnaud Desplechin et présenté au dernier Festival de Cannes. Soit la relation d’amitié qui lie un Indien Blackfoot, traumatisé par la guerre, à laquelle il a participé, et son thérapeute français, un certain Georges Devereux, qui à cette occasion lance les bases d’une nouvelle discipline, l’ethnopsychiatrie, entre anthropologie et psychanalyse. Le propos aurait pu être aride, il est toujours passionnant. Grâce aux deux comédiens qui prêtent vie aux personnages, Benicio del Toro et Mathieu Amalric (qui visiblement s’est autant donné cette année qu’Emmanuelle Devos !). Les pleins et déliés de leur relation sont en soi une leçon de cinéma, le plus baroque dans sa composition n’étant pas celui auquel on s’attendait (Mathieu Amalric est décidément un caméléon comme il y en a peu). Un regret : le sujet était historiquement suffisamment fort pour susciter un approfondissement. En lieu et place nous ne sommes gratifiés que d’une scène coupée de cinq minutes…  Yves Alion

Au bonheur des ogres Pathé Distribution / Grand Central FranceTV Distribution / La Vie domestique FranceTV Distribution / Violette Diaphana Edition Vidéo Jimmy P. FranceTV Distribution

La Vie d’Adèle, chapitres 1 et 2

Le film d’Abdellatif Kechiche, depuis qu’il a été présenté à Cannes, avant d’être palmé, a fait couler des torrents d’encre (je ne sais si l’expression demeure valide à l’heure du virtuel). Tout a été dit, les conditions parfois homériques du tournage, le va-et-vient des sentiments entre le metteur en scène et ses deux comédiennes, mais aussi et surtout l’extraordinaire maîtrise de ce projet casse-gueule qui au final débouche sur l’une des plus belles histoires d’amour que le cinéma ait produite. Revoir le film une nouvelle fois nous conforte quant à la qualité du jeu des deux comédiennes et de celle de l’émotion qui se dégage. Le film a beau durer trois heures, nous les accompagnons avec gourmandise, conscient de vivre un moment peu commun. Tant et si bien que les bonus sont autant de gâteries qui permettent de prolonger le plaisir. Nous sont offertes trois scènes coupées au montage (compte tenu de la longueur des rushs, on imagine que l’éditeur avait l’embarras du choix) : le déjeuner familial, le snack et surtout le cauchemar, une scène assez courte mais qui ajoute une dimension un peu onirique au film. Le making of est classique mais savoureux, qui donne la parole à Kechiche mais aussi à Adèle Exarchopoulos (Léa Seydoux n’est pas de la partie), qui disent leur don de soi. Le metteur en scène précise qu’il a tourné sans connaître la fin de l’histoire, laissant les personnages prendre leur autonomie. C’est ainsi que le personnage d’Adèle a sauvé sa peau (dans la BD dont le film est adapté, elle se donnait la mort)…  Yves Alion 
Wild Side

Dark Star

Redécouvrir aujourd’hui le premier film de l’étudiant John Carpenter (1974 !) provoque d’étranges sentiments quand on lit la liste des coups de coeur 2013 de L’Avant-Scène Cinéma. Comment ne pas penser à notre film préféré de cette année, Gravity, en voyant flotter ces malheureux astronautes perdus depuis vingt ans dans l’espace, à la poursuite de « planètes instables » qu’ils détruisent machinalement. Ce sont deux grands films comiques, le plus récent étant, malgré un grand avantage technique, au fond aussi potache que le plus ancien. Et « potache » n’est pas une insulte ! Docteur Folamour de Kubrick est un film potache, on pourrait presque dire qu’il peut arriver à Huit et demi de Fellini ou à Citizen Kane de Welles d’être touché par cette même grâce particulière qu’est le puissant humour qu’on a à dix-sept ans. Carpenter se paie le luxe, à peine plus âgé (vingt-cinq ans), de reconstituer un voyage interplanétaire dans sa salle de bain, ou presque, et d’être convaincant de bout en bout, toujours drôle et d’une rigueur scénaristique quasi irréprochable. Parodie de 2001  de Stanley Kubrick évidemment, mais aussi de nombreux romans de science-fiction (Philip K. Dick notamment) Dark Star anticipe d’autant plus Alien que le coscénariste de Carpenter est Dan O’Bannon, qui écrira le film de Ridley Scott cinq ans plus tard. Le film est de plus en plus loufoque, les effets spéciaux sont de plus en plus drôles, et les dialogues avec les machines, qui rappellent évidemment la place de HAL dans le film de Kubrick atteignent de véritables sommets de comique. Deux versions sont proposées dans cette édition Carlotta, la version courte du film étudiant et la version augmentée de l’exploitation commerciale. Pour une fois, la director’s cut est la plus brève ! En supplément, un long et très utile documentaire sur le tournage acrobatique du film.  René Marx 
Carlotta

Deux films de Max Ophuls

Dans la foulée de Lola Montès, ce sont deux autres chefs-d’oeuvre qui bénéficient aujourd’hui d’un traitement de faveur pour une édition Blu-ray hautement recommandable : Le Plaisir (1952) et Madame de… (1953), avec, en guise de fil rouge, de larges extraits de Max par Marcel, le documentaire intime que Marcel Ophuls a consacré à son père, en 2009, déjà présent sur les éditions précédentes. Est également convié au confessionnal le réalisateur Jean Valère, qui fut assistant du maître et évoque en tant que telle la difficile genèse du Plaisir, hommage à Maupassant, amputé pour raisons budgétaires d’un sketch intitulé La Femme de Paul qui nécessitait une reconstitution de La Grenouillère évoquant les tableaux de Renoir et la présence d’un millier de figurants. Une avant-première catastrophique organisée au Grand Rex acheva de convaincre le légendaire Henry Deutschmeister de s’embarquer dans la nouvelle aventure du cinéaste, Madame de…, en partant de cette antienne qu’éprouvèrent bien des confrères à lui, selon laquelle, disait-il, « il ne faut jamais produire Ophuls après un succès », autrement dit plutôt à la suite d’un échec. Il bénéficia en l’occurrence d’une conjonction de facteurs favorables : Ophuls s’identifiait aux trois personnages principaux et il prolongeait là une complicité exemplaire avec son actrice de prédilection, Danielle Darrieux. En revanche, le réalisateur n’a jamais su que Louise de Vilmorin s’était estimée trahie par cette trop libre adaptation et clamait à qui voulait l’entendre : « Ils ont acheté le titre ».

madame-de

Un remarquable documentaire de Dominique Maillet intitulé Max Ophuls, le peintre de l’amour fatal, le directeur de la cinémathèque de Bologne, Giancarlo Farinelli, évoque à propos de Madame de… une « mise en scène mentale », tandis qu’un autre collaborateur du cinéaste, Dominique Delouche, le qualifie de « film sage » au sein d’une oeuvre qui ne l’était pas toujours. Ces bonus sont passionnants et accordent également une place particulière au travail de restauration qui nous vaut de disposer aujourd’hui de copies sauvées de l’oubli. On découvre que la restauration numérique s’est appuyée sur des négatifs moisis et des tirages très approximatifs qui ont notamment nécessité la reconstitution des débuts et des fins de bobines, à partir d’émulsions d’autant plus fragiles qu’elles étaient de troisième génération. Atténuer les rayures « en peigne » sans dénaturer l’image. Les dommages causés par une moisissure profonde mais irrégulière a parfois nécessité un travail image par image. Le résultat le méritait.  J.-P. G.

Le Plaisir / Madame de… Gaumont Vidéo

Blue Jasmine

Nous n’avons pas choisi de mettre Blue Jasmine à l’honneur dans les pages actu de notre N°605 par hasard. Le petit dernier de Woody Allen est à la fois l’un des plus beaux films de l’année écoulée et l’ultime chef-d’oeuvre (à ce jour) d’un cinéaste dont la filmo est bourrée de réussites majeures. Nous avons donc eu  tout le loisir de dire tout le bien que l’on pensait de ce superbe portrait d’une femme dont toutes les valeurs vacillent et qui apparaît à la fois pitoyable et touchante à vouloir sauver les apparences. Blue Jasmine marque le retour (définitif ?) de Woody Allen en Amérique après une longue escapade européenne. Il retrouve donc le cadre habituel de nombre de ses films, même si la majeure partie du film se déroule en terre étrangère (San Francisco) et non à New York. Et Cate Blanchett est absolument ébouriffante dans la peau de cette femme, l’un des personnages les plus forts que Woody Allen ait fait vivre (et Dieu sait si la concurrence est vive). Le DVD étant dépourvu du moindre bonus, l’amateur a donc du temps libre, qu’il pourra consacrer par exemple à une nouvelle vision du film…  Y. A. 
France TV Distribution

La Grande Parade

Il est plus que temps d’exhumer l’oeuvre lyrique de King Vidor, géant du muet qui passa avec la même aisance au parlant et à la couleur, comme l’atteste notamment ce western fulgurant qu’est Duel au soleil (1946). Après La Foule (1928), édité récemment en DVD, c’est au tour de La Grande Parade (1925) de sortir de l’oubli dans une superbe restauration en Blu-ray, accompagnée d’une musique originale composée par le grand Carl Davis. Une aubaine pour juger en juste connaissance de cause de la perfection esthétique de ce mélodrame sur fond de guerre qui bénéficie en outre des commentaires de l’historien américain Jeffrey Vance, spécialiste du muet et biographe de l’acteur John Gilbert (qui tient là l’un de ses plus beaux rôles), émaillés de propos du réalisateur… mort il y a plus de trente ans. On ne peut que rester saisi par la puissance de la reconstitution et la débauche de moyens engagés pour évoquer le champ de bataille que fut la France de la Première Guerre mondiale, évidemment reconstitué en studio, sous la houlette du génial producteur hollywoodien Irving Thalberg qui se vit d’ailleurs décoré pour cette prouesse. Il y a dans ces deux heures et demie de cinéma total comme une magie retrouvée dont le secret transparaît d’ailleurs dans un court métrage d’époque intitulé Visite des studios de 1925 J.-P. G.
Warner Home Vidéo

la_route_des_indes

La Route des Indes

OEuvre ultime de David Lean, cette fresque indienne débouche dans la carrière du signataire de Lawrence d’Arabie après une très longue interruption de douze ans. C’est donc un film sur le fil, presque inespéré. Ce n’est sans doute pas le plus grand de son auteur, mais il vaut beaucoup mieux que les critiques au mieux condescendantes récoltées au moment de sa sortie. Lyrique, épique, sentimental et spectaculaire, le film est peut-être anachronique : les années soixante aimaient les fresques, les années quatre-vingt les ont un peu boudées. Mais le recul du temps (trente ans ont passé depuis lors) nous permet de remettre La Route des Indes en perspective et de le juger pour ce qu’il est : un mélodrame ample et superbe. On ne pourra de même que dire du bien du supplément, qui nous est dispensé sous la forme d’une leçon d’histoire (du cinéma) à la fois précise et chatoyante, prodiguée par l’excellent Pierre Berthomieu, qui connaît son Lean sur le bout des doigts. Celui-ci revient naturellement sur E.M. Forster, l’auteur du roman dont le film est tiré et qui n’aimait pas le cinéma (James Ivory étant jusque-là l’un des rares à pouvoir obtenir son blanc-seing pour adapter son oeuvre). Ou encore sur le contexte politique dans lequel baigne le film, qui traite de l’Inde coloniale sans jamais trop insister sur les aspects politiques de la chose…  Y. A. 
Carlotta

Les 55 jours de Pékin

C’est au lendemain d’un péplum pompeux, Le Roi des rois (1961), que Nicholas Ray accepte de tourner Les 55 jours de Pékin (1962), évocation à grand spectacle de la révolte des Boxers dans la Chine du début du XXème siècle, auréolée d’un budget confortable, le réalisateur obtenant à lui seul la somme record d’un million de dollars. Il ne s’agit pas d’une oeuvre personnelle, même si l’on y retrouve certains de ses thèmes de prédilection, mais plutôt d’un exercice de style qui consiste pour un auteur à rester lui-même en exécutant un film de commande, ce qui sera également le cas à la même époque de Joseph L. Mankiewicz avec Cléopâtre, qui illustre la délocalisation d’Hollywood à Cinécittà, le même réalisateur, Andrew Marton, étant chargé de tourner les séquences les plus spectaculaires. Le producteur Samuel Bronston va quant à lui s’installer en Espagne avec armes et bagages afin de mener à bien cette épopée orientale dont les décors sont construits par-dessus ceux de La Chute de l’empire romain, que mettra en scène par la suite Anthony Mann. Le film bénéficie ici d’une panoplie de bonus assez variée qui va de l’évocation du contexte historique à une interview de Charlton Heston sur le plateau, en passant par un portrait d’Ava Gardner et surtout le récit de cette odyssée cinématographique au cours de laquelle on découvre un Ray qui se saoule au Fernet-Branca au point d’en perdre le contrôle de son bateau ivre. Au lendemain de ce film qui sonne le glas de sa carrière, il usera cinq années de sa vie à monter une adaptation du Docteur et les assassins qui ne sera finalement menée à bien qu’en 1980… par un autre.  J.-P. G.
Filmedia

Invincible

Il est des films dont la sortie en DVD est une évidence, tout comme l’était leur sortie en salle (quelques mois plus tôt). Et il en est d’autres dont on voit bien qu’ils ne viennent jusqu’à nous que par la volonté opiniâtre d’amateurs (au meilleur sens du  terme) éclairés. Ainsi cet Invincible de Werner Herzog, premier film de fiction (en 2001) du réalisateur d’Aguirre après une décennie entièrement consacrée au documentaire. Invincible plonge au coeur de la période la plus noire de l’Histoire de l’Allemagne, alors que le nazisme faisait tourner les têtes. Herzog a choisi de mettre en lumière un personnage ayant réellement existé, un lutteur de foire, pour illustrer les contradictions du régime nazi tout en se livrant de façon plus souterraine à une réflexion sur l’usage de la force et sa relation toute dialectique avec le pouvoir. Deux experts reviennent sur le film dans les suppléments, Valérie Carré, universitaire de son état, et Franck Kausch, éminente plume de Positif. Tous deux replacent le film dans l’oeuvre d’Herzog dont ils brossent le portrait en insistant sur les mauvaises interprétations données à certaines de ses prises de position. C’est vrai que le cinéaste a très souvent mis en avant la volonté inébranlable de l’homme qui déplace les montagnes (cf Fitzcarraldo) pour peu qu’il sache aller jusqu’au bout de sa folie. Ce qui a conduit certains à juger qu’il avait des sympathies pour l’extrême-droite ! Ce film devrait les rassurer, qui marque d’une certaine manière les l’épuisement de ce credo, et qui pose les limites de la force physique et du culte du corps alors que les personnages se frottent à l’antisémitisme d’État.  Y. A. 
Rimini Editions

invicibleS

  •  
  •  
  •  
  •  

Tags: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,




Back to Top ↑