L’Avant-Scène Cinéma, un magazine unique !

L’Avant-Scène Cinéma a vu le jour en 1961, autant dire il y a un millénaire. Si l’équipe qui fait vivre aujourd’hui la revue n’était pas présente lors de sa naissance, elle n’en est pas moins fière de perpétuer une tradition. Car l’Avant-Scène Cinéma n’est pas une revue comme les autres. C’est la seule au monde à publier de façon aussi régulière et systématique le scénario de films, parfois des grands classiques de l’Histoire du cinéma, parfois des films plus confidentiels mais qui nous sont chers.


Actus LIVRES 609

Publié le 19 mai, 2014 | par @avscci

Actu Livres – Janvier 2014

Ozu à présent

Il existe un compte Twitter à la gloire de Yasujirô Ozu. C’est dire l’universalité et l’actualité de celui que l’on a catalogué un peu facilement comme « le plus japonais des réalisateurs japonais » (par opposition à Kurosawa et, dans ses films de l’après-guerre, comme un observateur critique du monde moderne. Né il y a tout juste cent ans, Ozu recevra un hommage de la Cinémathèque française au printemps et est également à l’honneur dans cet ouvrage collectif dirigé par Diane Arnaud et Mathias Lavin, consacré à l’influence du réalisateur sur ses pairs. La communauté stylistique entre Ozu et Wim Wenders (Tokyo-Ga), Hou Hsia-hsien (Café lumière), Claire Denis (35 Rhum) ou Abbas Kiarostami (Five et Ten) est de notoriété publique puisque les cinéastes ont revendiqué eux-mêmes cette filiation. D’autres rapprochements sont plus audacieux (Ozu/Weerasethakul, Ozu/Kitano et même Ozu/Terrence Malick) et permettent de mettre en lumière les oeuvres des deux parties. Les questions de cadrage et de montage – dont le maître japonais faisait un usage très particulier – sont évidemment au coeur de la plupart des textes. L’art d’Ozu repose sur la fragmentation du réel et sa recomposition artificielle : les regards ne se croisent pas, l’action est interrompue par des plans de lieux vides. Malgré la radicalité de ce système formel n’oublions pas qu’Ozu était un réalisateur de studio enchaînant les mélodrames à succès ; un ancrage populaire que l’on peine à retrouver chez ses « descendants ». N’en déplaise aux auteurs du livre, la tendresse, l’émerveillement et la générosité de Voyage à Tokyo ou Bonjour ont cédé la place, chez Kiarostami ou Gus van Sant, à une platitude et un ennui de bon ton. Sylvain Angiboust 

Ozu à présent, sous la direction de Diane Arnaud et Mathias Lavin, G3j Éditeur. 207 pages. 

voyage-a-tokyo

Dictionnaire de la Nouvelle Vague 

Voici résumé un mouvement artistique majeur et son influence. Contrairement à Jean Douchet, qui a écrit une somme insurpassable sur la Nouvelle Vague, Noël Simsolo prend du recul en hasardant parfois des entrées audacieuses. À travers ses choix, il entend montrer que Truffaut, Godard, Chabrol, Rohmer, Rivette et leurs pairs ont fait école, chacun à leur façon. On peut ainsi s’étonner de voir associés à cette célébration un comédien comme Daniel Gélin, sous prétexte qu’il a fugitivement croisé la route de Marguerite Duras et de Jean-Pierre Mocky, ou une actrice telle qu’Annie Girardot, pour souligner qu’elle « ne sera jamais sollicitée par les ténors du mouvement et ne travaillera qu’avec certains de ses dissidents (de Broca, Vadim), leurs périphériques (Duval, Fourastié, Gilles, Vecchiali) ou son revers inversé (Claude Lelouch) ». Bref, l’ouvrage réécrit parfois l’histoire de façon contestable (notamment en citant Plein soleil, comme un essai de René Clément « traversé parfois du bel esprit de la Nouvelle vague »), mais il reste passionnant par ses partis pris et cette idée répandue que ce tournant majeur du cinéma français a rayonné à travers le monde, influencé bon nombre de réalisateurs européens ou asiatiques et posé les fondements du Nouvel Hollywood. Le défaut du livre réside sans doute dans son aveuglement, car ce n’est pas parce que Jean Poiret et Francis Blanche ont été vus chez Chabrol qu’ils méritaient de figurer dans un tel ouvrage. Jean- Philippe Guerand 

Dictionnaire de la Nouvelle Vague, par Noël Simsolo, Flammarion, 458 pages. 

Clouzot critiqué 

De tous les cinéastes dits de la « qualité française » (un terme au départ ironique dans la bouche des tenants de la Nouvelle Vague, mais qui avec le temps s’est neutralisé), Henri-Georges Clouzot est sans doute celui qui a fait couler le plus d’encre, suscité les plus de passions contradictoires. Il est également (c’est un point de vue presque objectif) le plus grand de tous ceux de sa génération. Sa filmo, qui ne compte que peu de films, affiche au moins deux chefs-d’oeuvre absolus, Le Corbeau et Quai des orfèvres. Et L’assassin habite au 21, Le Salaire de la peur, Les Diaboliques ou La Vérité n’en sont pas si loin. Mais voilà, son cinéma a toujours senti le soufre. Trop de naturalisme, qui pouvait virer à la misanthropie, trop de connotations sexuelles, trop de malentendus (que le cinéaste s’est appliqué à ne jamais lever). À commencer par le premier d’entre eux, qui le coupera d’entrée de jeu (ou presque) avec une partie de la critique, celui du Corbeau, film cruel qui dans le cadre d’une production allemande passa aux yeux de certains pour un pamphlet anti-français. C’était idiot, mais force est de reconnaître que le temps était fécond en idioties, souvent plus violentes. Claude Gauteur s’est amusé dans ce livre (de taille réduite, mais d’une grande densité) à retracer les relations entre la critique et les films de Clouzot. Mettant en lumière d’une certaine manière sa courbe de popularité, un peu en dents de scie. Nous avons du mal aujourd’hui à comprendre la passion que certains films pouvaient déchaîner (la période contemporaine est sans doute plus attentiste, plus centrée sur la notion de consommation culturelle, sans doute plus indifférente aux débats d’idées), et ce n’est pas le moindre mérite du livre de Gauteur que de retracer en creux l’évolution du monde des idées à travers quatre décennies riches en bouleversements comme l’Histoire en compte peu. Yves Alion 

Clouzot critiqué, par Claude Gauteur, Séguier, 88 pages. 

LesDiaboliques

L’enjeu scénario 

Trois ouvrages fondamentaux autour du geste initial du cinéma : l’écriture. Avec La Dramaturgie, ouvrage monumental à lire, à relire et à étudier, Yves Lavandier est parvenu à dégager les lignes de force qui sous-tendent l’étape la plus mystérieuse du cinéma. Il ne se contente pas de donner des pistes et de prodiguer des conseils avisés. Il étaye systématiquement sa démonstration sur des exemples concrets. L’ouvrage, d’ailleurs sous-titré Les mécanismes du récit, en explore toutes les facettes. Pas question pour autant de dresser un inventaire ou de pratiquer le « name dropping ». Lavandier s’appuie sur le cinéma dans toute sa diversité, parce qu’il considère qu’il y a autant à apprendre de La Dame de Shanghaï que de Grey’s Anatomy. Remis à jour à la lumière de la révolution des séries américaines, La Dramaturgie est plus que jamais un ouvrage à conseiller à tous ceux qu’intéresse l’écriture d’un film, donc en premier lieu aux lecteurs de L’Avant-Scène Cinéma, confrontés chaque mois directement à cette problématique fondamentale. Après le décorticage vient la fabrication : Construire un récit se présente comme un véritable guide du savoir-écrire dans lequel l’auteur bouscule son lecteur et pousse l’apprenti-scénariste dans ses ultimes retranchements à travers des chapitres intitulés « Soyez féroce avec votre protagoniste » ou « Faites participer le spectateur », en abordant à la fois le cinéma et la télévision. Troisième opuscule, mais non des moindres, Évaluer un scénario s’adresse plus spécifiquement à ceux qui consacrent leur vie à lire des scripts, que ce soit pour les retravailler ou pour leur accorder des subventions. Fort de son expérience personnelle de Script doctor, Lavandier se garde bien de donner des leçons, mais il ouvre des pistes et énonce quelques vérités fondamentales. De là à savoir s’il sera suivi… J.-P. G. 

La Dramaturgie / Construire un récit / Évaluer un scénario, par Yves Lavandier, Le Clown et l’Enfant, 550, 206 et 68 pages. 

Le Nouveau Cinéma israélien 

Depuis maintenant une dizaine d’années, ce qu’il est convenu d’appeler le Nouveau cinéma israélien a fait son apparition sur la scène internationale, dans les festivals comme dans les salles d’art et essai. On peut considérer que la Caméra d’Or attribuée à Cannes en 2004 à Mon Trésor de Karen Yedaya est le point de départ de ce mouvement et de cette reconnaissance. Ce petit ouvrage limpide d’Ariel Schweitzer est à la fois une synthèse et une introduction à ce riche courant cinématographique. Il est divisé en deux parties bien distinctes. D’une part, une compilation d’une dizaine d’entretiens, certains déjà anciens, effectués avec des cinéastes représentatifs de cette nouvelle génération (Karen Yedaya, Eran Kolirin, David Volach…). Auparavant, dans une première partie, Schweitzer en propose une analyse brève mais très éclairante, distinguant les principales lignes de force de cette cinématographie. Selon lui, ce sont ainsi le renouveau du féminisme, la libération du refoulé homosexuel, la découverte des territoires périphériques (c’est-à-dire non centrés sur Tel Aviv), les fractures sociales en Israël, les traumatismes des conflits et des situations de guerre, ainsi que le retour du religieux en tant que fait de société incontournable dans un état qui se proclamait moderne et laïc. C’est en particulier dans le rapport de ce nouveau cinéma à la société israélienne que l’éclairage de Schweitzer est le plus intéressant. Il rappelle ainsi sur quels terrains s’est fondé ce nouveau cinéma : la vision officielle machiste et virile de l’homme israélien, les injustices sociales, la discrimination anti-séfarade, etc., sans oublier certains genres cinématographiques nationaux peu connus contre lesquels ce cinéma s’oppose. La difficulté actuelle du cinéma israélien est résumée par Avi Mograbi dans sa préface. D’un côté, soutenu en grande partie par des financements étrangers, le nouveau cinéma israélien est dépendant de fonds et de chaînes qui ont tendance à privilégier une image médiatique simpliste ou réductrice (l’armée, les territoires occupés, la Shoah). De l’autre, les organismes nationaux voient d’un oeil de plus en plus méfiants ces films critiques, engagés et citoyens auxquels il est reproché de donner une mauvaise image d’Israël. De fait, ces deux critiques avaient déjà été lancées par une partie du public comme de la critique lors de la présentation de Mon Trésor à Cannes… Laurent Aknin 

Le Nouveau cinéma israélien, par Ariel Schweitzer, préface d’Ari Folman, Yellow Now / Côté cinéma. 173 pages 

Alain Resnais 

À ceux qui croyaient avoir tout lu ou tout vu du doyen des réalisateurs français encore en activité, on ne pourra que conseiller cet album où le texte et l’image se répondent en miroir. Derrière le superbe portrait de Resnais exécuté par Floc’h, le dessinateur des affiches de ses films (et parfois aussi des affiches françaises de films de Woody Allen), qui illustre la couverture, se cache un ouvrage dense où la filmographie du cinéaste est suivie d’une série d’entretiens avec ses principaux collaborateurs ou plutôt sa garde rapprochée. Ils ont pour point commun de porter des regards variés sur un homme et un artiste qu’on sait effacé, mais qui prend ici longuement la parole. Complémentaire du formidable Atelier d’Alain Resnais de François Thomas, qui avait naguère défriché le terrain, cet ouvrage de référence laisse en outre une large place à une iconographie élégamment mise en page, qui va bien au-delà des habituelles affiches et photos de films, puisant dans les archives personnelles de Resnais, des documents de travail et même des images d’actualité. Bref, il joint l’utile à l’agréable pour dresser un portrait pointilliste de cet artiste primesautier dont le dernier film s’intitule Aimer, boire et chanter. Comme la profession de foi d’un hédoniste. J.-P. G. 

Alain Resnais, par Jean-Luc Douin, Éditions de la Martinière, 284 pages 

aimer-boire-et-chanter

La Guerre d’Hollywood 

C’est un pan tout entier de l’effort de guerre cinématographique que dévoile cet album richement illustré qui paraît simultanément à la diffusion du documentaire télévisé homonyme. Hormis une rétrospective organisée au Festival d’Amiens il y a une vingtaine d’années autour du cinéma de propagande, et quelques titres édités en DVD dans la fameuse collection RKO des Éditions Montparnasse, on n’a que très rarement accès à ces films qui ont perdu une bonne partie de leur raison d’être, une fois extraits de leur contexte patriotique, à quelques exceptions près, qu’il s’agisse du Dictateur ou de To be or not to be. D’un côté, il y a ces comédies romantico- musicales où des artistes en uniforme crient leur amour de la partie, parmi lesquels la fine fleur du gotha hollywoodien. De l’autre, il y a ces séries B dans lesquels de courageux citoyens affrontent au péril de leur vie des Allemands vicieux et surtout de fourbes Japonais, le plus souvent campés par des acteurs américains dont on avait bridé les yeux, la communauté nippone ayant été placée sous haute surveillance dans des camps de concentration sur le territoire même des États-Unis. Michel Viotte a effectué un travail tout à fait remarquable dont l’une des vertus collatérales est de donner envie de (re)découvrir ces films devenus rarissimes, autrement qu’à travers des extraits. J.-P. G. 

La Guerre d’Hollywood, 1939-1945, Propagande, patriotisme et cinéma, par Michel Viotte, Éditions de la Martinière-France Télévisions, 236 pages 

Sebastiane 

L’édition de cinéma, dans son sens large, est parfois riche de paradoxes dans ses choix formels. On trouve ainsi régulièrement des DVD présentés en coffrets « collector », avec en bonus des livrets qui peuvent prendre la forme de véritables livres, souvent passionnants. À l’inverse, des livres proposent quant à eux des DVD inclus dans l’ouvrage, comme en simple supplément, alors qu’il peut s’agir d’un véritable petit événement. C’est le cas ici, dans ce remarquable petit volume qui offre la première édition française du film culte de Derek Jarman : Sebastiane (1975). Après une sortie commerciale confidentielle, ce film a ensuite connu une longue carrière souterraine dans des séances uniques, souvent le matin, avant de disparaître sans qu’aucune édition vidéo ne vienne le faire redécouvrir. Il ne restait dans les mémoires et les archives que comme le célèbre « péplum gay » entièrement parlé en latin, cas unique dans l’histoire du cinéma avant que Mel Gibson ne renouvelle l’expérience pour son horrible Passion. Il s’agit donc ici d’un véritable petit événement. Le livre qui est donc accompagné par ce DVD est lui-même assez curieux. Au centre se trouve l’étude de Didier Roth-Bettoni sur le film et le réalisateur. Un texte dense, clair, qui démontre le postulat suivant : au-delà de sa célèbre singularité, Sebastiane est une matrice de toute l’oeuvre à venir de Derek Jarman (réalisateur, par la suite, de Jubilee, The Last of England, ou Edward II). Pour citer l’auteur : « Tout Jarman est déjà là, dans ce long métrage initial : le corps masculin et la démarche militante, la tradition et la transgression, la culture classique et la création ultra-contemporaine ». Mais cette analyse est elle-même encadrée par deux bonus. En introduction, une étude d’Yvan Quintin sur l’histoire et le mythe de saint Sébastien ; et, en fin de volume, la retranscription complète des dialogues en latin avec, en regard, leur traduction française. Un régal pour les amateurs ! L. A. 

Sebastiane, ou saint Jarman, cinéaste queer et martyr, par Didier Roth-Bettoni, ErosOnyx Éditions, 145 pages. 

L’Année des volcans 

Historien et journaliste au Point, François-Guillaume Lorrain est également romancier. Après avoir enquêté sur les enfants du cinéma, il livre aujourd’hui la chronique de deux tournages qui résument à eux seuls les rapports compliqués de l’Europe et d’Hollywood dans l’immédiat après-guerre : Stromboli de Roberto Rossellini et Vulcano de William Dieterle. Ces îles éoliennes ont en effet accueilli en 1949 deux équipes de cinéma qui ont en quelque sorte cristallisé une tragédie amoureuse : celle de la comédienne italienne Anna Magnani, volcanique égérie du néo-réalisme supplantée dans le coeur du réalisateur de Rome ville ouverte par la Suédoise Ingrid Bergman, avec qui il devait poursuivre son oeuvre. C’est l’éternelle opposition de la glace et du feu. En imbriquant ces deux aventures simultanées et en s’appuyant sur les témoignages de ses protagonistes et la biographie de Rossellini par Todd Gallagher, ce roman foisonnant dresse le portrait d’une époque chaotique où les cratères en éruption symbolisent l’ébullition. Comme en écho à une réalité cruelle, l’histoire du cinéma a depuis séparé le bon grain de l’ivraie. Stromboli figure parmi les oeuvres majeures de Rossellini et constitue un rebond dans la carrière vacillante de Bergman, alors que Vulcano a sombré dans l’oubli et a contribué à ternir l’étoile d’une femme blessée : la Magnani. On aimerait d’ailleurs que le film de Dieterle sorte enfin de son purgatoire pour vérifier s’il méritait pareil traitement. L’Année des volcans est un roman foisonnant où tout sonne juste, des scènes de ménage homérique des amants romains aux états d’âme d’un couple condamné à la clandestinité. J.-P. G. 

L’Année des volcans, par François-Guillaume Lorrain, Flammarion, 386 pages. 

Les Classiques du cinéma bis 

Cent fois sur le métier Laurent Aknin a remis son ouvrage, et personne ne s’en plaindra. Car son Classiques du cinéma bis est à son tour devenu un classique de l’édition. La nouvelle mouture est une version augmentée de la précédente, qui ne produit qu’un nombre limité de fiches nouvelles (une vingtaine), mais déplace les lignes. L’auteur l’annonce dans sa préface : l’édition précédente se terminait par un avis de décès du genre. Or la production mondiale de ces dernières années infirme le jugement. Le bis, tels les monstres de séries Z, renaît périodiquement de ses cendres. Certes les salles de quartier aux sièges pourris sont souvent devenues des agences bancaires ou des succursales de Franprix, certes certains genres survivent difficilement à un âge d’or qui s’éloigne peu à peu (le kung fu), mais l’esprit du bis demeure et parfois même s’étend au cinéma dominant, sous forme d’hommage énamouré (les films de Tarantino) ou même au premier degré. Le livre d’Aknin, comme tous ceux qui se présentent sous forme de dictionnaire, ne se lit pas d’une traite. Mais on vient y piocher, y picorer à tout bout de champ. Tous les sous-genres sont représentés (y compris quelques comédies franchouillardes qui n’auraient jamais pensé côtoyer les classiques du spaghetti western ou des films d’horreur), à condition qu’il y ait une transgression, un pas de côté si l’on préfère. Le signataire de ces lignes, faut-il l’avouer, n’a vu qu’une petite partie des films recensés (on ne peut pas tout voir), mais le livre suscite bien des démangeaisons de rattrapage…  Y. A. 

Les Classiques du cinéma bis, par Laurent Aknin, Nouveau Monde Editions, 572 pages. 

Matrix 

Presque quinze ans après la sortie du premier épisode de la trilogie, l’onde de choc Matrix ne s’est pas encore estompée. D’abord parce que la société décrite par le film, où les outils numériques sont utilisés pour contrôler des activités humaines, est plus que jamais d’actualité. Ensuite parce que les Wachowski, qui comptent désormais parmi les plus importants cinéastes hollywoodiens (Speed Racer et Cloud Atlas parlent d’eux-mêmes), ont imposé avec leur second film le modèle du « blockbuster conceptuel » où les scènes de destruction massive sont dotées d’une dimension réflexive (philosophique, théologique, politique…) ; une formule qui fait aujourd’hui la fortune critique de Christopher Nolan ou J.J. Abrams. Publié à l’origine dans la collection des Modern Classic du Bristish Film Institute, l’essai de Joshua Clover se concentre sur le premier épisode de la trilogie, refusant d’évoquer les suivants même lorsqu’ils permettraient d’améliorer son propos : il critique ainsi la naïveté de la victoire finale de Néo sur les machines, oubliant de préciser que celle-ci est justement remise en cause dans le film suivant, Matrix Reloaded. L’ouvragepropose sur plusieurs points une lecture intéressante du film, le replace dans son contexte socio-économique (la société post-industrielle de la fin du deuxième millénaire), explicite ses références (Jean Baudrillard, William Gibson), et le met en perspective avec des productions contemporaines (Matrix s’inscrit dans une série de films sur « les limites du construit » où, de Dark City à Truman Show, le héros découvre qu’il vit dans un monde artificiel ; on pourrait rajouter Fight Club et 6ème sens où la perception de la réalité est tout aussi trouble). Une approche essentiellement thématique peut-elle rendre compte d’une oeuvre d’art ? Évidemment non. En essayant de tout ranger dans des cases (la politique d’un côté, la philosophie de l’autre, les scènes d’action à peu près nulle part), Clover passe à côté de la richesse de l’art des Wachowski qui repose justement sur la création de relations entre des éléments a priori hétérogènes : les arts martiaux et les robots ne sont pas un prétexte à la réflexion mais bien la condition de possibilité de celle-ci. S. A. 

Matrix, par Joshua Clover, préface d’Olivier Séguret, G3j Éditeur. 145 pages 

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