L’Avant-Scène Cinéma, un magazine unique !

L’Avant-Scène Cinéma a vu le jour en 1961, autant dire il y a un millénaire. Si l’équipe qui fait vivre aujourd’hui la revue n’était pas présente lors de sa naissance, elle n’en est pas moins fière de perpétuer une tradition. Car l’Avant-Scène Cinéma n’est pas une revue comme les autres. C’est la seule au monde à publier de façon aussi régulière et systématique le scénario de films, parfois des grands classiques de l’Histoire du cinéma, parfois des films plus confidentiels mais qui nous sont chers.


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Publié le 20 mai, 2014 | par @avscci

Actu Livres – Avril 2014

Les Grandes Affaires judiciaires du Cinéma

Le monde judiciaire a maintes fois été représenté à l’écran, ne serait-ce que parce que la salle du tribunal est comme un théâtre où s’exacerbent les passions humaines en huis clos et que le déroulement d’un procès permet des rebondissements dramatiques d’une intensité rarement égalée. À certains moments de son histoire, Hollywood a même cédé à la tentation d’en faire un genre en soi, à l’égal du western ou de la comédie musicale. Mais ce n’est pas le sujet du livre de Jacques Zimmer (par ailleurs membre du comité de rédaction de l’ASC), qui traite exactement de son inverse. À savoir des affaires judiciaires dans lesquelles le monde du cinéma s’est trouvé impliqué. Cela étant posé, la matière est, on s’en doute, immense. L’auteur n’a pas cherché à finasser : il a abordé toutes les questions qui se rapportent au monde judiciaire les unes après les autres, sans jamais prétendre à l’exhaustivité. Comment l’aurait-il pu ? D’autant que nombre d’affaires n’ont jamais été jugées et que l’on se perd encore (sans doute pour longtemps) en conjectures. On ne sait rien, ou presque, par exemple de l’assassinat de Gérard Leibovici, agent des plus grands comédiens et figure centrale du milieu cinématographique.

Le lien avec le cinéma est-il avéré ? Jacques Zimmer est plus prolixe sur la mort de Thomas Ince, dont Kenneth Anger dans Hollywood Babylone dit qu’elle est due au fait que Randolph Hurst l’avait pris pour un autre : le magnat de la presse visait en fait… Charles Chaplin, qui était en train de courtiser Marion Davies, la maîtresse officielle du maître des lieux. Mais rien n’a jamais été prouvé et Citizen Hurst n’a pas été inquiété. Mais la légende est belle : elle a donné naissance à un film de Peter Bogdanovitch, pourtant beaucoup plus frileux quand Bob Fosse a voulu raconter dans Star 80 le meurtre de Dorothy Stratten par son mari, jaloux de sa liaison avec… Peter Bogdanovitch. Le livre de Jacques Zimmer est friand de tous ces faits divers, mais ceux-ci ne constituent que la partie immergée de l’iceberg.

Une montagne de glace (et de feu) où l’on trouve (en vrac et sans chercher de hiérarchie) l’épique lutte des auteurs pour faire valoir leurs droits, les chicaneries engendrées par le droit à l’image de personnalités connues (ou de quidams qui ne le sont pas), voire de corps constitués ou personnes morales (le recours des barbouzes du SAC contre Le Juge Fayard de Boisset, figure au Panthéon du genre), les problèmes de piraterie (vieux comme le cinéma lui-même, Méliès ayant été piraté de façon industrielle par Edison), les assauts de la censure, les affaires de moeurs (la carrière de Chaplin ou de Polanski aurait sans doute été différente si ces cinéastes n’avaient pas fait montre d’une certaine appétence pour les jeunes filles en fleur), etc. Bien entendu les tabous sont au coeur de l’ouvrage, puisqu’ils sont souvent prétextes à des drames auxquels les tribunaux ne sont pas insensibles. La folie furieuse de certains au moment de la sortie de La Dernière Tentation du Christ ou de  Maria indique que l’on n’aborde pas les sujets religieux sans y réfléchir à deux fois. Aujourd’hui les Monty Python ne pourraient plus faire La Vie de Brian. Et encore moins celle du voisin de Mahomet ! Autant dire que le sujet est loin d’être épuisé. À quand un tome 2 ?  Yves Alion 

Les Grandes Affaires judiciaires du Cinéma, par Jacques Zimmer, Nouveau Monde Editions, 288 pages.

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Casino d’hiver 

Sa vie est un roman, celui d’un garçon fasciné par les stars au point de leur consacrer sa vie. Dénicheur de futures vedettes, puis agent d’exception, Dominique Besnehard égrène ici les principales étapes d’une existence d’autant plus remplie qu’il l’a mise toute entière au service des autres. Cet homme de l’ombre passé dans la lumière, pour avoir effectué une centaine d’apparitions à l’écran (la plus notable dans À nos amours) et assuré la communication de la candidate à la présidence de la République Ségolène Royal, dont il ne s’est paradoxalement rapproché qu’après sa défaite, a le mérite de dire toute la vérité. Et si ce n’est pas rien que la vérité, c’est sans doute parce que Besnehard n’a que rarement la dent vraiment dure. Le générique de ce Casino d’hiver écrit à quatre mains avec Jean-Pierre Lavoignat est impressionnant. Mais quand on aime, on ne compte pas et Besnehard est de ces hommes dont le talent principal consiste à faire resplendir celui des autres et de se mettre à leur service. Sandrine Bonnaire, Béatrice Dalle et Juliette Binoche lui doivent tout ou presque. Chez Artmedia, ce fan de Sylvie Vartan et Line Renaud défend les intérêts de Marlène Jobert ou de Nathalie Baye, mais aussi ceux de Sophie Marceau et Christophe Lambert qu’il poussera à son insu dans les bras l’un de l’autre. Mais il évoque aussi ici la mort tragique de Marie Trintignant et la fin prématurée de Romy Schneider. Tout l’intérêt de ce livre bourré d’anecdotes réside dans la façon dont il chronique quatre décennies de cinéma français, Besnehard étant passé à la production et ayant initié avec succès le festival d’Angoulême. Toujours avec cette même passion pour les spectacles populaires qui l’incitaient naguère à mettre des notes aux pièces de théâtre qu’il allait voir. Comme pour mieux appréhender ce milieu dont il est devenu aujourd’hui un acteur majeur, avec un enthousiasme intact qui atteste de sa sincérité, présente à chaque page de ce livre passionnant.  Jean-Philippe Guerand 

Casino d’hiver, de Dominique Besnehard, avec Jean- Pierre Lavoignat, Plon, 484 pages. 

La Longue Marche 

À 84 ans, Mocky est devenu le râleur officiel du cinéma français, l’homme qu’on invite sur les plateaux télé pour donner son avis sur tout, mais trop rarement sur le 7è Art dont il est l’un des derniers électrons libres. Au point de prendre le maquis et de tourner aujourd’hui ses films sans se préoccuper qu’ils sortent ou non ailleurs que dans la salle qu’il programme et qu’il a baptisée avec humour Le Desperado. Après s’être raconté dans plusieurs livres bourrés d’anecdotes, Mocky répond cette fois aux questions de Noël Simsolo et se livre comme jamais auparavant dans une véritable partie de ping-pong dialectique. On en apprend davantage sur ses multiples projets avortés et cette énergie qui lui vaut désormais de tourner au rythme de deux à trois films par an, un luxe incroyable que ne peut s’offrir aucun autre de ses confrères, lui qui n’a besoin que de deux jours et demi pour mettre en boîte chaque épisode de sa désormais célèbre collection télévisée Mister Mocky présente dans laquelle a défilé une bonne partie du cinéma français. Loin de la langue de bois, Mocky ne ménage personne et ne dissimule aucun des obstacles qu’il a dû surmonter pour venir à bout de certains projets, quitte à devoir parfois y renoncer purement et simplement. Celui qui fut encaisseur pour Erich von Stroheim et Jules Berry, qui défila comme mannequin aux côtés de Clint Eastwood et qui fut stagiaire de Federico Fellini et Luchino Visconti, nous donne tout simplement ici une formidable leçon de cinéma que tous les aspirants réalisateurs seraient bien avisés de méditer.  J.-P. G. 

La Longue Marche, de Jean-Pierre Mocky, entretiens avec Noël Simsolo, Éditions Neige/Écriture, 226 pages. 

Un florilège de Joseph Losey 

Onze films (soit le tiers de l’oeuvre de Losey) figurent au sommaire de cet ouvrage qui mêle analyse et témoignages. Il s’agit à la fois d’une remarquable introduction à l’oeuvre de ce cinéaste devenu européen en raison du maccarthysme, mais aussi d’un ensemble très cohérent d’où émergent à la fois des thèmes et des obsessions articulés sous forme de cycles. Denitza Bancheva a le mérite de mêler des classiques comme The Servant (1963), Pour l’exemple (1964), Cérémonie secrète (1968), Le Messager (1970), Monsieur Klein (1976), Don Giovanni (1979), et des oeuvres aussi mésestimées que Gipsy (1957), Boom (1968) ou L’Assassinat de Trotsky (1972). En contrepoint, elle passe à la question des familiers du cinéaste qui ont le mérite de porter chacun un regard différent, en raison de leur fonction. C’est un véritable portrait chinois qu’elle nous propose à travers les témoignages de deux comédiens (Alain Delon et Laurent Malet), d’un chanteur (Ruggero Raimondi), d’un chef opérateur (Pierre-William Glenn), d’une monteuse (Marie Castro) et de son illustre exégète Michel Ciment (dont Le Livre de Losey reste une référence incontournable). Ce Florilège s’impose comme une introduction pertinente à l’oeuvre d’un cinéaste qui mérite d’être revisitée.  J.-P. G. 

Un florilège de Joseph Losey, par Denitza Bancheva, Éditions du Revif, 320 pages. 

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Ma vie de comique 

Ce livre publié aux États-Unis en 2007 s’y est vendu à 600 000 exemplaires. Il est vrai que le nom de Steve Martin y est indéniablement plus connu qu’en France, sa réputation ayant été façonnée par des sketches représentés sur des scènes de night-clubs et de salles de concert où avaient traîné leurs guêtres avant lui Mel Brooks, Woody Allen et tant d’autres, puis dans la célèbre émission télévisée The Saturday Night Live, inépuisable vivier de comiques qui a révélé depuis 1975 des natures telles que John Belushi, Eddie Murphy, Bill Murray, Adam Sandler ou Will Ferrell. Véritable bête de scène adepte de l’humour à froid, l’élégant pince-sans-rire Steve Martin reste l’inoubliable interprète des Cadavres ne portent pas de costard (1982), d’Un ticket pour deux (1987), du Plus escroc des deux (1988), mais aussi le successeur de Spencer Tracy dans Le Père de la mariée (1991) et celui de Peter Sellers dans La Panthère rose (2006). Ma vie de comique s’achève toutefois avec ses débuts à l’écran, mais constitue un témoignage de première main sur les coulisses du monde du spectacle américain. Et puis, Steve Martin témoigne de choses vues aussi passionnantes que ces dîners à la table du scénariste blacklisté Dalton Trumbo dont il avait dragué la fille sans même savoir qui elle était. Ma vie de comique est aussi la chronique d’une époque : celle de la Guerre du Vietnam et du vent de liberté né de l’utopie post-soixante-huitarde. À suivre…  J.-P. G.

Ma vie de comique, de Steve Martin, Capricci, 194 pages.

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