L’Avant-Scène Cinéma, un magazine unique !

L’Avant-Scène Cinéma a vu le jour en 1961, autant dire il y a un millénaire. Si l’équipe qui fait vivre aujourd’hui la revue n’était pas présente lors de sa naissance, elle n’en est pas moins fière de perpétuer une tradition. Car l’Avant-Scène Cinéma n’est pas une revue comme les autres. C’est la seule au monde à publier de façon aussi régulière et systématique le scénario de films, parfois des grands classiques de l’Histoire du cinéma, parfois des films plus confidentiels mais qui nous sont chers.


Critiques DVD La filles des prairies de George Sherman

Publié le 12 décembre, 2017 | par @avscci

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Actu dvd – Sept westerns

Que Sidonis parvienne à nous livrer de façon aussi régulière et soutenue son lot de westerns confirme que les films de Ford, Hawks, Walsh, Daves ou Mann ne constituent que la partie immergée d’un iceberg qui n’a pas fini de nous livrer ses richesses. Non pas que chaque lot soit uniquement constitué de chefs-d’œuvre ou de classiques indémodables, mais force est de reconnaître que l’union fait la force et que même certains films (très) secondaires enrichissent notre connaissance de ce genre-roi qui ne survit aujourd’hui qu’avec difficulté, et qui fait évidemment partie d’un grand Tout où l’on distingue sans mal l’âme de l’Amérique.

Au chapitre des légendes de l’Ouest : Calamity Jane, plusieurs fois représentée à l’écran. C’est avec une certaine sobriété qu’elle est ici interprétée par Yvonne de Carlo. Mais la cowgirl n’est pas la vedette de cette Fille des prairies (au titre trompeur), elle cède le pas à un jeune aventurier au visage poupin interprété par le transparent Howard Duff. Le film est assez surprenant en ce sens qu’il prend son temps et ne cherche pas à multiplier cavalcades et fusillades. Sam Bass n’est pourtant pas n’importe qui, c’est un peu le cousin oublié de Jesse James, qui en son temps suscita quelque ferveur. Mais le film ne lui rend que partiellement justice, qui semble davantage intéressé à peindre le quotidien d’un village de l’Ouest qu’à brosser une saga de légende. Les personnages y gagnent sans doute en humanité, mais le film y perd en vigueur…

Quarante fusils manquent à l’appel ne fait pas non plus partie des must du genre. Mais s’il manque parfois de punch, ce western tardif (1966) se révèle intrigant (la peinture qui est faite des Indiens ne correspond pas avec l’image davantage humaniste ayant cours dans les années 60) et pourtant parfois touchant. Il faut dire que c’est le dernier film avec Audie Murphy, dont on perçoit la fatigue. La trame n’est pas non plus sans saveur, qui prend fait et cause pour une patrouille de cavalerie chargée de réceptionner des caisses de fusils, confrontée à la trahison de certains de ses hommes qui s’emparent de la cargaison pour la revendre aux Indiens ! Alexandre Dumas aurait adoré…

Santa Fe d'Irving PichelSanta Fe est à ranger parmi ces westerns sympathiques, mais pour lesquels nous n’avons pas vocation à nous relever la nuit. Il peine à trouver un ton, donnant plutôt le sentiment de remplir un cahier des charges en enfilant tous les clichés du genre. Mais au fond l’ensemble n’est pas désagréable. D’abord parce que le héros est une nouvelle fois incarné par Randolph Scott, dont les personnages prennent à chaque film un peu plus de profondeur, au fur et à mesure que les rides se creusent. Ensuite parce que le film est signé par un réalisateur qui sait y faire : Irving Pichel n’est autre que celui qui a cosigné La Chasse du Comte Zaroff avec Ernst Schoedsack ! Enfin parce que le film montre (en filigrane) les retombées de la guerre de Sécession sur la psyché américaine.

Prisonnier de la haine (ou Le Retour du proscrit) porte quant à lui la signature d’un habitué des westerns, l’un des très grands de Hollywood tous genres confondus : Henry Hathaway. Mais le film risque de déconcerter ceux qui ont vibré à la vision du Jardin du diable ou de Cent dollars pour un shérif, Prisonnier de la haine étant, malgré la présence du totem John Wayne, davantage un drame rural (si tant est que le genre existe) qu’un western classique. Mais foin d’étiquettes : si le film est un peu raide, un peu trop écrit, il n’en réserve pas moins de très beaux moments de cinéma que n’auraient pas désavoué les sœurs Brontë. À sa manière le film offre quelques ressemblances quant à sa trame et à son atmosphère avec La Maison rouge de Delmer Daves (un autre roi du western), chroniqué ici même il y a deux mois.

Le déserteur de Fort Alamo de BoeticherRestons sur John Wayne. Le comédien a réalisé deux films, dont un western épique, Alamo, qui raconte cet épisode clé de l’Histoire (tourmentée) du Texas. C’est cette même page d’histoire que Budd Boetticher ouvre dans son Déserteur de Fort Alamo. Mais de façon beaucoup plus fantaisiste il faut bien l’avouer. Le réalisateur avait d’ailleurs déclaré lors d’une interview accordée à Bertrand Tavernier qu’il avait l’ambition de donner à son film des accents de comédie. Au final, il faudrait être fin limier pour les reconnaître ! Mais le film se voit avec grand plaisir, d’autant que nous nous attachons aux pas de Glenn Ford, un comédien dont il est difficile de se lasser. Celui-ci traverse le film en passant pour un couard, alors que ses raisons d’avoir quitté le fort assiégé par les Mexicains étaient inattaquables. On se demande simplement pourquoi il n’en fait pas part à ses contradicteurs… Mais la tension du film était au prix de cette incohérence, que nous passons rapidement par pertes et profits. Reste un western de très belle facture, même si Boetticher n’est pas encore parvenu au sommet de son talent (Comanche Station) ou si Glenn Ford fera davantage part de son humanité quelques années plus tard dans L’Homme de nulle part ou 3h 10 pour Yuma.

Charro ! de Charles Marquis Warren

Les deux derniers films de notre sélection sont plus récents, issus d’un temps où le western avait besoin des forceps pour sortir du ventre hollywoodien. Ils n’en sont pas moins réussis. Le premier, Charro, nous offre de découvrir un héros de western que nous n’avions pas l’habitude de rencontrer dans la région de Tucson (Arizona), où le film a été tourné : Elvis Presley. Rien n’interdit de sourire bien sûr à l’idée de retrouver le rocker adulé de tous sous les traits d’un ténébreux cavalier au passé trouble. Et pourtant… le créateur de Jailhouse rock n’a sans doute jamais été aussi bon que dans ce film qui jamais ne roule les mécaniques et se révèle au final porteur d’émotions. Nous sommes certes dans les années 60 et la mise en scène (influencée par les débordements du western spaghetti) s’en ressent. Mais sans pour autant gâcher notre plaisir…

Plaisir qui est également au rendez-vous de La Fureur sauvage. Le film est signé par un certain Richard Lang, qui n’est ni Fritz ni même Walter, mais qui parvient pour ce premier essai sur grand écran à nous faire prendre un grand bol d’air frais. Quelques mois après Jeremiah Johnson, et des années avant The Revenant, c’est effectivement la capacité de l’homme à survivre au sein d’une nature hostile (alors qu’il gèle à pierre fendre) qui est interrogée. Lang (et Charlton Heston, à qui le rôle principal a été confié) parviennent à marier une approche par moments quasi-documentaire avec quelques envolées lyriques et des moments de tension qui rendent l’ensemble un peu décousu mais assurent résolument le spectacle.

Comme d’habitude, les suppléments sont assurés par les commentaires de Patrick Brion (qui parvient à chaque fois à replacer les films dans le contexte de l’époque où ils sortent), à François Guérif (qui apporte de très nourrissantes précisions au CV de tous les intervenants des films) et bien sûr de l’irremplaçable Bertrand Tavernier, de loin le plus volubile, et qui se livre à une véritable leçon de cinéma. C’est le plus souvent passionnant. Même quand nous ne partageons pas tous ses engouements…

Yves Alion

La Fille des prairies / Quarante fusils manquent à l’appel / Santa Fe / Prisonnier de la haine / Le Déserteur de Fort Alamo / Charro / La Fureur sauvage
Sidonis

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