L’Avant-Scène Cinéma, un magazine unique !

L’Avant-Scène Cinéma a vu le jour en 1961, autant dire il y a un millénaire. Si l’équipe qui fait vivre aujourd’hui la revue n’était pas présente lors de sa naissance, elle n’en est pas moins fière de perpétuer une tradition. Car l’Avant-Scène Cinéma n’est pas une revue comme les autres. C’est la seule au monde à publier de façon aussi régulière et systématique le scénario de films, parfois des grands classiques de l’Histoire du cinéma, parfois des films plus confidentiels mais qui nous sont chers.


Critiques DVD Apocalypse Now de Francis Ford Coppola

Publié le 8 novembre, 2019 | par @avscci

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Actu dvd octobre 2019 – Apocalypse Now de Francis Ford Coppola

Francis Ford Coppola appartient à cette catégorie d’artistes démiurges qui considèrent n’en avoir jamais tout à fait terminé avec leur œuvre. Voici donc qu’il livre une nouvelle version d’Apocalypse Now (1979) qui entend mettre d’accord les diverses générations de ses adorateurs par la multiplicité des montages alternatifs qu’elle propose, sachant que lors de sa sortie initiale, en septembre 1979, la fin divergeait déjà entre la VF et la VO. Entre-temps, Apocalypse Now Redux (2001) a donné l’occasion au cinéaste de revoir sa copie en y intégrant quarante-neuf minutes d’éléments inédits. Reste que le monument semble résister à tous les traitements et qu’il s’agit là de l’aboutissement du rêve le plus fou du créateur de la trilogie du Parrain. À l’occasion du quarantième anniversaire du film qui a bien failli le rendre fou, Coppola livre une sorte de synthèse encyclopédique de son monument. Comme pour nous dire que nous avons désormais toutes les cartes en main pour pouvoir juger en pleine connaissance de cause. Reste à savoir où se trouve la vérité, ou plutôt sa vérité. On se souvient de George Lucas substituant à la trilogie initiale de Star Wars des versions alternatives « améliorées » en numérique ou de Steven Spielberg remplaçant purement et simplement la copie d’E.T. montrée en 1982 par une autre davantage en accord avec l’évolution des standards technologiques. Coppola nous donne au contraire le droit de choisir et démontre ainsi que plusieurs variantes d’une même œuvre peuvent cohabiter sans se nuire. C’est l’enseignement fondamental de ce travail d’orfèvre qui rend caducs les précédents par son ambition. Dans sa présentation, le réalisateur justifie d’ailleurs ce Final Cut par les progrès de la technologie et son envie, quarante ans après, de s’affranchir des contraintes du marché pour livrer enfin sa vision personnelle du film, quelque part entre les deux versions précédentes. Non seulement Apocalypse Now résiste au temps, mais son audace demeure d’une modernité saisissante. Là où l’on se souvenait surtout de quelques morceaux d’anthologie, la carcasse dramaturgique s’avère à toute épreuve. Rien n’y est gratuit ni complaisant. La folie que dépeint le film est le reflet fidèle de celle qui a gagné Coppola et son équipe perdus au bout du monde, comme ses principaux protagonistes, de Willard (Martin Sheen) à Kurtz (Marlon Brando) en passant par Kilgore (Robert Duvall), pour une sorte de parcours du combattant à l’issue incertaine. Il est facile a posteriori de juger le film indépendamment de son contexte créatif. Ce serait toutefois une grave erreur tant le in et le off sont ici étroitement imbriqués. Le réalisateur nous y invite personnellement en menant lui-même diverses conversations avec son scénariste, John Milius, dont il avait envisagé de confier le travail d’orfèvre à George Lucas, et le comédien Martin Sheen qui dit avoir trouvé son identité avec ce tournage éprouvant. Le producteur Fred Roos revient quant à lui sur le casting entrepris dès 1975. Figurent en outre un bon nombre de scènes coupées et de prises alternatives qui remplissent peu à peu les blancs de ce poème cinématographique. Tous ces bonus figuraient déjà dans l’édition dite « définitive » de 2010 qui se voit aujourd’hui reléguée au statut de provisoire. Avec ce nouveau montage plus équilibré, Coppola démontre surtout le caractère éternel de cette quête mystique qui a changé le cours de sa vie en le condamnant à une perfection implacable… qu’il n’a plus jamais atteinte depuis. Son génie a consisté à laisser sa narration s’imprégner des aléas d’une aventure qui déborde largement des limites habituelles du cinéma. Par exemple, quand Storaro décide de ne filmer Brando qu’en gros plans et en clairs obscurs… tout simplement parce que la production s’était révélée incapable de dénicher un uniforme de colonel à sa taille.

Jean-Philippe Guerand

Pathé Vidéo

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