L’Avant-Scène Cinéma, un magazine unique !

L’Avant-Scène Cinéma a vu le jour en 1961, autant dire il y a un millénaire. Si l’équipe qui fait vivre aujourd’hui la revue n’était pas présente lors de sa naissance, elle n’en est pas moins fière de perpétuer une tradition. Car l’Avant-Scène Cinéma n’est pas une revue comme les autres. C’est la seule au monde à publier de façon aussi régulière et systématique le scénario de films, parfois des grands classiques de l’Histoire du cinéma, parfois des films plus confidentiels mais qui nous sont chers.


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Publié le 7 novembre, 2016 | par @avscci

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Actu dvd octobre 2016 – 6 films français récents

Daniel Auteuil fait partie de ces comédiens qui tournent trop. C’est donc un plaisir de le retrouver dans un rôle digne de son talent, celui d’André Bamberski, un homme qui s’est battu pour que la justice force à comparaître celui qu’il considérait comme l’assassin de sa fille, Kalinka, le médecin autrichien Dieter Krombach qui s’était réfugié dans son pays pour échapper aux poursuites dont il faisait l’objet. Cette affaire criminelle, Vincent Garenq lui consacre avec Au nom de ma fille le dernier pan d’une trilogie qui lui a déjà valu d’évoquer deux autres affaires célèbres : Outreau dans Présumé coupable (2011) et Clearstream dans L’Enquête (2014). Il se concentre ici sur le combat d’un homme contre le système dans le but de faire éclore la vérité en se substituant à une justice défaillante lorsqu’il s’agit de punir au-delà des frontières. Mais Garenq n’est pas André Cayatte. Il n’idéalise jamais la justice et préfère s’attacher aux dysfonctionnements d’un système ankylosé, sans prôner à aucun moment la loi du talion en tant que telle. En prime : un documentaire intéressant intitulé De la bataille judiciaire au grand écran remet en perspective les enjeux de cette ténébreuse affaire qui pose clairement le problème d’une justice européenne unifiée.

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Les caractères de Vendeur sont sans doute moins sulfureux, ils n’en restent pas moins douloureux. Soit un père et son fils, qui ont en commun de vendre des cuisines équipées à travers la France, des bonimenteurs patentés qui roulent un peu les mécaniques pour ne pas avoir à s’avouer que la vie sur les routes est avant tout synonyme de solitude. Le réalisateur s’est attaché à ces êtres que le cinéma fréquente peu. Visiblement il n’aime rien tant que d’explorer la France profonde, à l’instar de Raymond Depardon, dont le dernier film, Les Habitants, nous en dit long sur ce que nous sommes devenus. Desclous n’en est d’ailleurs pas à son coup d’essai. Si Vendeur est son premier long, le DVD nous offre de (re)voir les deux courts métrages qui l’ont précédé : Le Monde à l’envers, qui voyait une femme d’un certain âge, caissière de supermarché, plaquer son boulot sur un coup de tête parce qu’elle ne supportait pas d’avoir à mettre un bonnet pour Noël. Question de dignité. Et Mon héros, qui voyait la rencontre d’un accompagnateur d’investisseurs chinois et d’un distributeur de prospectus.

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Louis-Ferdinand Céline, lui, était clairement un salaud. Mais c’était aussi un très grand écrivain. C’est sur cette ambivalence que le film d’Emmanuel Bourdieu est construit, qui nous attache aux pas d’un admirateur américain qui va peu à peu déchanter au contact de l’écrivain, incapable de faire taire ses démons antisémites. Le film n’a pas besoin d’insister pour que nous mesurions son ignominie. Mais il vaut d’abord pour le jeu de ses acteurs. Denis Lavant, dans le rôle-titre frôle en permanence l’outrance, mais le danger du dépassement s’intègre parfaitement à la fragilité du film, en perpétuel (et volontaire) déséquilibre. Mais au-delà de son message premier, aveuglant, ce Louis-Ferdinand Céline nous frappe par la force de ses non-dits. Quelle pulsion suicidaire conduit notre homme à se rendre odieux alors qu’il attend de son visiteur le salut ? Quelle est la marge de compromis que ce dernier est prêt à accepter dans la fréquentation du diable ? Et surtout quels arrangements avec elle-même la femme de Céline (admirable Géraldine Pailhas) a-t-elle faits pour rester envers et contre tout le dernier rempart de la folie de son mari ? Dans le croisement des arrière-pensées et des pulsions contraires des trois personnages se situe toute la douleur du monde…

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Autant dire que nous sommes aux antipodes de l’univers très bling-bling de la pub dans lequel Beigbeder s’est longtemps investi. Avant de se tourner vers le cinéma, et railler ce qui jadis le nourrissait. L’Idéal a moins de traits communs avec son premier opus, L’amour dure trois ans, qu’avec le film que Jan Kounen avait adapté de l’un de ses romans, 99F. Mais pour dénoncer le cynisme et les faux-semblants de ce monde de grande vacuité, ce fils de pub emploie des moyens qui ne sont pas aux antipodes de ceux que ses cibles privilégient. Certaines images du film sont clairement de (très belles) images publicitaires. Mais il faut reconnaître que le dialogue fait mouche et que l’autodérision fonctionne parfaitement. Il n’y a aucune ambiguïté en la matière : le machisme répugnant de ceux qui considèrent les mannequins en devenir comme du bétail, l’arrivisme forcené de celles qui tiennent les rênes des entreprises de pub, le cynisme poseur de ceux qui ont tout su, tout vu, tout bu sont épinglés avec une rage égale.

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Que l’on nous permette de terminer nos emplettes au rayon du cinéma français d’aujourd’hui par le plus barré de tous : La Loi de la jungle. Dont les gags déjantés n’étonneront que ceux qui n’avaient pas vu le premier opus de l’auteur, Antonin Peretjatko, La Fille du 14 juillet. Les films du cinéaste sont vraiment à part, proposant un collage foutraque mixant à la va-comme-je-te-pousse toutes les formes possibles et imaginables de comique. La Loi de la jungle est sans doute moins fou que La Fille du 14 juillet, mais il est plus dépaysant, puisque l’action se déroule en Guyane, dont la forêt tropicale constitue un décors de rêve. Sauf pour les comédiens, si l’on en croit les bonus du DVD, qui insistent méchament sur l’inconfort de l’aventure. Mais c’est pour la bonne cause puisque nous rions de bon cœur. Se côtoient le burlesque le plus aérien (la scène de la queue à l’aéroport est un petit bijou que n’aurait pas renié Tati), l’ironie la plus féroce (la description du pouvoir, de ses ors et de son absurdité nous fait regretter que Groucho Marx ait été empêché pour participer à l’aventure) et les gags les plus potaches (dignes des films de Max Pecas ou des comédies italiennes de bas étage). Au final, si nous marchons, c’est à la fois que nous ne sommes pas bégueules et parce que le rythme de l’ensemble est suffisamment rapide pour nous empêcher de reprendre notre souffle.

affiche-je-ne-suis-pas-un-salaud-emmanuel-finkiel Je ne suis pas un salaud partage avec le film précédent de nous confronter à des questions morales. Le personnage principal est un homme qui en veut à la terre entière. Jusqu’au jour où il est agressé par un voyou. La police lui présente un suspect, qu’il se presse d’incriminer. Alors qu’il sait pertinemment que celui-ci est innocent. C’est sur ce mensonge qu’il va peu à peu recoller les morceaux de sa vie affective et professionnelle. Nous le voyons se noyer peu à peu dans les eaux boueuses de son ressentiment en espérant qu’un sursaut pourra retourner la situation… Il n’y a rien de plus difficile que de défendre un personnage qui n’a pas lui-même envie de l’être. Emmanuel Finkiel a réussi une gageure, son film est magnifique.

Yves Alion et Jean-Philippe Guerand

Au nom de ma fille Studiocanal
Je ne suis pas un salaud BAC Films
Louis-Ferdinand Céline Paradis Films
Vendeur BAC Films
L’Idéal Orange studio
La Loi de la jungle Orange Studio

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