L’Avant-Scène Cinéma, un magazine unique !

L’Avant-Scène Cinéma a vu le jour en 1961, autant dire il y a un millénaire. Si l’équipe qui fait vivre aujourd’hui la revue n’était pas présente lors de sa naissance, elle n’en est pas moins fière de perpétuer une tradition. Car l’Avant-Scène Cinéma n’est pas une revue comme les autres. C’est la seule au monde à publier de façon aussi régulière et systématique le scénario de films, parfois des grands classiques de l’Histoire du cinéma, parfois des films plus confidentiels mais qui nous sont chers.


Critiques DVD Dainah la métisse Jean Gremillon

Publié le 1 octobre, 2018 | par @avscci

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Actu dvd oct-nov 2018 – Trois films français des années 1930

Deuxième long métrage parlant de Jean Grémillon (qui a refusé de le signer), Daïnah la métisse (1932) reste l’un des grands films martyrs d’un cinéaste réputé maudit dont certains critiques sont allés jusqu’à comparer la thématique avec celle d’Othello de William Shakespeare. Cet inconditionnel des bâtisseurs de cathédrales y exprime sa conception personnelle du cinéma en reprenant à son compte les quatre éléments de la philosophie présocratique : l’eau, l’air, la terre et le feu. Selon le maître de conférences Philippe Roger, en rupture assumée avec ses contemporains, Grémillon professe le réalisme magique en tant que moyen de connaissance de la réalité, notamment à travers son traitement particulier du son et son utilisation de la musique. Geneviève Sellier dissèque pour sa part les diverses composantes de ce film fantôme qui a conservé une bonne part de son mystère et dont l’affiche reflète la complexité. À l’image de ce bal masqué inspiré formellement par la peinture de James Ensor qui se résumait à une seule ligne dans la nouvelle originale de Pierre Daye. Charles Spaak a jugé bon d’y ajouter un dénouement plus moral que l’original afin de dénoncer le racisme des Blancs qui incitera la Gaumont à mutiler le film et à le sortir en catimini. Des séquences commentées permettent d’en savoir plus, les images amputées, malheureusement toujours portées disparues, prêtant à de multiples conjectures.

Jenny (1936) est le premier long métrage de Marcel Carné, ex-critique et assistant qui passe à la réalisation dans le contexte économique troublé du Front Populaire et y rallie la cause du réalisme poétique avec la complicité de Jacques Prévert, qui venait tout juste de dialoguer Le Crime de monsieur Lange de Jean Renoir et adapte ici un roman de gare anodin de Pierre Rocher. Il fait appel à des interprètes chevronnés qu’il a l’avantage de connaître, mais qu’il trouvera trop âgés pour leurs rôles, parmi lesquels Françoise Rosay – l’épouse du réalisateur Jacques Feyder auprès de qui Carné a appris son métier à partir de 1928 et dont un portrait figure en complément de cette version restaurée Jenny –, mais aussi Albert Préjean et Charles Vanel. À leurs côtés figurent plusieurs acteurs qui vont bientôt compter parmi ses fidèles, à commencer évidemment par Jean-Louis Barrault dans le rôle du comptable bossu Dromadaire. Un documentaire intitulé Marcel Carné, la chance du débutant revient d’ailleurs sur les multiples enjeux de ce baptême du feu hanté par la solitude qui présente la particularité de débuter et de s’achever par une rupture. Il sortira tout juste un mois après le trentième anniversaire de son réalisateur et tiendra l’affiche en exclusivité pendant six semaines avant de figurer parmi les trois œuvres présélectionnées pour le premier Prix Louis Delluc avec deux films de Renoir dont Les Bas-fonds, qui l’obtiendra.

Loin de compter parmi les films les plus réputés de Max Ophuls, Sans lendemain (1938) est une œuvre qui mérite cependant d’être réévaluée, ne serait-ce que pour la maestria avec laquelle le metteur en scène dirige son actrice principale. Le documentaire Blanc comme neige questionne l’historien Vincent Amiel sur les diverses facettes de ce mélodrame qui suit la déchéance d’une mère courage campée par Edwige Feuillère au tournant de sa carrière, en transgressant les règles du réalisme poétique, alors fort en vogue, au profit du contexte social. Cette descente aux enfers parfois vertigineuse est en effet indissociable du travail sur les clairs obscurs ciselés par le chef opérateur Eugen Schüfftan qui inscrit les protagonistes au cœur d’un authentique théâtre d’ombres où l’attention du spectateur est orientée vers un accessoire ou un décor, parfois au détriment des acteurs, avec des coquetteries esthétiques comme ces plans cadrés de biais pour refléter le déséquilibre réel auquel succombe cette chanteuse de cabaret en qui on peut reconnaître une ébauche de l’héroïne de Lola Montès.

Jean-Philippe Guerrand

Daïnah la métisse / Jenny / Sans lendemain Gaumont Vidéo

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