L’Avant-Scène Cinéma, un magazine unique !

L’Avant-Scène Cinéma a vu le jour en 1961, autant dire il y a un millénaire. Si l’équipe qui fait vivre aujourd’hui la revue n’était pas présente lors de sa naissance, elle n’en est pas moins fière de perpétuer une tradition. Car l’Avant-Scène Cinéma n’est pas une revue comme les autres. C’est la seule au monde à publier de façon aussi régulière et systématique le scénario de films, parfois des grands classiques de l’Histoire du cinéma, parfois des films plus confidentiels mais qui nous sont chers.


Critiques DVD La Mélodie du Bonheur de Stuart Heisler

Publié le 19 janvier, 2018 | par @avscci

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Actu dvd – Neuf Classiques du cinéma américain

Les films dont il va être question maintenant ont en commun d’être des produits de la machine à rêves hollywoodienne. Mais ceci étant posé, il ne faut pas chercher d’autres points de convergence, que ce soit sur le plan thématique, temporel ou sur celui de leur place dans l’Histoire du cinéma…

Commençons donc par celui qui nous semble le plus dispensable, La Fille des boucaniers (Frederick de Cordova, 1950). Un pur divertissement pour petits et grands, une gâterie en Technicolor, un film de pirates plutôt consensuel, avec Yvonne de Carlo en belle aventurière qui fait tourner les têtes. Le cliché règne en maître et on a un peu l’impression de voir sur l’écran les décors du « Pirates des Caraïbes », attraction vedette de Disneyland. Mais pour qui est prêt à se laisser porter, le charme opère. D’autant qu’à y regarder de plus près, le film s’avère gentiment subversif, qui défend les rebelles au détriment des possédants. Reste qu’en ce domaine, l’absence d’Erroll Flynn est toujours dommageable…

Également un peu kitsch, et carrément vintage, Klondike Annie, signé Raoul Walsh (1936). Si le cinéaste fait partie des grands de l’âge d’or d’Hollywood, admettons que ce film ne fait pas partie de ceux qui l’ont porté au pinacle. Mais Klondike Annie a du charme, c’est une comédie efficace, et somme toute raisonnable compte tenu du fait que c’est la toujours sulfureuse Mae West qui incarne le rôle-titre. Adapté d’une pièce écrite par la comédienne elle-même au début des années 20, le film met en scène une chanteuse de beuglant qui se fait passer pour une missionnaire… Certaines scènes nous régalent, les minauderies un rien canailles de la comédienne restant d’anthologie. La censure de l’époque y trouva d’ailleurs à redire…

Pilotes de chasse de William WellmanQue l’on nous permette néanmoins d’être plus sensibles au sex-appeal de Gene Tierney, qui reste contre vents et marées l’une des plus séduisantes comédiennes que le cinéma ait portées. Nous n’avons d’yeux que pour elle dans Pilote de chasse (William Wellman, 1942), et la scène où elle apparaît en maillot de bain (après avoir ôté sa combinaison de pilote), en sortant d’un réservoir où elle faisait trempette est clairement d’anthologie. Reste que cette histoire de pilote qui tombe amoureux de la femme de celui qui le forme n’est pas d’un intérêt vibrant. Le film est quand même signé par William Wellman, pour qui les acrobaties aériennes n’ont jamais eu de secret, et le Technicolor est un pur enchantement. Pilote de chasse date de 1942. Autant dire que derrière sa frivolité, c’est aussi un film de propagande dont l’armée de l’air ne tire évidemment que des louanges.

Au milieu des années 70, est apparu un genre supposé régénérer Hollywood en distillant des émotions fortes : le cinéma catastrophe. Aux scénaristes de puiser leur inspiration dans des faits divers ou des tragédies King Size, de sélectionner un échantillonnage humain significatif (moyen habile d’aligner des noms prestigieux sur une affiche) et d’orchestrer une tragédie, ses prémices et ses conséquences, avec une prédilection marquée pour les moyens de transport, propices aux huis clos, du paquebot de Terreur sur le Britannic (1974) de Richard Lester au dirigeable de L’Odyssée du Hindenburg (1975). Ce dernier appartient en outre à la veine historique de ce sous-genre et a été confié en tant que tel à un technicien émérite, Robert Wise, souvent affecté à ce type de mission. Magnifiquement remastérisé, le film respecte son cahier des charges et témoigne d’une indéniable efficacité tant narrative que technique. Il est accompagné pour l’occasion de commentaires du toujours pertinent Olivier Père qui mettent en perspective cette entreprise et lui confèrent un prestige imprévu par la personnalité de son exégète. Il souligne ainsi les spécificités du metteur en scène qui choisit de filmer la catastrophe proprement dite en noir et blanc, afin d’y intégrer plus naturellement des images et même un enregistrement sonore d’archive.

Cela étant dit, cette vogue du film-catastrophe avait connu quelques beaux précédents. Avec La Mousson, par exemple. Une première adaptation du livre de Louis Bromfield avait vu le jour en 1939, Clarence Brown étant aux manettes. Mais c’est la version de Jean Negulesco (1955), qui nous intéresse ici. Une version beaucoup plus spectaculaire, en scope et en Technicolor, avec des décors somptueux, mais peut-être moins subtile que le film de Brown pour ce qui est de la description des personnages. Ce ne sont d’ailleurs pas les mêmes qui se taillent la part du lion d’un film à l’autre. Ici c’est clairement Lana Turner, croqueuse d’hommes sans scrupules qui est sur le devant de la scène. Elle séduit sans grand effort un proche du maharadjah qui l’accueille en son palais, qu’incarne Richard Burton. Mais toute la mise en place ne vaut bien sûr que par les scènes finales, qui voient les eaux déborder du lit du fleuve et engloutir le palais, offrant aux différents personnages l’occasion de se transfigurer.

Tout le monde connaît La Mélodie du bonheur (1965) de Robert Wise. Mais qui se souvient du film homonyme réalisé en 1946 par Stuart Heisler sous le titre original de Blue Skies ? C’est cette comédie musicale en couleur qu’exhume aujourd’hui un éditeur cinéphile, soucieux de réparer certains oublis criants des Majors dans ce domaine où les titres en déshérence sont légion. Les spécialistes y apprécieront de voir réunis dans le même film Fred Astaire et Bing Crosby (pour la deuxième fois après L’amour chante et danse de Mark Sandrich, en 1942) dans un vibrant hommage à un paradis aujourd’hui perdu. Et comme un bonheur vient rarement seul, le film est accompagné de deux bonus remarquables. D’abord, Let’s Dance (2009), un documentaire des sœurs Clara et Julia Kuperberg qui donne la parole à deux figures mythiques du musical en la personne de Cyd Charisse et surtout du chorégraphe Hermes Pan, un homme de l’ombre dont l’influence fut considérable à Broadway comme à Hollywood. Ensuite, l’enregistrement d’une émission radiophonique de Thierry Lebon diffusée en 2014 sur TSF Jazz qui revient sur la prestigieuse carrière du compositeur Irving Berlin à travers des témoignages précieux et des standards éternels, à l’instar de l’immortel Puttin’ on the Ritz qu’interprète Fred Astaire dans cette Mélodie du bonheur à (re)découvrir impérativement.

Nous ne sommes pas non plus insensibles au charme d’Arabesque, que Stanley Donen réalisa en 1966, trois ans après Charade. Ayant consacré un numéro de l’ASC (643) à Charade, nous ne pouvons que louer la façon dont le cinéaste joue avec les faux-semblants, manipulant le spectateur avec gourmandise dans cette comédie policière à la mise en scène très sophistiquée. Mais nous sommes en 1966, en période pop… L’univers graphique du film s’en ressent. Ce qui n’ôte rien à la pétulance du couple Sophia Loren / Gregory Peck qui réussit presque à nous faire oublier les fulgurances de celui que formaient Cary Grant et Audrey Hepburn dans Charade.

Moins virevoltant, un film méconnu de John Huston, Freud passions secrètes (1962), dont l’écriture du scénario à elle seule a été d’une complexité rare (Jean-Paul Sartre ayant écrit un premier script, totalement intournable). Le film est évidemment un biopic du grand homme, mais Huston a choisi de ne pas compiler les scènes marquantes de sa vie pour mieux se concentrer sur le cheminement de sa pensée au moment où il découvre l’existence de l’inconscient. Construit comme un voyage initiatique, le film est porté par le jeu incandescent de Montgommery Clift, qui semble comme possédé. Éminemment didactique le film laisse néanmoins flotter une atmosphère d’étrangeté qui sert le propos et nous laisse admiratifs.

Rencontres du Troisième Type de Steven SpielbergRencontres du troisième type (1977) est à la fois l’un des plus célèbres films américains de son époque et l’un des plus énigmatiques par son symbolisme assumé et cette montagne obsessionnelle qui hante le personnage campé par Richard Dreyfuss, au point de la dessiner dans sa purée ou d’édifier un tas de sable dans sa cuisine. À l’occasion de son quarantième anniversaire, il fait l’objet d’une réédition dans un drôle de packaging qui permet de déclencher la célèbre musique de John Williams. Trois versions différentes du film sont proposées qui permettent de confronter l’originale avec l’édition spéciale et la Director’s Cut, Spielberg ayant réalisé à travers ces mutations l’un des grands fantasmes de son modèle et interprète François Truffaut lorsque celui-ci déclarait qu’il aurait aimé avoir la possibilité de perfectionner éternellement ses œuvres. À son habitude, le réalisateur s’est considérablement investi dans la contextualisation de ce film clé dont il dévoile les coulisses avec la pédagogie spécifique de ceux qui ont appris le cinéma en observant des œuvres à la loupe. Aux côtés des scènes supprimées et des comparaisons de story-boards qui figuraient déjà au menu des éditions précédentes viennent s’ajouter aujourd’hui de nouveaux bonus inédits parmi lesquels des vidéos personnelles de Spielberg et même des scènes coupées supplémentaires. On atteint là à une exhaustivité exemplaire… Jusqu’à l’édition du cinquantenaire ?

Yves Alion et Jean-Philippe Guerand

La Fille des boucaniers / Pilotes de chasse / La Mousson / Arabesque / L’Odyssée du Hindenburg ESC
Klondike Annie Universal / Hollywood classics
La Mélodie du bonheur / Freud passions secrètes Rimini
Rencontres du troisième type Sony Pictures Home Entertainment

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