Critiques DVD Parasite de Bong Joon Ho

Publié le 8 avril, 2020 | par @avscci

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Actu dvd mars/avril 2020 – Deux grands films du monde découverts à Cannes

Parasite est devenu en moins d’un an le film de tous les records. Ses quelque 250 trophées en font sans doute le long métrage le plus primé de toute l’Histoire du cinéma et ses quatre Oscars le plus grand succès de tous les temps pour un film coréen. Estimé depuis des lustres par les cinéphiles, Bong Joon-ho tourne pourtant le dos au cinéma de genre dans son septième long métrage et se livre à une attaque en règle des fondements mêmes de la société capitaliste à travers une variation sardonique autour de la dialectique du maître et de l’esclave dans laquelle une tribu de damnés de la terre se soulève contre des nantis abrutis par leur opulence. Un tel film se devait d’être choyé par son éditeur qui a vraiment mis les petits plats dans les grands en passant le film au crible de multiples approches. Stéphane Charbit et Stéphane du Mesnildot passent ainsi le film au crible de leur regard. Le plat de résistance consiste en la master class donnée par le réalisateur au festival Lumière. Il va de pair avec l’évocation de la genèse du projet par ce dernier et son interprète fétiche, Song Kang-ho, associé très en amont à sa réflexion, en l’occurrence cette fois dès 2014, ainsi que les autres interprètes recrutés par la suite. C’est sans doute ce temps de gestation inhabituel qui explique la maturité du propos et la puissance de son engagement. Parasite est devenu ainsi l’emblème de son époque à travers sa reconnaissance universelle. Il semble loin le temps où Bong Joon-ho devait se tourner vers Netflix pour mener à bien Okja (2017) après avoir échoué à s’acclimater en terre hollywoodienne avec son adaptation de Snowpiercer (2013). A posteriori, on réalise qu’il ne s’agissait en fait là que de deux préludes à ce Parasite qui a littéralement contaminé la planète. En prime également : les coulisses du doublage. Réjouissons-nous que, pour une fois, un grand film récent bénéficie d’un traitement éditorial à sa démesure.

Bacurau de Kleber Mendoça Filho et Juliano DornelleDifficile de dissocier Bacurau du contexte politique brésilien consécutif à l’élection du populiste Jair Bolsonaro. Après le magistral Aquarius (2016) qui traitait de la spéculation immobilière à Recife, le réalisateur Kleber Mendonça Filho s’est associé avec son décorateur Juliano Dornelles pour une œuvre visionnaire qui dépeint la résistance contre le pouvoir central d’une sorte de village d’Astérix du sertão littéralement rayé de la carte dans un futur aussi proche qu’indéterminé. La parabole est puissante mais parfois nébuleuse. Elle convie à son chevet des références comme Carpenter, Miller ou Peckinpah, tout en jouant avec la riche mythologie des zombies. Un entretien d’Olivier Père avec les réalisateurs permet de cerner plus précisément les véritables enjeux de ce film inclassable couronné du Prix du jury au dernier Festival de Cannes. Il est en outre accompagné de Recife Frio (2009), un court métrage documentaire parodique de Kleber Mendonça Filho qui traite du réchauffement climatique en confirmant la maestria de ce virtuose engagé.

Parasite The Jokers
Bacurau Arte Video

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