L’Avant-Scène Cinéma, un magazine unique !

L’Avant-Scène Cinéma a vu le jour en 1961, autant dire il y a un millénaire. Si l’équipe qui fait vivre aujourd’hui la revue n’était pas présente lors de sa naissance, elle n’en est pas moins fière de perpétuer une tradition. Car l’Avant-Scène Cinéma n’est pas une revue comme les autres. C’est la seule au monde à publier de façon aussi régulière et systématique le scénario de films, parfois des grands classiques de l’Histoire du cinéma, parfois des films plus confidentiels mais qui nous sont chers.


Critiques DVD Les 5 Survivants d'Arch Oboler

Publié le 31 mars, 2018 | par @avscci

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Actu dvd mars 2018 – Sept films américains vintage et rares

Ce qui est bien avec le patrimoine, c’est qu’il est inépuisable. Le cinéma a désormais un âge vénérable, son héritage suffit à nourrir les cinéphiles les plus exigeants. Les sept films regroupés dans cette chronique ont en commun de porter une étiquette hollywoodienne. Mais sans appartenir à la catégorie des films de premier plan qu’il est interdit de ne pas avoir vus, Citizen Kane, Laura, La Chevauchée fantastique, etc. Ces sept films ont en commun de ne pas faire partie des incontournables de leurs auteurs, voire d’émaner de cinéastes de second plan. Ils appartiennent qui plus est à des sous-genres qui n’ont pas toujours pignon sur rue. Ils n’en sont pas moins (dans l’ensemble) assez délicieux. Même Les 5 Survivants (Arch Oboler, 1951), qui n’est pourtant pas notre favori. Mais cette énième histoire de SF post-apocalyptique date de 1951, six ans après Hiroshima, en pleine guerre froide. Le film peut dès lors être vu comme le journal intime d’un pays en pleine parano. Un journal intime beaucoup plus sincère (et lucide) que s’il s’était agi d’un film de tout premier plan (tenu de ce fait au devoir de réserve). Le film nous entraîne donc sur les pas des cinq derniers humains après que l’espèce a (presque) été rayée de la carte. Quatre hommes et une femme qui divergent d’ailleurs assez vite sur la conduite à tenir… Compte tenu du budget (maigrichon), il ne faut pas s’attendre à une préquelle d’un quelconque blockbuster contemporain. Ce n’est d’ailleurs pas un monde détruit qui nous est donné à voir, mais plutôt un monde vide. Pour autant le film ne manque pas de force, notamment par la curiosité qu’il affiche pour ses personnages, avec lesquels nous sommes en communion. D’un pessimisme vertigineux, ce drame en apnée (et en noir et blanc) mérite en tout cas de ressortir des limbes où les lois du marché l’avaient plongées.

Au-delà de demain peut également se revendiquer du fantastique, mais dans une autre veine, celle du conte. Ce film d’Edward Sutherland (1940) annonce en effet La vie est belle, de Capra, tout en s’emparant d’un certain nombre des thèmes sociaux des films précédents du cinéaste. C’est bien là son plus grand problème, la comparaison ne lui étant évidemment pas favorable. Le film ne manque pourtant pas de charme, qui raconte l’histoire de trois philanthropes fortunés s’étant pris de passion pour deux jeunes gens dans le besoin. Mais les trois hommes meurent dans un accident d’avion et ce sont leurs fantômes qui vont désormais devoir mener les deux tourtereaux sur les chemins de la réussite. C’est naïf, c’est même un peu cul-cul la praline, voire franchement réac (les valeurs chrétiennes sont mises en avant de façon caricaturale), mais c’est fort plaisant. D’autant que les personnages sont campés avec beaucoup de soin et que les comédiens qui leur prêtent vie sont impeccables.

Le Fils du pendu (1948) est d’une toute autre ambition. Il faut dire que le film porte une signature prestigieuse, celle de Frank Borzage. En s’attachant à un personnage apparemment condamné par un destin peu généreux, le film fait preuve d’un expressionnisme délectable qui répond sans doute à des codes très balisés, mais sans que ce soit au détriment des personnages ni de leur passions. Il faut dire que Borzage n’a rien perdu de son génie quand il a franchi la frontière du parlant et qu’il transcende les clichés avec une aisance qui laisse pantois. La folie des hommes, l’amour comme rédemption et les impressionnants paysages nocturnes des marais dans lesquels chacun semble devoir se perdre sont comme les balises d’un mélodrame qui se revendique comme tel et jamais ne nous déçoit.

Bel exercice de style également que ce Carnaval des âmes (Herk Harvey, 1962), qui se complait dans l’étrange, le métaphysique, distillant un malaise permanent, d’autant plus prégnant que c’est par la mise en scène (le cadre, le jeu des lumières, etc.) que le metteur en scène installe son monde, et certainement pas par la munificence des moyens dont il dispose (on les devine modestes). En s’attachant à une jeune femme, survivante d’un accident où tout le monde (sauf elle) a péri, l’enjeu du film est clairement celui de la culpabilité, du salut et du vivre en société. L’usage du noir et blanc, la tentation baroque, la paranoïa ambiante nous entraînent du côté des premiers Polanski (Répulsion, Cul-de-sac) et sans doute également à la rencontre d’un George Romero, dont La Nuit des morts-vivants possède sans doute bien des éléments communs avec ce Carnaval des âmes (tout en allant beaucoup plus loin pour ce qui est de la métaphore politique).

Le Carnaval des âmes de Herk Harvey

Plus classique mais tout aussi classieux, L’Étrange Mr Slade (1953) nous ramène sur les terres de Jack l’éventreur dont il propose une énième mouture. Nous sommes d’autant moins dépaysés que la précédente version qui nous est tombée entre les mains date d’un mois seulement (cf Jack l’éventreur et Hangover Square dans nos chroniques du mois dernier). Hugo Fregonese ne va sans doute pas aussi loin dans l’expressionnisme que John Brahm, mais la trame de cet Étrange Mr Slade est de fait très proche de celle du film précédent (qui lui est antérieur de neuf ans). La principale différence réside sans doute dans la peinture du tueur. Laird Cregar était plutôt bien enrobé (ce qui nourrissait son sentiment de n’être pas comme les autres), Jack Palance est sec comme une lame. Mais tous deux partagent une étrangeté physique qu’ils utilisent avec gourmandise. Pour le reste, le film est des plus recommandables, même quand on en connait l’issue. Après tout, nombre de films se sont également attachés à nous raconter la vie de Jeanne d’Arc. Dont on sait pertinemment qu’elle fut brève et tragique !

Mais connaît-on la vie de Vidocq, qui fut chef de la police après avoir été bagnard ? Plusieurs films se sont attachés à décrire l’itinéraire romanesque du personnage. Mais personne ne l’avait fait avec la légèreté ludique de Douglas Sirk (alors aux antipodes des mélodrames majestueux qui feront sa gloire). Il faut dire que c’est à George Sanders, le plus élégant et le plus british des comédiens classiques que le rôle a été confié. Même quand il couche sur la paille humide des cachots, il ne perd pas une once de sa cette désinvolture qui passera pour du cynisme dans des films plus tendus. Ce que n’est pas ce Scandale à Paris, pochade inoffensive mais brillante. Plutôt que de nous enfoncer dans les ténèbres de l’Histoire, en ruminant sur notre inhumaine condition, nous sommes en effet invités à suivre un ludion infatigable que le Belmondo des années 70 se serait régalé à incarner. Le film est donc totalement rocambolesque, assez léger aussi (dans tous les sens du terme), mais le savoir-faire de Sirk et le charme de Sanders nous permettent de le visionner sans pousser le moindre soupir…

Le dernier film de notre panel est proposé par un autre éditeur, mais il mériterait amplement de figurer au milieu des DVDs précédents. Signé Felix E. Feist, Déluge, sans doute l’un des premiers films-catastrophe (un genre qui bourgeonnera sans retenue dans les années 1970) de l’Histoire du cinéma, est une production RKO, il date de 1933. C’est donc le jumeau de King Kong. Si la comparaison est évidemment à l’avantage du film de Schoedsack et Cooper, ce Déluge se voit avec un réel plaisir. Comme tout film du genre (qui a déjà trouvé ses marques), il se compose de deux parties. La première nous mène à la catastrophe (en l’occurrence une apocalypse météorologique), la seconde nous invite à suivre quelques survivants pour partager leurs difficultés et leurs espoirs dans un monde qui se dérobe… Autant le dire, les effets spéciaux étant assez sommaires, la première partie ne vaut pas tripette. Mais le film se rattrape par la suite, les personnages choisis pour alimenter la fiction se révélant tout à fait aptes à tenir tendu le fil dramatique. Ils dépassent et de loin de simples silhouettes dont le seul intérêt serait d’être balayés par les éléments. Se dessine même une vraie interrogation (avec ses relents religieux) sur notre avenir… À noter que l’on a cru longtemps que ce film avait disparu. Jusqu’à ce qu’une copie italienne ressurgisse (en 1981). Mais il a fallu attendre 2016 pour que l’on retrouve la bande-son d’origine. Le DVD est édité par nos amis de Lobster. Ce n’est pas la première fois qu’ils nous offrent de découvrir l’un de ces miraculés cinématographiques ! n Yves Alion

Les 5 Survivants / Au-delà de demain / Le Fils du pendu / Le Carnaval des âmes / L’Étrange Mr Slade / Scandale à Paris Artus Films
Déluge Lobster

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