L’Avant-Scène Cinéma, un magazine unique !

L’Avant-Scène Cinéma a vu le jour en 1961, autant dire il y a un millénaire. Si l’équipe qui fait vivre aujourd’hui la revue n’était pas présente lors de sa naissance, elle n’en est pas moins fière de perpétuer une tradition. Car l’Avant-Scène Cinéma n’est pas une revue comme les autres. C’est la seule au monde à publier de façon aussi régulière et systématique le scénario de films, parfois des grands classiques de l’Histoire du cinéma, parfois des films plus confidentiels mais qui nous sont chers.


Critiques DVD Fatima critique dvd

Publié le 29 mars, 2016 | par @avscci

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Actu DVD mars 2016 – Quatre films français récents

Film après film, Philippe Faucon a réussi à imposer une petite musique qu’il est quasiment le seul à faire entendre au sein du cinéma français. Une rengaine qui a gagné petit à petit en perception. Depuis L’Amour (1990), ce cinéaste discret né au Maroc a toujours nourri une affection particulière pour l’adolescence et ses tourments, qui s’est accompagnée en cours de route d’un questionnement en profondeur sur la société française dans toute sa diversité. Pour le cinéma comme pour la télévision, Faucon a toujours filmé des sentiments, souvent au féminin, avec une tendresse particulière pour ces gens ordinaires dont le cinéma parle peu ou mal. Avec La Désintégration (2008), cet observateur subtil de nos mœurs a aussi été l’un des premiers à montrer les ravages ordinaires que pouvait engendrer l’intégrisme dans des communautés de banlieue livrées à elles-mêmes qui se sont détachées de la République sans que quiconque s’en émeuve vraiment. Fatima, qui aurait pu tout aussi bien s’intituler… L’Intégration, est en quelque sorte l’alternative positive de cette chronique du désespoir ordinaire à laquelle les événements récents ont donné une réalité qui fait frissonner. Il s’y attache cette fois à deux filles de banlieue pour lesquelles leur mère s’est sacrifiée toute sa vie en faisant des ménages. Et, au moment où celles-ci se trouvent confrontées à leur tour à des choix déterminants, faute des mots pour le dire en français, elle décide de s’adresser à elles par écrit. Bouleversante confession d’une mère exemplaire confrontée à la fois à une lycéenne aussi effrontée qu’insouciante et à une aînée qui se bat pour entrer en médecine. La force de Faucon est de ne jamais juger ses protagonistes et de laisser le spectateur s’approprier son œuvre avec sa propre sensibilité. Chez lui, si morale il y a, elle ne dépend que du regard individuel de chacun. Le réalisateur s’en explique dans un entretien d’une vingtaine de minutes et nous livre des images des essais de ses trois interprètes, Soria Zeroual, Zita Hanrot et Kenza Noah Aïche. Mais le bonus le plus singulier s’intitule Making of. C’est un court métrage réalisé en 2009 par Faucon avec les stagiaires d’une compagnie théâtrale de Caen, dans le cadre d’une formation, qui résume assez bien les enjeux que représente la production d’un film, quel qu’il soit.

Le tout nouveau testament critique dvd films français

Le Tout Nouveau Testament pose également un certain nombre de questions ayant trait à notre identité. Mais il le fait on ne peut plus différemment. Étonnante carrière au demeurant que celle de Jaco van Dormael, élevé au rang de chef de file du jeune cinéma belge grâce à son premier long métrage, Toto le héros (1991), devenu un cinéaste populaire avec Le Huitième Jour (1996), puis traité comme un moins que rien parce qu’il a vu ses ambitions se fracasser dans Mr. Nobody (2009). Le Tout Nouveau Testament ressemble donc à bien des égards à une résurrection ou à un nouveau départ pour ce réalisateur narquois qui y manifeste autant d’audace que de culot. Benoît Poelvoorde y campe rien moins que Dieu, en l’occurrence un père de famille bruxellois minable qui décide de la marche de l’univers en pianotant sur un ordinateur, avant de se voir trahi par les siens… ou plutôt les siennes car il s’agit de sa fille et de son épouse. Catherine Deneuve, quant à elle, y coule le parfait amour dans les bras poilus d’un gorille macho dans un mix vaudevillesque de La Belle et la Bête et de Max mon amour. C’est bien simple, Jaco van Dormael ose tout et, même s’il ne fait pas mouche à tous les coups, il ne relâche jamais son effort. On est d’autant plus frustré que les différents modules proposés en suppléments s’avèrent aussi brefs. Outre un making-of assez convenu, Jaco van Dormael et Benoît Poelvoorde sont passés prestement à la question, les effets spéciaux étant évoqués en seulement quatre minutes montre en main. Reste l’essentiel : le film lui-même qui n’a pas fini de dévoiler ses secrets. Une future édition Collector comblera sans doute notre appétit de savoir et de comprendre.

Les deux amis critique DVD films français

Troisième volet de cette chronique française (même si le film précédent est quand même un peu belge), Les Deux Amis, le premier long métrage de Louis Garrel derrière la caméra. Un coup d’essai, qui se double d’une belle réussite. Ce Jules et Jim d’aujourd’hui ne cherche pas à nier une parenté avec la Nouvelle Vague, tant pour ce qui est de la trame (le va-et-vient amoureux de deux amis et d’une pétillante et intrigante jeune femme) que pour le ton (la liberté est omniprésente). Le film est accompagné d’un petit making of, mais surtout d’un court métrage autoproduit de Garrel, La Règle de trois, avec les trois comédiens principaux des Deux amis. Un banc d’essai des plus prometteurs…

Amnesia critique dvd film français

Last but not least, Amnesia, le dernier opus de Barbet Schroeder. Sans doute l’un de ses films les plus personnels, qui ne livre ses secrets que peu à peu. L’histoire est celle de la rencontre (très platonique) d’un jeune homme et d’une femme qui pourrait être sa mère et dont la légèreté n’est qu’apparence. La première moitié du film est une sorte de chronique ensoleillée (nous sommes à Ibiza) qui débouche dans la seconde partie sur des questions douloureuses, alors que nous comprenons que l’héroïne (admirable et trop rare Marthe Keller) a beaucoup de mal à se défaire du traumatisme originel de son identité allemande. Dans l’entretien avec Barbet Schroeder qui suit (effectué par un Philippe Rouyer toujours en verve), le réalisateur ne fait pas mystère du fait que cette femme est une incarnation de sa mère. Si l’on ajoute que la maison qui sert de cadre au film est celle que le réalisateur avait utilisée pour More, il y a près de cinquante ans, il devient évident que Amnesia n’oublie rien. Et qu’il laisse en nous des traces durables.

Jean-Philippe Guerand et Yves Alion

Fatima Pyramide Video
Le Tout nouveau testament Le Pacte
Les Deux Amis Ad Vitam
Amnesia M6 Vidéo

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