L’Avant-Scène Cinéma, un magazine unique !

L’Avant-Scène Cinéma a vu le jour en 1961, autant dire il y a un millénaire. Si l’équipe qui fait vivre aujourd’hui la revue n’était pas présente lors de sa naissance, elle n’en est pas moins fière de perpétuer une tradition. Car l’Avant-Scène Cinéma n’est pas une revue comme les autres. C’est la seule au monde à publier de façon aussi régulière et systématique le scénario de films, parfois des grands classiques de l’Histoire du cinéma, parfois des films plus confidentiels mais qui nous sont chers.


Critiques DVD Les desperados

Publié le 29 mars, 2016 | par @avscci

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Actu DVD mars 2016 – Cinq westerns

La nouvelle livraison de Sidonis nous régale. D’autant que les chefs-d’œuvre des spécialistes du western (de Ford à Mann, en passant par Daves) ayant été largement édités, ce sont à chaque fois des films plus fragiles, souvent méconnus, qui nous sont proposés. Et les bonnes surprises sont souvent au rendez-vous. Les quatre films du mois ont en commun d’avoir Randolph Scott en tête d’affiche. C’est beaucoup, ce comédien solide méritant de toute évidence d’être réévalué (même si on le voit essentiellement dans des séries B, certaines d’entre elles sont de toute beauté, notamment quand elles sont signées André de Toth ou Budd Boetticher), mais les films dont il est ici question sont différents les uns des autres.

Les Desperados, de Charles Vidor, ouvre le bal. Le film date de 1943, soit trois ans avant le chef-d’œuvre de son auteur, l’inoubliable Gilda, qui consacrera l’atomique Rita Hayworth. Le film possède bien des qualités, et le Technicolor rend justice aux magnifiques paysages. Le scénario est bien fichu, qui sans doute multiplie les stéréotypes du genre, mais il le fait avec une bonhomie communicative. Même s’il l’incontournable et picaresque bagarre dans le saloon n’était pas franchement indispensable. Mais quel casting ! Outre Scott, le film nous offre de découvrir Glenn Ford dans l’un de ses premiers rôles et de retrouver Claire Trevor en tenancière de saloon quatre ans après sa consécration dans La Chevauchée fantastique.

La vallée maudite

La Vallée maudite (George Waggner, 1947) a sans doute moins de flamboyance, mais il ne manque pas de charme. Le personnage interprété par Randolph Scott est un as de la gâchette qui s’est promis de ne plus se servir de son arme. Jusqu’au jour où… Cerise sur le gâteau : notre homme est entourée de deux femmes, des jumelles (ce qui n’est pas le cas des actrices qui les incarnent) aussi pétillantes que différentes.

ton-heure-a-sonne-affiche

Mais le chef-d’œuvre de cette fournée, c’est Ton heure a sonné (Ray Enright, 1948). Un coup de cœur inattendu, le réalisateur du film n’étant jamais passé pour un cador hollywoodien. Il n’en signe pas moins un film de toute beauté, un film très sombre qui prend par moments des allures de film noir, un film dont la vengeance est le moteur et qui jamais ne s’en distrait, un film d’une très grande sauvagerie (même si celle-ci s’exerce le plus souvent hors champ) qui offre en prime un « méchant » implacable autant que fascinant.

La dernière carte de ce carré gagnant a pour titre Les Aventuriers du désert. Une œuvre de jeunesse de John Sturges, à qui l’on doit quelques westerns restés dans les annales, tels que Règlements de compte à OK Corral ou Les Sept Mercenaires. Le film est inattendu dans le sens où ce n’est pas vraiment un western, puisque l’action est contemporaine de sa réalisation (1949). Mais les situations évoquent malgré tout les riches heures du genre, alors que nous assistons aux déchirements d’un groupe d’aventuriers (plus une femme pour pimenter les enjeux) déterminés à retrouver un trésor enfoui au milieu du désert. Un huis clos en plein air. Tout l’intérêt du film se trouve bien sûr dans la façon dont sont caractérisés les personnages et dans la cinégénie du désert (en l’occurrence la vallée de la mort, celle des Rapaces de Stroheim et de Zabriskie Point d’Antonioni). Une petite précision : Patrick Brion et Bertrand Tavernier continuent à nous abreuver dans les suppléments de ces quatre films de leur savoir et de leur passion du western. Il n’est pas interdit de commencer le visionnage par leur présentation, elle aiguise l’appétit…

le-cavalier-noir-afficheLe dernier film de la sélection est chez un autre éditeur. Une curiosité, ne serait-ce que parce que les westerns britanniques ne sont pas légion. Mais parmi ceux-ci, Le Cavalier noir (1961) fait figure de cas d’école pour les amateurs du genre, par sa façon de mettre en abyme des thèmes rarement abordés sous cette forme, notamment en jouant sur l’usage de la couleur noire. Au premier niveau de lecture, le film de Roy Ward Baker s’attache au combat sans merci que livrent un bandit athée et sa bande contre le nouveau curé d’un village mexicain. Au second degré, c’est la trouble fascination qu’éprouvent ces deux hommes l’un pour l’autre qui devient le moteur de leur affrontement. Ce sous-texte assumé explique que des comédiens comme Charlton Heston, mais aussi Richard Burton et Marlon Brando aient décliné les rôles qu’interprètent finalement deux acteurs anglais : Dirk Bogarde et John Mills. Quant au réalisateur, Roy Ward Baker, il prétexta ne pas être de religion catholique en conseillant à la production d’engager à sa place… Luis Buñuel. On imagine difficilement à quoi aurait pu ressembler cette histoire tournée en Espagne si elle avait été filmée par l’auteur sulfureux qui réalisait alors Viridiana. Cette édition DVD, la première à respecter le format d’origine du film à partir d’un master 16/9 propose en outre deux bonus : une interview de la comédienne Mylène Demongeot, qui y tient le rôle d’une femelle tentatrice, et une intervention très pertinente de Jean-François Giré, auteur d’un ouvrage consacré au western européen.

Yves Alion et Jean-Philippe Guerand

Ton heure a sonné / Les Desperados / La Vallée maudite / Les Aventuriers du désert Sidonis
Le Cavalier noir Rimini Editions

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