L’Avant-Scène Cinéma, un magazine unique !

L’Avant-Scène Cinéma a vu le jour en 1961, autant dire il y a un millénaire. Si l’équipe qui fait vivre aujourd’hui la revue n’était pas présente lors de sa naissance, elle n’en est pas moins fière de perpétuer une tradition. Car l’Avant-Scène Cinéma n’est pas une revue comme les autres. C’est la seule au monde à publier de façon aussi régulière et systématique le scénario de films, parfois des grands classiques de l’Histoire du cinéma, parfois des films plus confidentiels mais qui nous sont chers.


Actus persona

Publié le 20 mai, 2014 | par @avscci

Actu DVD – Mars 2014

Trois films majeurs d’Ingmar Bergman

Ne surtout pas se laisser abuser par des visuels sur lesquels les titres semblent écrits d’une main enfantine. Les trois films de Bergman restaurés figurent parmi ses oeuvres majeures, sinon les plus noires, mais nous parviennent ici dans un ordre un peu dispersé, accompagnées de livrets plutôt bien faits. Les Fraises sauvages (1957), La Source (1960) et Persona (1966) correspondent chacun à une période distincte de son oeuvre et en constituent trois sommets incontestables.

Le premier de ces opus a été réalisé la même année que Le Septième Sceau, évocation de la condition humaine à travers la partie d’échecs que se livrent un chevalier et la Mort, dont Woody Allen livrera d’ailleurs une savoureuse parodie dans Guerre et Amour. Ours d’or à Berlin, Les Fraises sauvages apparaît au contraire comme la version apaisée de ce combat inégal, mais aussi une réflexion abyssale sur le vide que nous laissons. Oscar du Meilleur film étranger, La Source est un conte d’apprentissage qui peut se voir comme une allégorie de la condition humaine, même s’il s’agit d’un des très rares films de Bergman dont il ait confié le scénario à une autre, en l’occurrence l’écrivaine Ulla Isaksson avec laquelle il avait déjà collaboré sur Au seuil de la vie. En filigrane de ce voyage initiatique dans un Moyen-âge barbare, en compagnie d’une jeune vierge et de sa servante enceinte, affleure le thème d’un autre chef-d’oeuvre que le cinéaste tournera une douzaine d’années plus tard : Cris et Chuchotements.

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Ce face à face entre deux femmes en annonce par ailleurs un autre : celui de la comédienne mutique et de l’infirmière de Persona qui finiront par ne plus faire qu’une dans ce qui reste comme l’un des plus beaux plans de toute l’histoire du cinéma. Deux figures majeures se mettent en place à cette occasion : la comédienne Liv Ullmann qui deviendra la muse de Bergman et l’île de Fårö sur laquelle il passera une bonne partie du reste de sa vie. Bizarrement c’est pourtant en bonus de La Source que figure un documentaire consacré à ce lieu mythique dont les paysages désolés serviront de refuge au cinéaste. Autres compléments intéressants, figurant sur celui des Fraises sauvages : le moyen métrage Jeu de rêves qui plaque sur le film une grille de lecture psychanalytique, ainsi qu’une (trop brève) interview de Bibi Andersson, une autre fidèle du maître. Les trois films ont en commun d’avoir leur découpage édité par L’Avant-Scène Cinéma. Persona dans le n°85, Les Fraises sauvages dans le n°331/332 et La Source dans le n°444. Les deux premiers sont épuisés.  Jean-Philippe Guerand

Les Fraises sauvages / La Source / Persona. StudioCanal

Trois westerns

Mois après mois, Sidonis complète son déjà très généreux catalogue dédié au western. Les films de Ford, Mann ou Peckinpah n’y figurent pas, ayant été préemptés en leur temps par d’autres éditeurs, et ce sont justement des westerns moins connus, parfois des séries B (mais pas toujours) qui nous sont offerts. Parfois des perles, parfois des nanars (rarement), mais dans tous les cas des films repères où se lisent les grandes heures d’un genre qui hélas ne se conjugue plus très souvent au présent. La dernière livraison porte sur trois titres des plus différents.

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Le Sang de la terre (Tap Roots) n’est d’ailleurs pas un western au sens propre, puisque l’action se déroule dans le Sud. Patrick Brion, qui comme toujours apporte dans les bonus un très utile complément d’information sur le film indique que le cousinage avec Autant en emporte le vent n’est que superficiel. Sans doute s’agit-il d’une question de dosage, mais force est de reconnaître que le souffle romanesque, les contradictions de classes, les amours impossibles et la déflagration de la guerre de Sécession sont aussi présents ici que dans le film de Fleming. Universal en son temps n’avait d’ailleurs pas rechigné à se réclamer de la fresque sudiste pour vendre ce Sang de la terre qui possède par lui-même bien des qualités. Notamment celle de mettre en lumière cette communauté de Lebanon, qui vit en autarcie et refuse de prendre part à la guerre de Sécession. Avant de se retrouver face à des contradictions insurmontables et de renoncer le coeur lourd à son pacifisme sans issue.

Bien différent est Quatre Tueurs et une fille, un western intimiste dans la lignée du Gaucher de Penn, qui s’intéresse aux capacités de rédemption d’un outlaw dont les penchants suicidaires sont contrés par l’amour d’une femme. Le film n’est pas exempt de naïveté, mais possède néanmoins plusieurs atouts. La façon dont est filmé le désir, qui s’exprime de façon frustre et sans ambages, l’érotisme qui baigne certaines scènes ne sont évidemment pas pour nous déplaire, surtout quand on sait que le film date de 1954, à une époque où le code Hays est encore au sommet de son pouvoir de nuisance. Patrick Brion nous révèle par ailleurs que Rory Calhoun, qui campe ici le personnage central, a vu sa carrière sciemment sabotée par les studios. La presse de caniveau s’apprêtait à révéler l’homosexualité de Rock Hudson, ce qui était une catastrophe pour les studios. Ceux-ci ont obtenu qu’elle n’en fasse rien en donnant en échange des infos sur l’appétence de Calhoun pour quelques substances illégales… Que ces moeurs sont délicieuses…

Le troisième film, L’aventure est à l’Ouest se range quant à lui dans le sillage de ces films pro-Indiens qui à la suite de La Flèche brisée, ont dès les années 50 entrepris de changer le regard que le cinéma portait sur les native Americans (comme on dit). Il n’est qu’à voir l’itinéraire d’un Ford entre La Chevauchée fantastique (en 1939, les Indiens sont encore des êtres sans visage) et Les Cheyennes, vingt-cinq ans plus tard, pour juger du chemin parcouru. En bonus Patrick Brion nous dit son amour pour Lloyd Bacon, le signataire du film, cinéaste et acteur on ne peut plus éclectique (on lui doit quand même la version la plus classique des Révoltés du Bounty). Et un documentaire de 26 mm de Laurent Préyale sur le western. Mais vu l’étendue du sujet, on salive plus que l’on n’étanche sa soif…  Yves Alion

Le Sang de la terre / Quatre Tueurs et une fille L’aventure est à l’Ouest. Sidonis

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Nanouk, l’esquimau

Étonnante modernité que celle de Nanouk l’esquimau, documentaire scénarisé (on devrait d’ailleurs plutôt dire « ordonné ») qui se regarde aujourd’hui comme un véritable témoignage sur une peuplade primitive au sein de laquelle a vécu en autarcie une année durant Robert Flaherty. En contrepoint au classique indémodable du pionnier américain, un spécialiste du peuple inuit prend soin de mettre son aventure en perspective et de jauger de sa valeur ajoutée par la postérité, à travers son regard d’expert. Incroyable spectacle que celui de cet habitant du Grand Nord canadien mordant à belles dents dans un microsillon, comme pour vérifier si l’étrange disque de cire que lui ont offert ses visiteurs venus d’ailleurs est comestible. Au moment où le réchauffement climatique et la fonte des glaces qui frappent le Cercle polaire mettent en péril le précaire équilibre écologique de la planète, ce classique nonagénaire continue à surprendre par sa sincérité et la pureté de son innocence. Comme s’il nous ramenait à l’origine du monde. Non seulement Nanouk est le premier long métrage ethnographique de l’histoire, mais derrière les moeurs immémoriales qu’il décrit se profile le spectre d’une industrialisation qui menaçait le mode de vie de ces hommes des neiges en voie de disparition. L’engouement provoqué par sa figure emblématique sera d’ailleurs tel que son peuple donnera son nom à des friandises glacées commercialisées à l’entracte dans les salles de cinéma du monde entier : les esquimaux. Peu de films peuvent se targuer d’une telle prouesse.  J.-P. G.
Filmedia

Quatre films américains récents

L’histoire, on la connaît : c’est celle d’un rebelle qui passe à côté de son destin dans l’atmosphère enfumée des cabarets de Greenwich Village de la fin des années 50. La surprise du chef de cette double édition DVD-Blu-ray, c’est le documentaire qui figure en bonus d’Inside Llewyn Davis, méditation nostalgique et désabusée sur l’opportunisme et la pureté du coeur. Le dernier Grand Prix du dernier Festival de Cannes n’a certainement pas encore dévoilé tous ses mystères, à commencer par ce symbole cabalistique que représente le chat et la composition de John Goodman en suppôt de Satan, sinon dans le rôle du diable en personne. Le film reste évidemment indissociable de sa musique, composée pour l’occasion par un compagnon de longue date des frères Coen, T Bone Burnett, lequel a par ailleurs accompagné Bob Dylan sur sa tournée Rolling Thunder Revue. Ironie du sort quand on sait combien celui-ci a nui au Llewyn Davis décrit dans le film. Cette bande originale exceptionnelle a par ailleurs fait l’objet d’un concert filmé pour la chaîne Showtime, Another Day, Another Time, présenté ici en bonus, au cours duquel des musiciens du calibre de Joan Baez et de Patti Smith ont repris ses différents titres. C’est la cerise sur un gâteau déjà savoureux.

DVD 610 Inside Llewyn Dewis, de Joel et Ethan Coen © Universal Pictures

The Immigrant, le petit dernier de James Gray, n’a pas reçu un accueil aussi chaleureux au dernier Festival de Cannes, et c’est assez injuste. Mais on comprend que l’ironie parfois un brin cynique des Coen suscite davantage la complicité que la naïveté frontale et au demeurant parfaitement assumée de Gray. L’Avant-Scène Cinéma, qui a consacré un numéro l’an passé au signataire de La nuit nous appartient se range en tout cas parmi les inconditionnels de ce cinéaste qui n’a pas peur d’insuffler à ses films ce supplément d’âme que d’autres tentent de remplacer par leur seul savoir-faire. Ce mélodrame qui met en scène une jeune immigrée polonaise au début du XXème siècle, confrontée à deux hommes qui tirent à leur façon avantage de leur statut social est pour nous de toute beauté. Et Gray renoue avec l’Histoire sans rien oublier des arabesques sentimentales de son formidable Two lovers. L’interview du cinéaste qui figure dans le supplément (réalisé par nos amis de Filmo TV) est dans la lignée de ce film qui nous prend par les sentiments. Plutôt que de parler de cinéma (domaine où il excelle), Gray choisit de nous parler de ses grands-parents, émigrants juifs dont le souvenir est manifestement encore vivace.

Le point commun avec Les Amants du Texas, c’est sans doute cette absence de second degré, cette façon de solliciter le spectateur de façon frontale. La comparaison s’arrête là. Question de regard, mais aussi de sujet (et donc corollairement de moyens financiers). Présenté à Cannes à la Semaine de la critique, le film est un portrait d’un couple white trash, en maille avec un environnement social rigide et tous les préjugés du monde. Quelques moments de grâce, un lyrisme indéniable : le réalisateur, David Lowery, est incontestablement un cinéaste à suivre. Quel dommage que l’on en sache si peu sur lui : le seul bonus proposé prend la forme d’un maigre entretien écrit…

Il va de soi qu’au royaume du crime, Cartel affiche une autre ampleur. Le film est un thriller sophistiqué et désenchanté dans lequel les personnages parlent rarement pour ne rien dire et où Ridley Scott a le culot d’alterner séquences spectaculaires et dialogues à double sens. Ses protagonistes sont des âmes perdues chez qui tous les coups sont permis, surtout les plus tordus. Trois scènes coupées témoignent de l’exigence d’un cinéaste qui fut naguère l’un des premiers à proposer en DVD des plans alternatifs destinés à être assemblés par le spectateur lui-même, pour mieux mesurer la difficulté du montage. La particularité de ce thriller sur fond de trafic de drogue est de donner la part belle aux personnages féminins qu’incarnent Penélope Cruz et Cameron Diaz. Au cours de la scène d’ouverture, d’une rare audace pour un film américain, la première se livre à une scène de séduction particulièrement torride avec son compagnon que campe Michael Fassbender, comme toujours impeccable dans le rôle d’un avocat saisi par l’immoralité et tiré à quatre épingles. Quant à la seconde, elle règne sur sa cour sans états d’âme, dans un rôle de mante religieuse particulièrement sadique. Cartel porte la griffe de Ridley Scott, cinéaste prolixe qui aborde tous les genres avec le même appétit, tout en apposant sa marque d’auteur, mais en se gardant bien de jamais prendre la pose pour la postérité.  Y. A. / J.-P. G.

Inside Llewyn Davis StudioCanal / The Immigrant Wild Side / Les Amants du Texas Diaphana / Cartel FPE

fedora

Fedora

Éloigné d’Hollywood, à l’âge de 72 ans, Billy Wilder monta difficilement son avant-dernier film, Fedora. Le sujet était déjà dans les aléas de sa production : quand on a été au coeur du tourbillon hollywoodien, comment travailler encore si l’on a perdu la première place ? En montrant une actrice mythique retirée sur son Aventin, comme la plèbe de Rome attendant de retrouver ses droits, comme Greta Garbo cachée derrière ses lunettes noires dans les rues de Manhattan, Wilder reprenait génialement les thèmes de Sunset Boulevard. Il finit par trouver des coproducteurs en France et en Allemagne et demanda à la jeune Marthe Keller d’interpréter Fedora à tous les âges de sa vie. Le film fut présenté à Cannes en 1978, et l’accueil international déçut Wilder. La version restaurée qui ressort aujourd’hui permet de remettre complètement le film à sa place. L’atmosphère européenne pourra déconcerter les amoureux d’Hollywood, l’époque même du film, la fin des années 70, pourra sembler anachronique sous le pinceau d’un génie d’un autre temps. Mais le scénario, les surprises qu’il réserve, le casting imprévu et génial (Marthe Keller, William Holden, Hildegarde Knef, Michael York, et même Henry Fonda dans le rôle d’Henry Fonda !), la mélancolie rusée et puissante de Wilder, emporteront forcément l’enthousiasme. Le plus malin de tous les cinéphiles sera incapable de prévoir la construction diabolique que lui réserve Wilder, en vieux matou qui a tout compris du cinéma. Au fond, la déception qu’il ressentit en 1978 est inséparable du contenu et du ton du film : l’humour caché sous les apparences du mélodrame, la tristesse sans l’amertume. Le bonus offert, un long film très documenté sur la préparation et le tournage, avec des témoignages d’aujourd’hui de Keller, York, du directeur de la photo Gerry Fisher, est un prolongement utile de cette belle méditation de Wilder sur un monde qui s’enfuit. Au profit de ce que Holden appelle dans le film « les barbus d’Hollywood ». Le numéro 216 (encore disponible) de l’ASC est consacré au film.  René Marx
Carlotta Films

Une comédie italienne

Paolo Virzi n’a sans doute pas ressuscité la comédie italienne, liée à une forme d’insouciance à laquelle la péninsule a renoncé. Mais il en est incontestablement l’héritier le plus évident. Caterina va en ville constituait un surgeon tout à fait acceptable des grands films de Risi ou Monicelli de la grande époque. Et La Prima Cosa bella nous gratifiait de la reconstitution du tournage d’une scène de La Femme du prêtre, Dino Risi étant incarné pour la circonstance par son fils Marco… On ne peut pas être plus explicite. Pour être franc, Chaque jour que Dieu fait n’a pas la force des films précédents, et se perd un peu dans l’anecdotique. Mais il reste un film très agréable, qui traite de l’obsession et des affres de l’enfantement, un peu comme le fait de façon régulière Valeria Bruni-Tedeschi. Le mélange des genres opère et les ruptures de ton nous chatouillent la rétine assez agréablement. C’est déjà beaucoup…  Y. A.
Chaque jour que Dieu fait. FranceTV Distribution

Deux films avec Michel Simon 

C’est sans doute dans les rôles d’éclopés de la vie que Michel Simon a atteint au firmament de son génie. Le clochard céleste et anar qu’il incarne dans Boudu sauvé des eaux est en quelque sorte le prolongement naturel de l’homme déchu qu’il venait d’immortaliser dans les dernières scènes de La Chienne, tourné par le même Jean Renoir quelques mois plus tôt. Comme dans un miroir de la crise de 29. À cette différence près que l’un subissait sa condition, alors que l’autre en profite de façon éhontée en faisant irruption dans la vie d’un libraire dont il incarne en quelque sorte la mauvaise conscience indélébile, quitte à abuser de la situation. C’est d’ailleurs Michel Simon qui attiré l’attention de Jean Renoir sur la pièce de René Fauchois, que le réalisateur pensait inadaptable. Le Clochard de Beverly Hills de Paul Mazursky (trop brièvement interviewé ici), en 1986, et Boudu de Gérard Jugnot, en 2005, se sont d’ailleurs nourris du film plutôt que du texte qui l’avait inspiré. Mais il leur manquait sans doute pour convaincre la méchanceté de Michel Simon et l’envie de tout dynamiter manifestée par Jean Renoir.

boudu

Autre rôle mémorable du comédien, celui de l’impresario homosexuel qu’il incarne dans Le Bonheur de Marcel Lherbier (1935) dont un documentaire nous apprend que rien ne le prédestinait à devenir cinéaste et qu’il considérait qu’« adapter, c’est créer », axiome a priori contradictoire avec la définition d’un auteur. On reste fasciné par la splendeur esthétique de cette transposition d’Henry Bernstein à laquelle ont collaboré quelques-uns des plus illustres créateurs de l’époque dont le décorateur Guy de Gastyne, le costumier Jacques Manuel et la muse du réalisateur, Ève Francis, qui fut la mythique Femme de nulle part de Louis Delluc. Ce film permet aussi d’entrevoir fugitivement Jean Marais dans ce qui constitue sa sixième apparition à l’écran, et non la première, ainsi que l’a affirmé un peu hâtivement Sophie Seydoux lors de la présentation du film dans le cadre du festival Lumière. Il a en outre valu à Charles Boyer de se voir appelé à Hollywood où il fut l’un des seuls Français à faire vraiment carrière. En prime, figure un extrait de La Mode rêvée (1939), pittoresque court-métrage promotionnel pour le dernier chic parisien dans lequel Lherbier retrouve son interprète du Bonheur, Gaby Morlay.  J.-P. G. 

Le Bonheur / Boudu sauvé des eaux. Pathé Video 

Cinq films français récents 

Encore une sacrée fournée de films français qui, chronologie des médias aidant, arrivent à échéance en vidéo ce mois-ci. Deux d’entre eux nous sont particulièrement chers, qui ont été prétexte à un entretien avec leur auteur dans les pages Actu de l’ASC. 9 mois ferme, dont nous reparlerons… Et Un château en Italie. Ce troisième opus de Valeria Bruni-Tedeschi derrière la caméra est sans doute son meilleur, qui pratique le mélange des genres avec maestria et s’affiche tour à tour burlesque et bouleversant. Nous ne pouvons que reporter le lecteur à la lecture du bel entretien accordé par la comédienne-cinéaste dans notre numéro 606/607. Les bonus lui ressemblent : ils sont généreux, impudiques, virevoltants. Plutôt que nous livrer un making of promotionnel et propre sur lui, ce sont des instants volés sur le plateau où Valeria est nécessairement omniprésente de part et d’autre de la caméra, que le DVD compile, et c’est un régal. En prime, pas moins de 15 minutes de scènes coupées au montage, qui sont bien évidemment dans la tonalité générale du film, mais que la cinéaste a préféré faire disparaître, probablement pour des raisons de rythme et d’équilibre interne. Dommage qu’elle ne s’explique pas davantage sur ses choix de montage, cela aurait été passionnant.

Le making of de Victor Young Perez est beaucoup plus classique, et pour tout dire assez plat. Mais le film lui-même, qui est injustement passé inaperçu lors de sa sortie en salle, est loin de mériter cette indifférence. Le sujet est peu banal puisqu’il s’agit d’un biopic, qui éclaire la vie très romanesque (et tragique) d’un prolo marocain qui devient champion du monde de boxe au début des années 30, se mêle à la grande société parisienne, devient l’amant de Mireille Balin (avant que Gabin ne tombe à son tour dans ses bras), puis se laisse peu à peu griser par le succès, dévisse lentement mais sûrement, avant de terminer ses jours à Auschwitz. Jacques Ouaniche, qui signe la réalisation, ne joue pas l’esbroufe, il a la sagesse de signer un film dont le mise en scène s’efface derrière le sujet. Comme il a la lucidité d’avoir choisi un boxeur professionnel pour incarner le champion, plutôt qu’un comédien qu’il aurait fallu former à l’art du ring. C’est Steve Suissa qui interprète à la fois son frère, son sparing partner et sa conscience. Il avait un moment été pressenti pour mettre le film en scène, le sujet lui tenant particulièrement à coeur. On attend toujours le successeur du très réussi Mensch

Avec Quai d’Orsay, nous changeons radicalement de registre. Bertrand Tavernier n’avait jamais donné dans la comédie, mais l’ironie était pour le moins présente dans nombre de ses films. Quai d’Orsay innove : c’est une farce qui assume son exubérance. Mais le film n’a pas pour unique objet de stimuler les zygomatiques du spectateur, on s’en doute. Car c’est à une satire terrible du pouvoir que nous assistons. Le ministre du film (et avant lui la BD dont il est adapté) a un nom d’emprunt, mais tout le monde aura reconnu Dominique de Villepin, dont l’énergie vibrionnante fatigue vite et dont les formules creuses suscitent plus de sarcasme que d’admiration. Le film se termine par le célèbre discours que le ministre tint à l’ONU pour dire le non-alignement de la France sur l’Amérique bushienne à propos de la guerre d’Irak, discours superbe sur le fond comme sur la forme, mais qui sonne ici un peu creux tant il semble avoir été réécrit dans tous les sens par toute une équipe hétéroclite avant d’obtenir le visa ministériel. Dans le rôle de Villepin, Thierry Lhermitte est parfait. Mais sous un jour inhabituel c’est Niels Arestrup qui nous enchante sous les traits d’un directeur de cabinet matois mais revenu de tout. Le DVD ne propose aucun bonus, ce n’est pas bien. Il n’a pas été primé aux César, excepté Niels Arestrup, et ce n’est pas bien non plus.

Pour autant ceux-ci ne se sont pas trompés qui ont couronné 9 mois ferme dans deux catégories reines : Albert Dupontel pour le meilleur scénario original et Sandrine Kiberlain en qualité de meilleure actrice. Il s’agit incontestablement là des points forts de cette comédie délirante dans laquelle une juge d’instruction carriériste et coincée se découvre enceinte de père inconnu à la suite d’une nuit d’ivresse. Non seulement le film résiste bien à une deuxième vision, mais il revient ici paré de plusieurs suppléments jubilatoires. On passera sur le making of découpé en trois parties distinctes (le tournage, les guest stars les effets spéciaux), pour s’arrêter sur le plus intéressant d’entre eux : le commentaire d’Albert Dupontel qui fonctionne comme une véritable mise en abyme, celui-ci revêtant en fonction des moments ses multiples casquettes d’auteur, de réalisateur et d’interprète. On mesure à travers son point de vue qu’aucun plan-séquence n’est dû au hasard et que chaque image, chaque son, chaque note de musique est le résultat d’une réflexion, celle-là même qui fait si cruellement défaut à tout ce qu’on a cru bon de réunir sous le label « comédie française ». Accompagné par sa voix, son film acquiert indéniablement une dimension supplémentaire et l’on perçoit d’autant mieux le penchant de Dupontel à l’égard de cette figure imposée qui consiste pour un créateur à parler de son art et qu’il dispose là de plus de temps qu’il n’en a jamais eu au fil des interviews données au moment de la sortie, y compris les plus longues (l’ASC !). Venant de sa part, l’exercice est donc vraiment enrichissant et confère une nouvelle dimension au film dont il ne gâche pas pour autant la vision. Chapeau bas !

guillaume

Mais le grand triomphateur des César 2014, c’est Les Garçons et Guillaume à table !, bien sûr. On a déjà beaucoup glosé sur le premier film de Guillaume Gallienne, qui pour être un coup d’essai n’en est pas moins un coup de maître. Le film est à la fois une comédie irrésistible et une superbe mise en abîme des traumatismes adolescents de l’auteur, qui ont débouché sur un one-man-show superbe d’impudeur et de drôlerie avant de devenir un film. La même démarche que le très réussi Pardonnez-moi de Maïwenn, mais avec le recul de l’humour. Cet exercice de style woodyallénien a cartonné en salle, comme quoi le grand public n’est pas forcément abonné aux films idiots (nous ne citerons personne). Le supplément est très intéressant, qui revient sur la genèse du projet, avec la participation d’Olivier Meyer, qui a mis son théâtre à la disposition de Gallienne, et Claude Mathieu, metteuse en scène de la pièce.  Y. A. / J.-P. G. 

Un château en Italie FranceTV Distribution / Victor Young Perez FranceTV Distribution / Quai d’Orsay Pathé Vidéo / 9 mois ferme Wild Side Vidéo / Les Garçons et Guillaume, à table ! Gaumont Vidéo

Mary Poppins

La sortie de Dans l’ombre de Mary, la promesse de Walt Disney était l’occasion rêvée pour revenir au film qui l’a inspiré : joyeuse comédie musicale dont on célèbre le cinquantenaire, animée par la personnalité de Julie Andrews. Difficile d’être plus complet sur la question, tant les bonus proposés par cette édition Blu-ray sont riches et multiples. Hormis le sempiternel making of, un karaoké à l’usage des jeunes spectateurs et la version alternative d’une chanson interprétée sur une scène de Broadway, on y découvre bon nombre de secrets de fabrication, y compris une ritournelle supprimée, à une époque où mêler acteurs et personnages de dessin animé dans une même séquence relevait encore du tour de force sinon carrément de l’affront aux yeux et aux oreilles de l’auteur du roman, P. L. Travers. Le compositeur Richard M. Sherman (couronné de deux Oscars) et les comédiens Julie Andrews (Oscar de la meilleure actrice) et Dick Van Dyke (acteur fétiche des studios Disney), tous trois encore de ce monde, y vont quant à eux de leurs précieux commentaires ponctués d’anecdotes parfois savoureuses, qu’on pourra s’amuser à comparer à la légende que conte Dans l’ombre de Mary, il est vrai centrée davantage autour de Walt Disney et de ses démêlés pour faire aboutir ce projet. À noter que certains éléments de cette panoplie de suppléments ne disposent d’aucun sous-titres français, même s’il eut été dommage de se priver d’une telle mine d’informations, y compris du court-métrage de 2004 The Cat That Looked at a King dans lequel Julie Andrews retrouve sa tenue de Mary Poppins pour raconter une histoire à deux enfants, avec des moyens technologiques ô combien plus sophistiqués mais une poésie moindre que celle du film de Robert Stevenson.  J.-P. G 
Disney 

Deux films avec Warren Beatty 

Opportune sortie que ces deux films américains datant de l’époque (les années 60) où les blockbusters n’avaient pas encore tout bouffé. Deux films qui n’ont pas peur d’afficher une mise en scène remarquable (et qui donc se remarque), sans doute calquée sur quelques modèles européens (c’est flagrant concernant Mickey One, qui frise l’exercice de style). Deux films avec Warren Beatty, sex-symbol encore maladroit, mais qui imposait néanmoins au minimum une silhouette demandant à être nourrie. Il est vrai que notre homme sortait de La Fièvre dans le sang, d’Elia Kazan, qui n’est autre que l’histoire d’amour la plus bouleversante de l’histoire du cinéma (pas moins). Mickey one est signé Arthur Penn, à qui l’on doit quelques chefs-d’oeuvre impérissables (La Poursuite impitoyable, Bonnie and Clyde, Little Big Man, La Fugue, Georgia, excusez du peu…), mais le film apparaît sans doute comme étant un peu trop stylisé, trop théorique pour ne pas troubler.

Lilith est signé Robert Rossen, le signataire de L’Arnaqueur, et c’est l’un des très grands films du cinéaste. Qui nous entraîne au coeur d’un hôpital psychiatrique où il est bien aventureux de dire qui sont les malades et qui sont les thérapeutes. La psychiatrie traditionnelle étant remise en cause, nous ne sommes pas loin de Vol au-dessus d’un nid de coucous, Hollywood se rangeant volontiers à l’époque dans le camp progressiste. Le film brille de mille feux, mais il en est un qui nous aveugle plus que les autres, c’est la prestation de Jean Seberg, en psychopathe malicieuse, inspirée, sensuelle et manipulatrice… Le critique Peter Biskind commente les deux films dans les suppléments. Nous apprenant que Rossen n’aimait pas le jeu de Beatty, trop Actor’s studio à son goût. Rossen dont c’est le dernier film et dont la mélancolie n’était pas sans lien avec le rejet que la profession exerçait à son égard suite à son détalonnage devant les Fouquier-Tinville du maccarthysme (Kazan était dans le même cas). Penn n’était pas dans ce cas, mais c’était un authentique homme de gauche, ce qui n’a pas été sans incidence sur sa carrière…  Y. A.

Mickey one / Lilith. Wild Side 

Sharknado

Voici un titre étrange qu’on aurait pu traduire par Tornade de requins, si Twitter n’avait pas contribué à bâtir la légende de Sharknado lors de sa diffusion à la télévision américaine. Le cinéma catastrophe a gagné ses galons avec Les Dents de la mer et Twister, avant de pratiquer la surenchère des phobies avec Des serpents dans l’avion. Resté inédit en France, Sharknado est pourtant un spectacle assez jubilatoire qui repose sur un postulat a priori absurde, lorsqu’une tornade fait déferler sur Los Angeles une pluie de requins affamés en entraînant une panique indescriptible. Cette série B efficace tournée en trois semaines concrétise les progrès impressionnants accomplis par une technologie qui a aujourd’hui démocratisé l’usage des effets spéciaux, au point de les rendre accessibles aux productions les plus fauchées. À voir Sharknado, on se prend à rêver du parti que Roger Corman et ses émules auraient pu tirer il y a un demi-siècle de cet outil dont Roland Emmerich fait régulièrement un usage autrement plus dispendieux, pour un résultat pas toujours beaucoup plus convaincant. Par ailleurs, le film ne se prend jamais au sérieux, comme le prouvent le making-of et le bêtisier présentés en bonus. La suite de ce phénomène est d’ailleurs d’ores et déjà en préparation.  J.-P. G  
Zylo-Free Dolphin 

sharknado

Confessions of murder 

Ce numéro étant largement consacré au cinéma coréen, nous ne pouvions pas ne pas clore la rubrique par ce thriller coréen, signé Jeong Byeonggil, qui est d’une certaine manière une suite du Memories of Murder de Bong Joon-ho. Le scénario est assez invraisemblable, mais peu importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse. Le film met en effet en scène deux irréductibles ennemis, un flic et un serial killer, qui se livrent à un petit jeu du chat et de la souris s’étalant sur plusieurs années. L’occasion de proposer quelques jolis morceaux de bravoure, des scènes d’action époustouflantes et de développer une atmosphère à couper au couteau.  Y. A.
FranceTV Distribution

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