L’Avant-Scène Cinéma, un magazine unique !

L’Avant-Scène Cinéma a vu le jour en 1961, autant dire il y a un millénaire. Si l’équipe qui fait vivre aujourd’hui la revue n’était pas présente lors de sa naissance, elle n’en est pas moins fière de perpétuer une tradition. Car l’Avant-Scène Cinéma n’est pas une revue comme les autres. C’est la seule au monde à publier de façon aussi régulière et systématique le scénario de films, parfois des grands classiques de l’Histoire du cinéma, parfois des films plus confidentiels mais qui nous sont chers.


Critiques DVD 1900 de Bernardo Bertolucci pour l'actu dvd de janvier 2019 par l'Avant-Scène Cinéma

Publié le 28 février, 2019 | par @avscci

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Actu dvd janvier 2019 – Bouquet de films classiques italiens

Le cinéma est un art vivant qui vibre au rythme d’une sorte de mouvement perpétuel. Objet d’un soin méticuleux, cette édition de 1900 (1976) ressemble à une résurrection que la mort de Bernardo Bertolucci a rendue posthume. L’interview de quarante minutes qui y figure est d’ailleurs l’une des dernières qu’il ait accordées. Il faut dire que cette fresque entreprise grâce au succès controversé du Dernier Tango à Paris (1972) fut longtemps considérée comme une œuvre maudite sur laquelle la critique s’acharna à trois reprises : lors de sa présentation à Cannes, puis à l’occasion de la sortie de ses deux parties à quelques semaines de distance. Le temps a depuis cicatrisé ces blessures et valu au film une réhabilitation quasi unanime qui trouve son aboutissement logique avec ce coffret exemplaire. On y découvre Bertolucci plus lyrique qu’il ne l’a jamais été, dans une mue spectaculaire entre l’engagement idéologique de ses débuts et les fresques épiques qu’il va entreprendre à partir du Dernier Empereur (1987). Véritable geste opératique, cette évocation ambitieuse n’embrasse rien de moins qu’un demi-siècle de l’Histoire de l’Italie à travers les destinées de deux amis d’enfance qui vont emprunter des itinéraires politiques et moraux divergents, sinon antagonistes. Cette édition grandiose composée de six disques pratique l’escalade en termes de bonus. Au programme : un making of roboratif tourné à l’époque par le grand cinéaste Gianni Amelio, la parole d’expert du chef opérateur Vittorio Storaro, des interventions inégales de Robert de Niro et de Donald Sutherland et un module sur la restauration relaté par le grand manitou de la Cinémathèque de Bologne, Gian Luca Farineli, le tout accompagné d’un texte verbeux (ou mal traduit) de Giuseppina Sapio.

La Ciociara (1960) constitue l’un des sursauts majeurs de Vittorio de Sica, pionnier du néoréalisme, qui s’est souvent perdu pour ensuite mieux se retrouver. Entre une œuvre à redécouvrir, Le Toit (1956), et une comédie à sketches déroutante, Le Jugement dernier (1961), l’acteur-réalisateur réunit le couple glamour formé par Sophia Loren et Jean-Paul Belmondo dans une adaptation faite par son fidèle scénariste Cesare Zavattini à partir d’un roman d’Alberto Moravia paru trois ans plus tôt. Il y évoque cette période trouble où l’Italie servait de champ de bataille aux ex-alliés allemands et aux libérateurs menés par le maréchal Juin, avec tout ce que cela supposait d’exactions. Cette version au noir et blanc superbement restauré est présentée de manière succincte par le critique italien Maurizio Porro, mais l’essentiel est ailleurs : dans les quelque cinq minutes de prises alternatives muettes arrachées à l’oubli dont nous gratifie cette belle édition. Une sorte d’invitation à rêver d’en découvrir encore plus, avec cette fois la voix du metteur en scène dirigeant ses interprètes, même si la magie du cinéma réside aussi dans son mystère.

Autre évocation d’une page de l’histoire de l’Italie, Les Camarades (1963) fournit à Mario Monicelli l’occasion d’évoquer une grève survenue dans une usine textile turinoise à l’aube du XXème siècle en réunissant une distribution de rêve où Marcello Mastroianni, Renato Salvatori et Folco Lulli côtoient les Français Bernard Blier, François Périer et Annie Girardot. La restauration rend honneur au noir et blanc ciselé par le chef opérateur Giuseppe Rotunno qui se garde pourtant de célébrer une quelconque nostalgie de cette sombre page de la révolution industrielle au cours de laquelle des ouvriers se sont serré les coudes jusqu’à la mort pour que leur journée de labeur passe de quatorze… à treize heures. Présentée successivement à Bologne et à La Rochelle, cette restauration 4K de haute volée effectuée à partir des négatifs originaux nous permet de découvrir ce film majeur dans sa version italienne intégrale. Celle-ci est par ailleurs accompagnée de plusieurs bonus dont une présentation par Monicelli en personne, ainsi qu’une évocation de son contexte historique confiée à Willy Gianinazzi, historien du syndicalisme révolutionnaire à la passion communicative.

Nos héros retrouveront-ils leur ami mystérieusement disparu en Afrique d'Ettore Scola pour l'actu dvd de janvier 2019 par l'Avant-Scène CinémaNos héros retrouveront-ils leur ami mystérieusement disparu en Afrique ? (1968). C’est en pleine guerre d’Angola, sans en mesurer le danger réel, qu’Ettore Scola va tourner cette comédie sardonique où il entraîne un Alberto Sordi fantasque et un Bernard Blier peu disert dans une sorte de relecture cocasse de Don Quichotte, qui ne sortira que dix ans plus tard en France. Tout ça parce que son distributeur local crut malin de chercher à édulcorer certaines réflexions anticolonialistes des dialogues, provoquant ainsi l’ire de l’acteur français qui s’empressa de dénoncer ses traîtres agissements au cinéaste après avoir remarqué en se doublant que certains de ses dialogues ne correspondaient plus à la version initiale. Au-delà du cinéma s’est disputé un véritable bras de fer qui a sans doute joué contre cette comédie caustique à souhait, laquelle témoigne pourtant d’une audace et d’une fantaisie dont le cinéma italien berlusconisé semble définitivement avoir perdu le secret. Bref, une merveille complétée pour l’occasion par un livret et deux suppléments de choix : une « interview particulière » avec Scola menée en 2001 par Roberto Giannarelli dans le cadre de la collection documentaire Italian portraits et une intervention lumineuse de l’auteur de bande dessinée Charles Berbérian à propos des rapports qu’entretiennent la BD et le cinéma.

Le coffret Marcello Mastroianni – Italie années 50 met en lumière l’aube d’une carrière prodigieuse à travers une demi-douzaine de longs métrages inédits en vidéo à ce jour : Dimanche d’août, de Luciano Emmer (1950), La Chronique des pauvres amants, de Carlo Lizzani (1954), Dommage que tu sois une canaille (1955) et La Chance d’être femme (1956), d’Alessandro Blasetti, L’Ennemi de ma femme, de Gianni Puccini (1959) et Divorce à l’italienne, de Pietro Germi (1961), le seul véritable chef-d’œuvre du lot. On y assiste à la transformation d’un gandin séduisant en cet acteur tout terrain qui deviendra l’interprète protéiforme de Federico Fellini, Elio Petri, Valerio Zurlini, Vittorio de Sica, Dino Risi, Marco Ferreri ou Ettore Scola. À travers ces œuvres de jeunesse, y compris les plus insignifiantes, c’est un acteur génial qui se construit en s’imprégnant de liberté et d’insouciance. Un livret de Laurent Bourdon dresse un portrait saisissant de l’artiste en jeune homme. Comme la maquette en grandeur réelle d’un monument en construction. Il manque juste à cette célébration une interview du comédien sur cette période oubliée de sa carrière. n Jean-Philippe Guerand

1900 Wild Side Video
La Ciociara / Les Camarades TF1 Studio
Nos héros retrouveront-ils leur ami mystérieusement disparu en Afrique ? M6 Vidéo
Coffret Marcello Mastroianni – Italie années 50 M6 Vidéo

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