L’Avant-Scène Cinéma, un magazine unique !

L’Avant-Scène Cinéma a vu le jour en 1961, autant dire il y a un millénaire. Si l’équipe qui fait vivre aujourd’hui la revue n’était pas présente lors de sa naissance, elle n’en est pas moins fière de perpétuer une tradition. Car l’Avant-Scène Cinéma n’est pas une revue comme les autres. C’est la seule au monde à publier de façon aussi régulière et systématique le scénario de films, parfois des grands classiques de l’Histoire du cinéma, parfois des films plus confidentiels mais qui nous sont chers.


Critiques DVD Affiche de Faubourg Montmartre de Raymond Bernard

Publié le 15 janvier, 2020 | par @avscci

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On ne louera jamais assez le travail de fourmi effectué par Doriane Films pour faire (re)connaître l’œuvre de Ladislas Starewitch, l’un des pionniers du cinéma d’animation. La Petite Chanteuse (1924-1928) réunit trois fleurons de ce franc-tireur du muet, époque à laquelle cet art ingrat s’exerçait encore individuellement avant que l’ère des studios ne le transforme en une industrie collective dont les pionnières (il s’agissait majoritairement de femmes) étaient ces ouvrières zélées qui coloriaient la pellicule au pochoir image par image chez Gaumont et Pathé et dont la postérité a oublié les noms. À l’instar de ses deux filles, Irène Starewitch, créditée comme assistante et aujourd’hui réhabilitée par la postérité en reconnaissance de sa contribution inestimable à son œuvre, mais aussi Jeanne, actrice enfant sous le pseudonyme naïf de Nina Star qui joue les poulbots dans La Petite Chanteuse des rues (1924) après avoir débuté à huit ans dans Le Mariage de Babylas et L’Épouvantail (1921). Il y a dans la solidarité de cette famille une énergie et une tendresse qui crèvent l’écran. Profondément influencé par l’audace du mouvement surréaliste, Ladislas Starewitch est un chercheur compulsif qui adapte la technique à ses émotions, comme l’attestent les deux autres courts métrages présentés ici : La Petite Parade (1928) et L’Horloge magique dont les couleurs comme irréelles ont été engendrées par virage et teintage. Les bonus abondants sont d’ailleurs là pour attester du goût de l’artiste pour la recherche. Plus particulièrement l’analyse des trucages de deux séquences qui mettent en scène des changements de rapports de tailles et deux versions (muette et parlante) qui expliquent comment s’anime une marionnette à l’écran. Ces brefs modules permettent de se familiariser avec des effets et des illusions tout droit sortis de l’imagination d’un créateur auquel rend par ailleurs un livret très instructif.

Faubourg Montmartre (1931) marque les débuts de Raymond Bernard dans l’univers du parlant, un domaine dont il maîtrisera immédiatement les plus subtiles ressources dramatiques, à l’instar de la plupart des metteurs en scène qui ont laissé à la technique balbutiante le temps d’accomplir sa mue et de faire ses preuves. Son quatorzième film s’appuie pour cela sur un roman édifiant d’Henri Duvernois propice aux plus vibrants effets mélodramatiques. Cet art délicat qu’il maîtrisait alors à la perfection devait lui valoir d’enchaîner avec une superbe adaptation des Croix de bois (1932) de Roland Dorgelès, puis une version magistrale des Misérables (1934). C’est en effet dans la littérature la plus populaire que Raymond Bernard a puisé l’inspiration de ses plus beaux films et surtout matière à cette noirceur dans lequel il excellait et où ni les mots d’auteur ni le réalisme poétique n’avaient leur place. Le moindre détail de Faubourg Montmartre en atteste, à commencer par son casting trois étoiles qui transforme en sœurs Line Noro et Françoise Rosay, l’une manipulant l’autre dans un Paris canaille filmé en décors naturels, en lieu et place des habituelles reconstitutions en studio que prisait tant le cinéma de l’époque. Cette authenticité est d’ailleurs attestée par trois reportages d’époque figurant en bonus dont l’un a pour guide la trop mésestimée Florelle (la future Fantine des Misérables) en visite aux Folies-Bergères. Un module conçu pour cette édition revient sur cette période passionnante où le cinéma français a appris à parler, avec une contextualisation documentée fournie par les historiens Noël Herpe et Éric Bonnefille.

Après Belle de nuit (1934), que nous avons chroniqué ici même il y a quelques mois, Serge Bromberg nous donne l’occasion de découvrir le second long métrage de l’énigmatique Louis Valray, cité naguère par Claude Beylie et Philippe d’Hugues dans leur ouvrage Les Oubliés du cinéma français et loué de leur côté par Bertrand Tavernier et Paul Vecchiali comme un précurseur. Soigneusement restauré par Lobster grâce aux ressources additionnelles d’une copie découverte à la Cinémathèque française, Escale (1935) est l’avant-dernier film de ce franc-tireur qui tirera définitivement sa révérence après un ultime court métrage intitulé Voyantes et Médiums (1948). Ce mélo naturaliste sur fond de batellerie, comme les affectionnait l’époque, a pour interprètes l’acteur d’origine roumaine Samson Fainsilber et une actrice qu’il avait croisée à ses débuts dans La Fin du monde (1931) d’Abel Gance : la troublante Colette Darfeuil révélée quant à elle une dizaine d’années plus tôt et passée un peu trop rapidement du statut précaire de jeune espoir à celui de comédienne assignée aux fameuses séances du samedi soir à travers des productions à vocation purement commerciale. On la retrouve d’ailleurs parmi les suppléments dans un extrait de Pour un soir… ! (1935) de Jean Godard, face à Jean Gabin. Le film est également accompagné de deux courts métrages : Dans l’île de Robinson (1925), une savoureuse comédie burlesque expérimentale mêlant images réelles et animation, et le documentaire sonore fictionalisé Exode (1936) de Jean L. Vivié.

Produit par l’ex-prince Sacha Gordine, L’Idiot (1946) est le premier film réalisé par Georges Lampin, tous deux d’origine russe. Cette sixième adaptation du célèbre roman de Fedor Dostoïevski s’appuie sur un scénario de Charles Spaak, lequel s’entendait particulièrement bien à cet exercice et devait d’ailleurs enchaîner dans la foulée avec L’Homme au chapeau rond pour Pierre Billon, cette fois d’après L’Éternel mari. Deux ans après sa première apparition dans Les Petites du quai aux fleurs (1944) de Marc Allégret, Gérard Philipe y tient son premier rôle principal : celui du prince Mychkine, un naïf au charme irrésistible et à l’innocence lunaire. Face à l’expérience pourtant éprouvée d’Edwige Feuillère, sa photogénie et son charme embrasent l’écran. Ce film restauré est accompagné d’un livret richement illustré qui revient sur ses enjeux à travers les témoignages de plusieurs de ceux qui y ont collaboré, ainsi que des textes de Maurice Périsset et Gérard Bonal.

Jean-Philippe Guerand

La Petite Chanteuse / L’Idiot Doriane Films
Faubourg Montmartre Pathé Video
Escale Lobster Films

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