L’Avant-Scène Cinéma, un magazine unique !

L’Avant-Scène Cinéma a vu le jour en 1961, autant dire il y a un millénaire. Si l’équipe qui fait vivre aujourd’hui la revue n’était pas présente lors de sa naissance, elle n’en est pas moins fière de perpétuer une tradition. Car l’Avant-Scène Cinéma n’est pas une revue comme les autres. C’est la seule au monde à publier de façon aussi régulière et systématique le scénario de films, parfois des grands classiques de l’Histoire du cinéma, parfois des films plus confidentiels mais qui nous sont chers.


Critiques DVD Affiche Diane a les épaules de Fabien Gorgeart

Publié le 27 avril, 2018 | par @avscci

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Actu dvd avril 2018 – Six films français récents

On reproche trop souvent au cinéma français de ne pas rendre compte assez fidèlement de l’évolution de la société pour ne pas souligner le mérite du premier long métrage de Fabien Gorgeart. Diane a les épaules s’attache en effet au destin d’une jeune femme qui accepte de porter l’enfant conçu par un couple homosexuel. Mais cette gestation pour autrui (GPA) va être troublée par sa rencontre avec un autre homme… La question de la parentalité figurait d’ailleurs déjà au cœur de trois des courts du cinéaste : Comme un chien dans une église (2007), Le Sens de l’orientation (2012) et Un chien de ma chienne (2013), déjà interprété par Clotilde Hesme (et ses deux sœurs). Il exploite en effet ici une facette jusqu’alors peu mise en valeur de cette comédienne admirée sur un registre tragique chez Garrel et Ruiz : sa fantaisie. Pétillante de bout en bout, elle excelle sur ce registre et démontre ici par son abattage irrésistible et son sourire désarmant que le cinéma français tient peut-être en elle sa Katherine Hepburn.

Récemment nommée au César du Meilleur jeune espoir féminin (à 37 ans !), Laetitia Dosch est indissociable d’un autre premier long métrage : Jeune Femme de Léonor Serraille, couronné de la Caméra d’or au dernier Festival de Cannes. Ce jeu sur le « je » inscrit un magnifique portrait de paumée sur fond de précarité, mais sans jamais verser ni dans le sentimentalisme, ni dans le pathos. La chronique est juste, le portrait de femme tour à tour poignant et cocasse, tant la comédienne se glisse avec naturel et gourmandise dans la peau de cette écorchée vive inadaptée à un monde dont elle est persuadée qu’il ne veut pas d’elle. Cette édition est aussi l’occasion de découvrir Body (2016), le troisième court métrage de la réalisatrice, ainsi que quelques scènes coupées qui témoignent de la rigueur et de l’exigence de cette réalisatrice issue de la Fémis.

Affiche L'atelier de Laurent CantetAvec L’Atelier, Laurent Cantet aborde un sujet qui fâche : la montée des extrémismes parmi la jeunesse. Chargée d’enseigner des techniques d’écriture à des jeunes de La Ciotat en voie d’insertion, une romancière parisienne se trouve confrontée à une autre France dont les positions bousculent ses préjugés. Comme dans Entre les murs, Laurent Cantet s’attache à un groupe auquel il se frotte bille en tête, sans éluder les questions qui fâchent. Comme pour mieux nous signifier qu’affronter la réalité est le plus sûr moyen d’éviter qu’elle ne nous contamine et qu’il ne faut surtout pas couper court au débat avec les extrémistes, quels qu’ils soient. Le scénario coécrit par le réalisateur et Robin Campillo est à ce titre exemplaire par la place de choix qu’il ménage au dialogue, au propre comme au figuré. L’entretien avec le réalisateur qui figure parmi les bonus (l’autre est une interview des acteurs Marina Foïs et Matthieu Lucci) s’avère d’ailleurs à ce titre particulièrement enrichissant.

La comédie est souvent le moyen le plus efficace d’aborder certains sujets de société. Sur un point de départ qui évoque celui du dernier opus en date de Gaël Morel, Prendre le large, Éric Gravel imagine dans son premier film, Crash test Aglaé, la délocalisation en Inde d’une entreprise et de quelques-unes de ses ouvrières en quête d’un avenir meilleur voire ensoleillé. C’est un autre regard qu’il porte sur le travail et son univers impitoyable dans lequel l’individu est désormais réduit au rang peu enviable de pion qu’on déplace à loisir sur l’échiquier de la mondialisation. Le ton résolument décalé du film associé aux compositions d’India Hair, Julie Depardieu et Yolande Moreau suffit à imprimer une réelle différence. Il émane de ce trio baroque une puissance pince-sans-rire communicative et de ce conte moderne sur fond d’horreur économique une promesse d’avenir qui donne une furieuse envie de suivre son réalisateur dans ses futures pérégrinations.

Adaptation apocryphe du best-seller Pour en finir avec Eddy Bellegueule d’Édouard Louis, Marvin ou la belle éducation est pour Anne Fontaine l’occasion d’un nouveau changement de registre au lendemain des Innocentes. Le film s’attache au destin d’un garçon né dans une famille picarde misérable qui va réussir à échapper à cette malédiction sociale en se produisant sur scène et en assumant son homosexualité, au grand dam des siens qui le considèrent comme un traître. Le film repose sur un équilibre précaire entre ces deux milieux personnifiés par des interprètes qui assument leur différence, que ce soit Grégory Gadebois en Pater Familias rabelaisien et borné, Catherine Mouchet en pédagogue éclairée ou Charles Berling et Vincent Macaigne en théâtreux maniérés, Isabelle Huppert tenant pour sa part le rôle le plus difficile de sa carrière : le sien.

À l’occasion de son quatrième long métrage, Tout nous sépare de Thierry Klifa, l’ex-journaliste de Studio Thierry Klifa s’essaie au polar avec son lyrisme coutumier. Il réunit pour cela une distribution comme il en a le secret et associe à Catherine Deneuve le rappeur Nekfeu, pour ses débuts à l’écran, Diane Kruger dans le rôle d’une handicapée et Nicolas Duvauchelle. Son amour des acteurs crève l’écran et réussit à colmater les brèches d’un scénario pas toujours très vraisemblable écrit à quatre mains avec un autre réalisateur, Cédric Anger. La mise en scène assume toutefois sans complexe les conventions du mélodrame et exploite habilement la photogénie de cette ville de Sète si souvent filmée que met en valeur la lumière de Julien Hirsch. Par son absence de prétention et sa détermination, Tout nous sépare s’inscrit dans une longue tradition du cinéma français de genre qui connut ses plus belles heures avant l’avènement de la Nouvelle Vague. Avec, en prime, un making of sans surprise et l’excellente interview de Deneuve et Nekfeu menée par Yann Barthès dans le cadre de l’émission Quotidien.

Jean-Philippe Guerand

Diane a les épaules / L’Atelier Blaq Out
Marvin ou la belle éducation / Tout nous sépare TF1 Studio
Jeune femme Shellac
Crash test Aglaé Le Pacte

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